In Libro Veritas

Da Petri Code

Par Jean-Marie Cloarec

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Table des matières
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Chapitre 5

Jean-Pierre Kiroul se sentait aussi désespéré qu’un escargot entendant une gousse d’ail revenir dans une poêle. Comment se sortir de cette situation pour le moins embarrassante ? Il ne disposait pas des instruments nécessaires, balais et pelle, pour nettoyer le palier.
C’est alors qu’il entendit l’ascenseur arriver (de plus en plus péniblement il faut le dire).
Son sang ne fit pas un tour, il ne fit pas deux tours, il n’eut même pas le temps d’en faire trois que l’ascenseur hoqueta et s’arrêta brutalement au milieu de sa course. La porte s’ouvrit permettant aux occupants de s’extirper à plat ventre de l’ascenseur avant qu’il ne replonge vers le rez-de-chaussée.
Jean-Pierre Kiroul reconnu avec soulagement deux autres membres éminents de l’IMdRdP qui durent enjamber le corps de la victime : « Papinou ! » s’écrièrent-ils en chœur et en duo.
Il ne s’agissait, ni plus ni moins, que de l’éminent Pierre Knowledge, expert de renommée mondiale, voire internationale, des réseaux de Pétri (ses études ont été éditées dans le monde entier, dépassant largement le tirage de tous les albums de Zig et Puce) accompagné de la délicieuse et sémillante Aline Ejay-Khrié.
C’est avec soulagement que Jean-Pierre Kiroul les mit au courant alternatif de la situation.
Promenant un vaste regard circulaire autour de lui, la réaction de Pierre fut immédiate : « Bizarre ces objets éparpillés.
- Certes - lui répondit Aline, dans une superbe montée au filet.
- Ce qui m’intrigue, c’est l’impression que j’ai, mais je peux me tromper, que Papinou (c’est vrai que ça fait tout de suite moins dramatique ce nom dans le feu de l’action, non ?) nous a laissé des indices - dit Pierre.
- Mais pourquoi ne parle-t-il pas ?
- C’est que le contrecoup du choc l’a rendu complètement gaga, il semble avoir perdu la mémoire - expliqua Jean-Pierre (oui ça faisait partie du chapitre précédent qui a été écourté pour éviter de resservir plusieurs fois la même explication).
- Bien, procédons par ordre - ordonna Pierre. »
Aline prit le dictionnaire et remarqua qu’un post-it marquait jauneusement l’une des pages. Elle ouvrit le dictionnaire avec précaution (il faut toujours de méfier des dictionnaires) et que vit-elle (c’est bien des ambiances à suspens comme ça !), hein que vit-elle ?
Tout d’abord, rien, car elle avait gardé ses lunettes de soleil. Les enlevant, elle constata qu’elle était à la lettre « p » et que le mot « pétri » était surligné de 1) jaune 2) vert 3) bleu (cochez la couleur qui vous plait, c’est ce qu’on appelle, dans le jargon des écrivains, un roman interactif).
Pendant ce temps Pierre ramassait une des petites boites en plastique transparent et reconnut immédiatement une boite de Pétri (rappelons pour les lecteurs peu au fait, qu’une boite de Pétri est utilisée, à défaut de cultiver des petits pois, pour la mise en culture de micro-organismes) : « Attendez, regardez bien : une boite de Pétri, le dictionnaire à la page “ Pétri ”, deux catalogues d’exposition avec les noms Pétri - dit Pierre - vous ne trouvez pas que ça fait beaucoup de coïncidences sur le nom PETRI ?
- On dirait un code ou un jeu de piste - murmura avec effroi la belle Aline en repensant à son passé scout. »
Jean-Pierre Kiroul était littéralement abasourdi par des déductions aussi rapides que pertinentes, se rendant compte combien les grands esprits n’usurpaient pas leur renommée.
A ce moment là, les flammes des bougies vacillèrent, le coq chanta 3 fois, le poisson rouge hurla silencieusement dans son bocal tandis que le canari de garde tentait de trouver une cache dans sa cage.
Jean-Pierre frissonna, regrettant sa pelisse en peau de léopard retournée, si chaude par les longues soirées d’hiver : « Tout cela me semble bien peu orthodoxe à défaut d’être musulman, je ferai mieux d’appeler le Président - s’exclama-t-il.
- Que nenni - répliqua Pierre - je suis LE spécialiste des réseaux de Pétri et voilà, si je ne m’abuse, un beau cas témoin, bien meilleur que ceux de YD et MB (deux célèbres compères et collègues de Pierre, ayant demandés à garder l’anonymat sous peine de poursuites). Je devrais pouvoir résoudre ce petit problème. Qu’en penses-tu Aline ?
- Tu as raison Pierre. Mais, en y regardant de plus près, je voudrais te faire remarquer, à propos d'Yvette Pétri, que ses installations rejouent les gestes, les images et les mots les plus initiatiques de l'enfance de l'humanité comme de l'art. Elle réactualise les questions et les mythes les plus universels de nos civilisations : la mort, la guerre et la violence, l'articulation de l'humanité et de l'animalité, le rapport de l'homme à la nature, à la machine et à la sexualité. Autant de thèmes traités à partir d'une imagerie souvent ancienne que l'artiste fait passer par le filtre d'un vécu, d'un savoir et d'une technologie des plus modernes. Au fil de nombreuses étapes, peinture, photographie, photocopie ou infographie se distordent, s’épurent ou se métamorphosent, comme des bas-reliefs assyriens, des enluminures médiévales et orientales ou des peintures de Goya, en des œuvres où la miniature le dispute à la monumentalité. Cette complexe alchimie … »
La phrase s’acheva brutalement sur le bruit sourd d’un maillet en caoutchouc, encore fumant dans la main de Jean-Pierre Kiroul, asséné sur le bel occiput d’Aline Ejay-Khrié. « Merci Aline, merci Jean-Pierre - dit Pierre en étouffant un bâillement de sa main gauche et serrant sa 12e tasse de café de sa main droite - nous n’avons pas besoin d’un cours appliqué. Cherchons plutôt si Papinou n’aurait pas encore quelque chose à nous dire. »

L’infortuné Papinou, maintenant assis dans un fauteuil Louis XVI, une poche à glace sur le sommet du crâne, roulait des yeux, hagards !
Quelques mots décousus de fil blanc sortaient par spasmes intermittents de sa bouche édentée (eh oui, le choc !) : « Au voleur ! A l’assassin ! Au meurtrier ! Justice, juste ciel ! Je suis perdu, je suis assassiné. On m’a coupé la gorge. On m’a dérobé mon papier. Qui peut-ce être ? Qu’est-il devenu ? Où est-il ? Où se cache-t-il ? N’y a-t-il personne qui veuille me ressusciter en me rendant mon cher papier ou en m’apprenant qui l’a pris ? Retrouvez-le … retrouvez-le …retrouvez-le …
- Molière, l’Avare, acte IV, scène 7 - déclama Aline.
- Ohé, ce n’est pas “ Questions pour du pognon ” - lui rétorquèrent Pierre et Jean-Pierre.
- Désolé, mais c’est plus fort que moi - bougonna Aline encore sous le choc du coup de maillet.
- Mais retrouver quoi - demanda calmement Pierre à Papinou ?
- Le papier, le précieux papier que j’ai perdu, retrouvez-le … j’ai … tout … oublié. »
Ils ne purent rien tirer de plus de l’infortuné Papiniou et ce ne furent ni les paires de claques, ni les seaux d’eau glacée, ni les chocs électriques qui purent lui rendre la raison : il gisait maintenant, complètement affalé dans son fauteuil Louis XVII, ne réagissant plus à aucune sollicitations. A la recherche d'indices, Pierre fouilla machinalement les poches de Papinou pour trouver, au milieu de tout un tas d’objets hétéroclites allant d’un hochet à un vilebrequin, un dépliant à l’entête de la Fraternitatis Sacerdotalis Sancti Petri. Et surtout une adresse : Domus S. Petri Canisii, Chemin du Schönberg 8, CH-1700 Fribourg, Suisse. Alors Pierre déclara : « Aucune hésitation, c’est un indice capital à défaut d’être régional, il nous faut y aller.
- Allons enfants de la Pétri - déclama lyriquement Aline. »

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