In Libro Veritas

Da Petri Code

Par Jean-Marie Cloarec

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Table des matières
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Chapitre 56

Twenty-six hours later, Aline Ejay-Khrié and Pierre Knowledge were standing in front of the majestic Chartres’ Cathedral. They entered inside, walking backwards on tiptoes, because walking normally would have draw attention upon them, and it’s worth to say it’s not very comfortable.
(Si nous avons mis ce texte en anglais c’est, non pas pour montrer que nous arrivons à manier vaguement cette langue, mais surtout pour attirer les lecteurs étrangers suivant une méthode classique de marketing, mais profondément machiavélique, enseignée dans toutes les ESC de France et de Navarre).

Aline et Pierre se sentirent tout de suite pénétrés par la majesté des lieux. La dernière fois qu’Aline était venue dans ces lieux remontait au marathon des étudiants de France en mil neuf cent … peu importe. Elle s’était fait alors un claquage au mollet droit en voulant porter sur son dos une de ses amies et être ainsi, le premier attelage humain à gagner un marathon. Le temps avait passé et elle avait du mal à se rappeler exactement où gisait le labyrinthe. Tout en déambulant, ils ne prêtèrent pas attention au vendeur de carte postale qui, s’il n’avait pas l’air vraiment louche, semblait quand même leur prêter une attention étrange. Après avoir fait quelques pas sur le pavement froid et humide de la cathédrale, ils se trouvèrent enfin face au labyrinthe.
Il était là. Comme un défi à relever (surtout qu’il est à plat).
Tout autour, ses épines ne dormaient que d’un œil dans le silence de la pierre. La rose centrale semblait le trophée de celui qui saura parvenir jusqu'à elle.
Silencieusement, impressionnés par la beauté de l’édifice, ils entrèrent dans le labyrinthe et leurs pas, après un court détour, les conduisirent rapidement tout près de la rose. Ils se sentirent encouragés par cette promesse de succès. Mais, le propre d’un labyrinthe, c’est de vous faire faire des kilomètres dans un espace très restreint pour vous perdre et voilà que le sentier s'écartait et tournait comme les circonvolutions du cerveau.
Aline et Pierre cheminaient dans la partie gauche du labyrinthe.
Aline expliqua doctement à Pierre (médusé par autant de connaissances) : « Un vieux moine bouddhiste m’a expliqué un soir de bizutage que le cerveau gauche représente l'intellect, c’est la partie qui calcule, qui compte, qui raisonne. Je pense que nous sommes sur la bonne voie, poursuivons.
- Regarde nous passons à droite et, là encore, très vite, nous approchons du centre pour nous en éloigner de nouveau - constata Pierre.
- C’est une quête que nous entreprenons.
- Et dire que je n’ai pas de monnaie !
- Maintenant nous abordons le cerveau droit. Toujours d’après mon vieux moine, cette partie du cerveau est le siège des expériences psychiques marquantes, des impressions subjectives. Elle nous permet de prendre conscience d'un monde caché, différent - continuait inlassablement Aline.
- Mais regarde, on vient à peine d’y entrer que nous revenons vers la partie gauche ! C’est incroyable !
- Oui car en oscillant entre les deux cerveaux, si l’on peut dire, cela veut dire qu’il ne faut pas comprendre ni analyser - expliqua calmement Aline. Il faut sortir de notre cadre cartésio-procaccien.
- Ahhhhhhhhhh.
- Comprends Pierre, ceci symbolise le fait que nous cherchons à comprendre des choses cachées, non révélées à notre intelligence. Mais cette oscillation régulière va générer une compréhension des mystères et bientôt, de nombreux concepts jusqu'alors inconnus nous deviendront étonnement familiers.
- Oui, je comprends bien, mais ceux qui n’ont pas de clefs pour comprendre ne pourront pas apprendre et n'iront pas plus loin.
- Hé oui, ceux-là passeront le reste de leur existence à faire des discours et à expliquer la vie aux autres. Ils stagneront.
- Mais c’est terrible.
- Ne crains pas - dit Aline en prenant la main de Pierre (holà, ça s’encanaille là, il va falloir les surveiller ces deux là) - nous allons bientôt arriver à l’endroit où les deux parties de notre cerveau vont se connecter. »

Sans s’en rendre compte (et nous non plus, nous venons juste de le découvrir ; il y a 10 minutes nous ne savions encore rien de tout ça), nos héros (car on peut le dire) entrèrent dans ce monde ignoré, caché, protégé secrètement de l'intellect où l'on ne peut rester qu'après avoir rassasié et maîtrisé celui-ci, en avoir fait un outil et non plus un obstacle. Dans ce monde nouveau, il faut alors vivre et oser pleinement cette nouvelle expérience. Ici, les paroles sont muettes, les cris sont silencieux, les murmures sont étouffés. L'heure est aux actes pour le bien et la grandeur de l’Homme (avec un H majuscule) ainsi qu’une démarche introspective qui pourrait sembler égoïste au néophyte.

Imperceptiblement, subrepticement, mesquinement, l’obscurité s’était installée sans crier gare (puisque nous sommes dans la cathédrale) et derrière son comptoir, le vendeur de cartes postales, unijambiste, manchot du bras gauche observait de son œil borgne ce couple étrange qui tournait dans le labyrinthe (on vous avait prévenu qu’il avait l’air louche !).
Pierre glapit piteusement : « Mais regarde, ça recommence, nous nous éloignons à nouveau du centre.
- Oui et cela pour symboliser notre découragement, non plus intellectuel, mais psychologique, physique. Nous sommes plongés dans une nuit obscure où le sombre l’emporte sur le néant, où la vie perd son sens, où l’arc en ciel se transforme en arc noir de la mort qui va annihiler toutes nos idées préconçues. Certains, encore, resteront là, déçus, usés, brisés comme une moule rescapée sur son pieu dans la baie du Mont Saint Michel. D'autres puiseront dans une foi païenne le courage de poursuivre et, retrouvant leur route dans le labyrinthe, vivront à nouveau le doute dans un ultime détour, comme s'il était trop simple d'avancer vers le centre. Car c'est bien au centre que nous pénétrons alors, dans la rose dont enfin nous respirons le doux parfum de la sublime connaissance. »

Et alors qu’ils posaient le pied sur la rose, ils vécurent le même sentiment que le voyageur égaré descendant du train en gare de Guéret ou que le général Custer en découvrant le traquenard que lui avait tendu par Geronimo.
Ils se sentirent baignés d’une douce lumière et levèrent les yeux mouillés de larmes de Joie Profonde. On les aurait cru sertis dans un vitrail.
Alors ils se mirent en marche droit devant eux, vers la lumière des bougies devant eux, sans plus rien voir de ce qui les entourait. Ils se sentaient libérer des murs de l’inconnaissance dans lequel le labyrinthe les avait enfermés.
Au bout de quelques pas leurs yeux se décillèrent et ils prirent conscience que les murs n'étaient que des lignes dessinées par terre, labyrinthe illusoire de notre pauvre intelligence et de notre nombrilisme aveugle.

C’est alors que le vendeur unijambisto-manchot-borgne s’approcha d’eux  en clopinant doucement (car il avait mis des coussinets de mousse en polyuréthane inoxydable).
« Jeunes gens, soyez fiers d'avoir parcouru ce long périple et d'en avoir franchi avec succès toutes les épreuves. Croyez-en mon expérience : ce que vous venez de vivre n’est pas donné à tout le monde. Félicitations. Mais ne vous croyez pas arrivés.
- Comment ça - lui dit Pierre tandis que Aline mouchait bruyamment son émotion dans l’écharpe de son compagnon mais néanmoins collègue (et n’allez pas imaginer une idylle quelconque, c’est déjà assez confus comme cela).
- Oui, ne vous croyez pas arrivés sinon vous allez vous enfermer dans le plus terrible, le plus subtil et le plus dangereux piège que votre cerveau puisse fabriquer. Croyant avoir compris des secrets cachés depuis l’aube des temps, vous allez, en réalité, vous enfermer au centre de votre satisfaction d'avoir maîtrisé vos deux cerveaux et d'avoir avancé avec courage jusqu'au bout du sentier tortueux qui mène vers des lendemains qui … déchantent.
- Attendez, vous voulez dire que nos deux cerveaux ont fusionné, qu’ils ne font qu’un - s’exclama Aline avec horreur ?
- Mais non ! Je parle des deux parties de chacun de vos propres cerveaux ! Jeunes gens, puis-je vous suggérer quelque chose ?
- Oui bien sûr Monsieur - s’écrièrent en chœur Aline et Pierre encore sous le coup d’une émotion intense et profonde.
- Avant de repartir, goûtez encore cet endroit et c'est à genoux, le reste de la nuit, que vous allez prier pour que la lumière vous apparaisse à nouveau au milieu de vos ténèbres. Alors, si votre cœur est pur dans sa demande, aux premiers rayons du soleil levant, la Lumière pileuse se fera enfin.
- Que voulez-vous dire par "lumière pileuse" - demanda Pierre. »
Mais l'homme avait subitement déjà disparu dans l'ombre humide de la cathédrale. Comme s'il n'avait jamais existé.

Aline et Pierre eurent beau le chercher. Peine perdue, il s'était bel et bien volatilisé.

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