In Libro Veritas

Da Petri Code

Par Jean-Marie Cloarec

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Table des matières
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Chapitre 12

Le soleil s’était levé, tout seul, comme un grand, sans l’aide de personne, ce qui reste toujours un exploit pour les grecs. C’était une belle matinée de saison, tout à fait appropriée au moment. Les pigeons roucoulaient, les pies caquetaient, les cigognes claquettaient, les moineaux moinettaient, les éléphants gazouillaient, les fourmis fourmillaient, les cafards cafardaient, les souris souriaient, les rats rotaient (non, là, ça ne va pas bien), …
Aline émergea alors de ses rêves pour constater qu’elle dominait le crâne chauve (mais constellé de tâches de rousseur) de Pierre.
« Il faudra que je lui achète du shampoing anti-tâches de rousseur - pensa-t-elle. »

Et c’est à ce moment qu’elle découvrit sur les genoux cagneux de Pierre ce qui ressemblait à la solution de l’énigme. C’était beau comme une peinture de Dali avant la période rose. Comment autant de science pouvait rester à sommeiller dans ce crâne (couvert de tâches de rousseur, ne l’oublions pas). Montaigne avait bien raison. Quel puits de science que ce Pierre Knowledge.

(Abrégeons car les mots manquent pour décrire le caractère sublime et apocalyptique de cette situation qui risque de devenir roméoetjuliettienne).
Bref (et pour faire court), le résultat était là : on aurait dit 3 sapins à différents âges dans un sous-bois new-yorkais.
Image postée par l'inscrit
Pierre se réveilla en étouffant un bâillement sonore laissant voir une carie sur sa 3e molaire. Aline bégaya pleine d’admiration : « Pierre, tu as résolu l’énigme ?
- Eh oui, c’était en fait très simple.
- Peux-tu m’expliquer ?
- Voilà, tu remarques que le tronc est monopodial, produisant les spires des branches plagiotropique qui sont sympodiaux par l'apposition. Donc chaque nouvelle inflorescence présente un long segment basique plagiotropique suivi par un segment orthotropique indéterminé et le méristème terminal de chaque segment reste actif pour produire des groupes successifs de feuilles avec des fleurs latérales. Tu me suis ?
- Ben, euh à dire vrai, pas vraiment, mais bon comme tu l’as dit, c’est toi l’expert - bredouilla Aline en avalant une dizaine de cachets d’aspirine.
- Exact, donc si tu réfléchis calmement, tu constates que le réseau de Pétri pour le modèle Aubréville, car en fait c’était ça le nœud du problème : déterminer que c’était un modèle Aubréville, montre qu’il diffère formellement du modèle de Fagerlind seulement pour l’apex C. En effet, dans le modèle Aubréville, le segment orthotropique qui termine une branche plagiotropique est indéterminé et porte des fleurs latérales, tandis que dans le modèle de Fagerlind il est déterminé et porte une inflorescence terminale. CQFD SGDG. »

Vingt cinq cachets d’aspirine plus tard suivis d’une bonne rasade de cognac, Aline se sentait revenue à des réalités plus « palpables ». Elle demanda inquiète : « Mais que devons nous faire maintenant ?
- Eh bien, lire les petits caractères en bas de page qui nous indique la marche à suivre. Donc il est écrit “ Avez-vous résolu l’énigme ? ”.
- Je crois que oui - répondit Aline - je n’ai pas tout compris, mais ça ressemble à quelque chose d’assez cohérent à défaut de rien.
- Bon, alors continuons “ si vous avez répondu OUI, jurez-vous que la réponse est exacte ? ” - lut Pierre.
- Mais comment savoir - glapit Aline ?
- Fais-moi confiance, bébé - suggéra Pierre.
- Bon, ben oui alors, la réponse à la question est “ OUI ”.
- Donc je lis “ si vous maintenez votre réponse positive, c’est que vous avez gagné ! ”. Donc j’ai, euh, nous avons résolu l’énigme - s’exclama Pierre ?
- A défaut du contraire il semble que oui - s’exclama Aline pleine d’admiration. »

A ce moment là, le papier s’enflamma spontanément sans aucune raison valable. L’orgue de l’église se mit à jouer tout seul quelques notes de la marche des Zouaves du Pont de l’Alma et au même moment, ils perçurent un bruit de pas étouffé dans l’église où ils se trouvaient (au cas où vous auriez perdu le fil de l’histoire).
Tendant l’oreille jusqu’au paroxysme, ils constatèrent avec effroi que les bruits se rapprochaient lentement. Il était clair, malgré l’obscurité de la nef, que quelqu’un se dirigeait intentionnellement et dans un but bien précis vers eux. Les claquements de talons résonnaient sous les voûtes. Même les monstres sur les chapiteaux tentaient de ne pas se faire remarquer. Mais, chose curieuse, entre chaque claquement, on entendait un autre petit bruit plus sec : clac-tic-clac. Quel était cet être bizarre autant qu’étrange qui s’avançait inexorablement.
A chaque pas, le bruit augmentait d’une manière proportionnelle au rétrécissement de la distance. Le bruit emplissait maintenant tout l’espace sonore et devenait intolérable. Les cheveux, enfin ce qui en restait, de Pierre se dressèrent sur son crâne pelé.
Aline se tordait convulsivement les mains. Le supplice était inhumain.
Clac-tic-clac.
Et ça recommençait.
Clac-tic-clac.
Et ça reprenait de plus belle.
Clac-tic-clac.
Le bruit s’amplifiait.
Clac-tic-clac.
S’amplifiait.
Clac-tic-clac.
Soudain, l’individu déboucha lentement devant eux. Il avait un regard étrange, regardant droit devant lui. Il n’arrêtait pas d’avancer et chaque pas semblait le grandir un peu plus. Mais il continua sa route, sans leur prêter attention, tout en se guidant avec sa canne blanche d’aveugle.
« Nous devrions faire plus attention, je crains qu’un ennemi aussi invisible que dangereux ne nous espionne - murmura Pierre dans l’oreille gauche d’Aline. »

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