Chapitre 3
Ce matin là donc, vers 9 heures et trois minutes, Jean-Pierre Kiroul, le Secrétaire Général de l’IMdRdP, arriva guillerettement, quoique l’estomac encore légèrement barbouillé par ce qu’il avait consommé la veille (cf. Chapitre 1), au pied de l’immeuble abritant son bureau. L’auguste façade le regardait d’un air sévère comme surprise d’être dérangée de si bon matin.Il récupéra son courrier dans la poubelle de service car, depuis un certain, sévissait un inconnu qui stockait les ordures dans les boites aux lettres et la seule parade qui fut trouvée fut de mettre désormais le courrier dans les poubelles. Encore fallait-il que les poubelles ne soient pas utilisées. Mais, par un curieux concours de circonstances, il se trouve que les poubelles avaient été, elles aussi, vandalisées et le concierge se servait depuis des boites aux lettres pour collecter les déchets des différents occupants de l’immeuble.
Jean-Pierre Kiroul appela l’ascenseur pour se propulser au 6ème étage. Le trajet pris un certain temps car le mécanisme ayant récemment rendu l’âme, ce dernier avait été remplacé par une batterie de 250 cages d’écureuils qui produisaient 4.000 Whatts (Working HAzel Tax Tolled). L’ascenseur arriva péniblement à destination et il s’en fallu d’un rien qu’il ne redescende s’écraser à son point de départ. La porte s’ouvrit sur le palier et Jean-Pierre Kiroul découvrit avec stupeur, angoisse et panique le corps inanimé, mais non sans vie, d’un membre éminent du Comité Directeur de l’IMdRdP.
Il enjamba délicatement le corps, se saisit d’un morceau de tarte aux pommes qui trainait négligemment dans le cendrier du palier. Se dirigea vers son bureau d’où, après avoir donné le morceau de tarte à son canari de garde (était-ce vraiment un canari ? il faudra vérifier), il appela le commissariat de police, non pour prendre connaissance du résultat du concours de belote nocturne, mais pour quémander l’aide d’un agent de la force publique.
Puis il revint sur le palier de l’ascenseur pour faire l’inventaire de ce qui s’y trouvait. Et le spectacle était bizarre si ce n’est étrange car il constata, avec perspicacité, répandus autour du corps inanimé, tout un tas d’objets hétéroclites, à savoir :
• un dictionnaire,
• deux catalogues d’exposition de Pétri Hiltunen et d’Yvette Pétri,
• et plusieurs petites boites en plastique transparent de 2,7cm de haut et 9,4cm de diamètre portant le nom de code D-29.
Mais qu’est ce que ça voulait dire ? Quel était le lien entre tous ces éléments. Car Jean-Pierre Kiroul sentait confusément, non pas les odeurs de la veille, mais que ces objets n’étaient pas là par hasard, mais dans un but bien précis.
Mais dans quel but ? Vu les circonstances, le syndrome du Petit Poucet ne pouvait s’appliquer. Il eut beau s’interroger, se stimuler, se mettre des paires de claques, rien n’y fit. C’était le vide complet, le zéro absolu, l’abîme néanderthalien, le néant freudien, le non-être einsteinien.
Malgré tout, son esprit aussi vide qu’un bahut corrézien un soir de beuverie après la chasse, fut mis en alerte par le bruit de l’ascenseur accostant péniblement au palier d’où sortit un commissaire de police, reconnaissable à ses chaussures cloutées et à la paire de menottes dépassant négligemment de sa poche.
C’était un bel homme, d’âge mûr entre 25 et 70 ans, 1 mètre cinquante au garrot, vêtu d’un polo blanc, toque rouge et d’une cravache à la main qu’il manipulait nerveusement. Au revers de son veston était épinglée la rosette de l’ordre du mérite éthylique, reconnaissable à sa belle couleur lie-de-vin. Il marchait à pas vifs et saccadés si bien qu’il écrasa, au passage, quelques phalanges de la victime, dont le craquement failli rendre fou le poisson rouge affamé.
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