Chapitre 155
Christian déclara : « Donc, si j’ai bien compris, vous êtes à la recherche d’un papier dont vous ignorez tout et qu’un subtil cheminement européen truffé d’énigmes vous a permis d’arriver jusqu’ici ?- Exact - dit sobrement Pierre.
- Donc votre précieux papier doit se trouver ici !
- Hé bien nous l’espérons, sinon je n’y comprends plus rien.
- Si donc ce document est ici, il doit être sous la garde de quelqu’un.
- C’est vraisemblable, mais pas obligatoire - rétorqua Aline.
- Mes chers amis, je crois que nous pouvons y arriver - déclara péremptoirement le Maire. Il y a depuis quelque temps un être bizarre qui se cache dans la forêt et qui ne se sépare jamais d’un objet qu’il appelle son « précieux ». Je pense que ce doit être ça. »
(Vous avez remarqué que la manière de raisonner ressemble à du Socrate ?).
Et sans plus attendre et à pied, ils prirent la route de la forêt qui se situe à la lisière du village. Cette forêt porte l’étrange nom de « forêt de Fangorn » car elle est peuplée d’êtres inquiétants (suivant les racontars avinés des chasseurs locaux) appelés Ents qui sont des êtres mi-homme / mi-arbre. Elle porte aussi le nom de Sylvebarbe ou « arbres barbus » (étonnant non, nous venons également de l’apprendre à l’instant).
On y trouve les arbres suivants : le Chêne, le Hêtre, le Noyer Blanc, l’Orme, le Tulipier, le Pommier, le Poirier, le Cerisier, le Cornouiller et quelques Magnolias, des Pins, des Sapins, des Cèdres, ainsi que quelques bosquets de Séquoias géants plus hauts dans la montagne. A l'Est, dans les hautes vallées des montagnes, les essences prédominantes sont le Frêne, le Bouleau, le Tremble, le Peuplier, le Sorbier des Oiseaux, …
La forêt déjà sombre s’assombrissait encore plus au fur et à mesure qu’ils y pénétraient jusqu’à devenir totalement sombre, c’est-à-dire, obscure. C’était une obscurité oppressante, malsaine, teintée d’un taux d’humidité phénoménale de 123,43%. Du jamais vu dans le Guinness. Plus on avançait dans la forêt et moins on y voyait. C’était un truc à se moucher avec le nez du voisin. Cette obscurité passait par toutes les couleurs du brun foncé au noir clair, avec, de temps en temps, quelques subtiles touches de gris foncé.
Heureusement qu’ils avaient pris avec eux la brouette municipale équipée des tous derniers accessoires. Bientôt ils allumèrent les veilleuses, puis les codes, puis les feux de route, puis les antibrouillards, mais ils progressaient difficilement.
Soudain, dans le noir sans couleur de la nuit obscure, ils LE virent.

Ils sentirent leur sang se glacer, leurs mains devenir moites, leurs genoux s’entrechoquer, leurs dents se déchausser avant d’entrer. Mais pourquoi étaient-ils venus dans ce lieu de perdition (on se le demande d’ailleurs). N’avaient-ils pas mieux à faire ?
Ah, si Papinou (celui-là on le retient d’ailleurs) n’avait pas perdu la tête contre la porte de cet ascenseur maudit. Enfin, le mal était fait, il fallait aller jusqu’au bout.
Se tournant vers Christian, Pierre demanda : « Tu crois que c’est lui qui possède …
- Le précieux document que vous cherchez ? Sans aucun doute !
- Il ne me reste plus qu’à l’affronter, proclama Pierre d’une voix sourde mais néanmoins audible. »
Et n’écoutant pas son courage qui lui commandait de prendre le premier train pour Perpignan en seconde classe non-fumeur, il s’avança dans la jungle obscure, maléfique et fétide, saisit une liane que la femme de ménage avait laissé traîner négligemment et bientôt il disparut aux yeux de ses compagnons en poussant Un cri terrible « Ooooaaaaahhhhhhhhhggggggg ! ».
Sa première tentative ne fut pas couronnée du succès escompté. Après s’être éclaté sur un tronc de coquelicot géant, il se ressaisit, trouva une nouvelle liane (estampillée CE) et, après s’être néanmoins assuré de sa solidité et en se demandant s’il n’aurait pas mieux fait d’en profiter pour s’éclipser, il se lança résolument à la poursuite de l’être bizarre autant que nauséabond.
Aline et Christian retenaient leur respiration (vu l’odeur du lieu, il valait mieux d’ailleurs) et tentaient de deviner ce qui se passait. Pour le moment un silence glauque avait jeté une chape de zinc (qui est moins cher que le plomb et, malgré tout, plus facile à manipuler) sur la forêt.
Rien … le silence … total … innommable … impalpable mais bien présent … on n’entendait pas une souris voler (et pour cause) … le genre de situation qu’on aimerait éviter … le néant absolu … on entendait à peine les battements d’ailes d’une libellule égarée.
Soudain un grand tumulte se fit, la Crapouette à crête mordorée se tut. Des bruits de lutte ponctués de vociférations féroces et inhumaines jaillirent de la noirceur obscure de la forêt. Le combat impitoyable venait de commencer. À l’avantage de qui allait-il tourner ?
Les deux combattants ne faisaient plus qu’un, rendant encore plus hideux le spectacle. Aline, de nature très émotive, n’osait regarder la lutte atroce que d’un œil.
On aurait dit un corps monstrueux doté de 6 bras, 12 jambes, 2 têtes, sans compter les pustules purulentes de l’être maléfique. Telle une boule, les lutteurs roulaient entre les arbres, écrasant la végétation aux alentours.
On pouvait se demander, et nous n’hésitons pas à poser la question, à l’avantage de qui la lutte allait-elle tourner.
Soudain, un cri s’éleva : « Grâce, grâce !
- Alors, vas-tu donner ce que tu as volé à Papinou - tonna Pierre (de sa voix de stentor) ?
- Oui, vous le donner je vais. »
Pierre se tenait debout, triomphant, dans la pose de Tartarin, les habits en lambeaux, sauf son slip en peau de phoque zébrée, les cheveux en désordre, le pied gauche écrasant noblement les reins de la créature abjecte, un petit sourire de satisfaction aux commissures de ses lèvres ensanglantées.
Le vaincu habillé sommairement de feuilles de Palmier de la Creuse (espère extrêmement rare, en voie de disparition) tentait de cacher sa nudité immonde.
Vaincue, l’horrible créature les emmena dans sa tanière, un trois pièces-cuisine situé dans la falaise. C’est un très bel appartement, si ce n’est le papier peint qui imite l’intérieur d’un égout asiatique infesté de crocodiles, avec une très belle vue sur le parc Monsouris.
Et tout en sanglotant, l’abominable individu se dirigea vers son secrétaire Boule, ouvrit le tiroir secret d’où il extirpa un petit coffret soigneusement fermé qu’il leur remit à contrecœur.
Mais, était-ce LE coffret contenant LE papier ? (c’est vrai qu’il y a de quoi en douter quand même !).
Se faisant menaçant, Pierre demanda : « Es-tu sûre, ô abjecte créature que c’est le coffret de Papinou ?
- Oui gentil maître, c’est le coffret que volé j’ai à Papinou autrefois. Jure je le, à lui c’est. »
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