In Libro Veritas

La Tosca

Par Victorien Sardou

Oeuvre du domaine public.

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Table des matières
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Scène V

FLORIA, SCARPIA, Personnages, au fond.
Scarpia, accoudé sur le canapé derrière Floria, prenant sa main sur le bras du canapé et la serrant doucement dans ses deux mains, en souriant.—Savez-vous bien, signora, que je pourrais mettre les menottes à cette jolie main-là et vous envoyer au château Saint-Ange ?
Floria, tranquillement, occupée de son papier, sans retirer sa main.—M'arrêter ?
Scarpia, de même.—Oui-da ?
Floria, de même.—Pourquoi ?
Scarpia.—Pour étalage de couleurs séditieuses.
Floria, de même.—Ma robe ?
Scarpia.—Ce bracelet !... Rubis, diamants et saphirs. Tricolore, tout bonnement !
Floria, vivement, retirant son bras.—Ah ! C'est vrai !... Si la reine le voit !...
Scarpia.—Quelle plaisanterie ! Nul que moi n'y prendra garde. Vous êtes trop connue pour votre dévouement à l'église et au roi... (il s'assied près d'elle.). malheureusement !
Floria.—Comment ! Malheureusement ?
Scarpia, galamment.—Eh oui ! J'aurais plaisir à vous avoir pour prisonnière.
Floria, gaiement.—Dans un cachot ?
Scarpia, de même.—Et sous triples verrous, pour vous empêcher de fuir.
Floria.—Et la torture aussi, peut-être ?
Scarpia.—Jusqu'à ce que vous m'aimiez.
Floria, reprenant son papier.—Si vous n'avez que ce moyen-là !
Scarpia.—Bon ; les femmes ne détestent pas un peu de violence.
Floria.—C'est qu'en vérité on fait courir d'assez vilains bruits sur ce qui se passe là-bas, avec les femmes.
Elle revient à son papier de musique.
Scarpia, souriant.—Bah ! Que ne dit-on pas ? Ce vieux château paye aujourd'hui pour ses fredaines d'autrefois. C'est au souvenir des Borgia qu'il doit cette méchante renommée. Est-ce que c'est vraiment bien, cette cantate de Paisiello ?
Floria, même jeu.—Peuh ! Il aurait aussi bien fait de donner cela à la Romanelli.
Scarpia.—Et de ne pas vous troubler si mal à propos dans vos dévotions à l'église Saint-Andréa.
Floria, tournant les feuillets.—Ah ! Vous savez ?...
Scarpia.—Oh ! par profession, je sais tout.
Floria, de même.—Il n'y a pas grand mérite à cela : je ne me cache guère.
Scarpia, riant.—C'est vrai ! Il est donc bien charmant, ce Français.
Floria.—Français ?... Il est Romain.
Scarpia.—Oh ! si peu, je veux dire par ses opinions... Comment, bien pensante comme vous l'êtes, pouvez-vous échanger trois mots avec ce voltairien sans, lui arracher les yeux.
Floria.—C'est que c'est trois mots-là sont : je t'aime !
Scarpia.—A la bonne heure... Mais on n'aime pas tout le temps ?...
Floria.—Mais si.
Scarpia.—Enfin, vous causez bien un peu, dans l'intervalle. Et, avec ses idées révolutionnaires...
Floria.—Bah ! L'amour songe bien à cela. Vous savez la réponse de la Venotti au roi qui lui reprochait d'aimer un sans-culotte.
 «Ah ! ma foi, sire, naturellement, l'amour !»
Scarpia.—Oui, mais vous savez la suite. Trois jours après, son républicain la plantait là. Moralité : ne pas croire à celui qui, lui-même, ne croit à rien. Athée en religion, athée en amour : cela se tient.
Floria.—Ah ! bien, vous êtes loin de compte.
Il est pour moi d'une dévotion...
Scarpia.—En êtes-vous bien sûre ?
Floria, le regardant, vaguement inquiète.—Oui, j'en suis sûre. Pourquoi dites-vous cela ?
Scarpia.—Eh ! mon Dieu !
Floria, de même.—Vous savez quelque chose. Quoi ! Qu'est-ce que vous savez ?... Mais, parlez donc, voyons !
Scarpia.—Mais non. Rien, rien ! Diamine !... Quelle vivacité ! Un doute, rien de plus ; scepticisme professionnel. Mais, d'honneur, je ne sais rien. Allons, c'est entendu ; le chevalier vous adore. Il est fidèle, et je le crois sans peine : cela lui est bien facile.
Floria, rassurée à demi seulement.—A la bonne heure.
Scarpia, tirant l'éventail.—Je suis même tellement convaincu, que je n'hésite plus à vous remettre cet objet.
Fin de l'andante.
Floria.—Cet éventail ?
Scarpia.—Oui, le hasard m'a conduit tantôt à Saint-Andréa ; le chevalier venait de partir.
Floria, vivement.—A quelle heure ?
Scarpia.—Vers complies.
Floria, saisie.—Il devait travailler jusqu'à la nuit !
Scarpia.—Enfin, il était absent et, comme par curiosité, j'examinais son travail, j'ai vu cet éventail oublié sur son escabeau et, de peur qu'il ne fût dérobé, je l'ai pris pour vous le rendre.
Floria, saisie.—Sur son escabeau !...
Scarpia.—Oui ! J'hésitais à vous le restituer ; car enfin... Mais vous êtes tellement sûre de lui... Eh ! mon Dieu, signera, qu'avez-vous ?
Floria, qui a ouvert l'éventail.—Mais cet éventail n'est pas à moi !
Scarpia.—Est-ce possible !
Floria, regardant l'éventail.—Mais non ! non, non !...
Scarpia.—Ah ! maladroit ! Qu'ai-je fait ?
Floria, même jeu.—A qui peut-il être ? A qui ? Une couronne de marquise !...
Scarpia.—En effet ! Comment ce détail m'a-t-il échappé ?
Floria, debout.—Marquise !... L'Attavanti !
Scarpia, feignant la surprise.—Hein ?
Floria.—C'est l'Attavanti !
Scarpia.—Pourquoi elle ?
Floria.—Oh ! pourquoi ?... C'est elle ! Oh ! c'est elle !... Je la devine ! Je la sens, là, sous mes doigts ! Elle sera venue après mon départ ! comme hier !
Scarpia.—Ah ! Hier ?...
Floria.—...Ou plutôt, non ! elle était là, à mon arrivée... elle s'est cachée... Et ces retards à m'ouvrir, ces chuchotements !... Son embarras à lui... sa hâte de me voir partir ! Ah ! maudite !... Elle était là qui me voyait, m'écoutait !... Et, quand je suis sortie... elle s'est jetée dans ses bras, riant de moi !...
Scarpia.—Oh !
Floria.—...De moi !... Avec lui... Dans ses bras !... Ah ! Ruffiane, je t'arracherai le cœur !
Scarpia, debout.—Etes-vous bien sûre ?... Et si vous vous trompiez ?
Floria.—Je me trompe ? Vous allez voir si je me trompe... (Appelant le marquis.) Marquis !...
Attavanti.—Signora !
Floria.—Deux mots, je vous prie.
Attavanti.—Quatre, et que ce soit un ordre, diva, pour me donner la joie de vous obéir !
Floria.—Un renseignement seulement ! Connaissez-vous cet éventail ?
Attavanti, regardant avec son binocle.—Cet éventail ? Pas du tout.
Floria.—Il a été perdu dans une église et, comme il porte une couronne de marquise, on a pensé que, peut-être, il appartenait...
Attavanti.—A ma femme ?
Floria.—Précisément !
Attavanti.—Oh ! mais, pardon, alors, ce n'est pas à moi qu'il faut demander cela. (Appelant.) Trivulce !
Trivulce, descendant.—Marquis !
Attavanti.—Dites-moi, mon cher, reconnaissez-vous cet éventail comme appartenant à ma femme ?
Trivulce.—Parfaitement !
Floria.—Ah !
Attavanti.—Vous voyez !... Oh ! lui ne peut pas s'y tromper.
Scarpia.—Vous êtes sûr ?
Trivulce.—Très sûr ! J'ai commandé moi-même la couronne de perles chez Costa.
Attavanti.—Oh ! alors...
Trivulce.—C'est tout ?
Attavanti.—C'est tout, pour vous, cher ami, merci. (Trivulce remonte.) Quant à moi, signera...
Floria.—Vous, marquis, vous demanderez à votre femme de ma part : Comment son éventail se trouve chez mon amant.
Attavanti.—Impossible ! Trivulce qui fait si bonne garde !
Floria.—Oh ! Ce n'est pas avec lui que je m'expliquerai ; c'est avec elle.
Attavanti.—La marquise ?
Floria.—Oui. Où est-elle, votre femme, que je lui casse son éventail sur-la figure ?
Elle gagne la gauche, en remontant, pour chercher la marquise parmi les dames qui sont au fond.
Attavanti, lui barrant le passage.—Ah !
Scarpia, de même.—Vous ne ferez pas cela !
Floria.—En plein bal !
Attavanti.—Devant là reine ?
Floria.—Ah ! la reine !... Elle a des amants, la reine ! Elle me comprendra !
Attavanti.—Bon Dieu !
Scarpia.—Taisez-vous !
Attavanti, tranquille.—Rien à craindre, du reste ! La marquise n'est pas là.
Il remonte vers la droite pour s'éloigner.
Floria, vivement.—Elle n'est pas là ?
Attavanti.—Non ! elle est partie pour Frascati.
Floria, à gauche, avant-scène.—Ah ! Frascati ! Elle a fait croire !... Oh ! Je comprends. Elle est avec lui ! L'infâme !...
Attavanti et Scarpia.—Avec lui !
Floria.—Oui, oui, ils sont là-bas ! Pour souper ensemble et pour y passer la unit.
Scarpia, vivement, allant à elle.—Là-bas ?
Floria.—Oui !
Scarpia.—Et où... là-bas ?
Floria, passant devant lui.—Ah ! je vais vous le dire, n'est-ce-pas, pour que-vous les préveniez ?
Scarpia.—Mais non ! Je vous jure...
Floria.—Allons donc ! La police n'a rien à voir là dedans... La police !... C'est moi, la police, et j'y cours.
Elle veut remonter vers le fond à droite.
Scarpia, remontant vivement pour lui barrer le passage.—Et le concert ?
Attavanti, même jeu, près de Scarpia.—La cantate ?
Floria.—Ah ! Je m'en moque pas mal de la cantate !
Scarpia.—Mais c'est impossible !
Attavanti.—Quel scandale !
Floria, redescendant pour gagner la première porte à droite.—C'est encore ça qui m'est égal, le scandale !
Attavanti.—Mais, diva !...
Scarpia.—La reine !...
Floria.—Dites à la reine que je suis malade, enrouée ; que je ne peux pas chanter ! Dites ce que vous voudrez. Bonsoir !...
Elle passe devant le canapé pour gagner la sortie à droite.
Scarpia, la devançant vivement de ce côté en passant derrière le canapé.—Mais c'est insensé !
Attavanti.—Elle n'en croira rien !
Floria.—Alors, dites-lui que mon amant me trompe ! Elle comprendra !...
Scarpia.—Tosca ! Au nom du ciel !...
Floria, prête à sortir par la droite.—Laissez-moi !...
Scarpia, lui barrant le passage devant la porte.—Alors, pardon ! Ce n'est plus l'ami qui parle, mais le régent de police. Je vous arrête.
Floria,—Vous ?
Scarpia.—Mon Dieu, oui !
Floria.—Et vous m'empêcherez ?... Vous ferez cela ? Vous, complice de la femme de cet imbécile !
Attavanti.—Hein ?...
Scarpia.—Je ferai mon devoir, en vous obligeant à faire le vôtre, qui est de chanter...
Floria.—Mais, je ne peux pas ! J'ai bien envie, je suis bien en état de chanter ! Est-ce que je peux chanter ?
Scarpia.—Mal ou bien, peu importe ! mais la cantate, s'il vous plaît, la cantate !
Floria.—Ah ! Dieu !
Scarpia.—Et après, sur mon honneur, je vous permets de sortir... je vous y aide !
Floria, vivement.—C'est promis ?
Scarpia.—Je le jure !
Floria, prenant son cahier de musique sur le canapé.—Alors, vite ! Tout de suite ! Commençons !...
Scarpia.—Doucement !
Floria.—Ah ! Coquine !... Et lui !... Ah ! Dieu, me tromper ainsi ! Est-ce possible ?... Mon Dieu, est-ce possible !
Elle tombe assise et pleure.
Scarpia, derrière le dossier du canapé.—Allons, diva, courage ! Remettez-vous.
Floria, assise, de même, essuyant ses yeux.—Où en sont-ils maintenant ?... Dieu le sait ! Ils soupent !...
Scarpia.—Peut-être !
Floria.—Ils ont fini ?... Vous croyez qu'ils ont fini de souper ?
Scarpia.—C'est probable !...
Floria.—Et je suis là... moi, tandis...
Scarpia, apercevant la reine qui reparaît au fond, sur le balcon.—La reine !... Allons... patience, c'est l'affaire d'un petit quart d'heure !
Floria.—Mais c'est long, un quart d'heure ! C'est très long !
Elle se lève à la vue de la reine. Les musiciens s'installent à leurs pupitres.
Paisiello, à Floria qui est toujours devant le canapé.—Vous êtes prête, diva ?
Floria.—Oui, oui, je suis prête ! Dépêchons, dépêchons !
Les musiciens accordent leurs instruments.
Paisiello.—Si naturel, n'est-ce pas ?
Floria.—Non, bémol !...
Paisiello.—Oh !
Floria, violemment.—Bémol !
Paisiello, retournant à ses musiciens.—Bémol ! Bémol !
On enlève le canapé par la droite, premier plan. Reprise sur la place de la saltarelle avec chœurs, et, cette fois, fanfare. A la première attaque de l'air, les domestiques ont rapidement pris tous les sièges reportés au fond, peu à peu par les assistants eux-mêmes, et les placent en ligne, sur deux rangs, faisant face au public, devant la fenêtre du milieu et celle de droite, pour que les dames y prennent place.
Un intervalle est laissé entre le mur du fond et les chaises pour les courtisans, officiers, etc. Tandis que la table du milieu, enlevée vivement, est emportée par le premier plan à gauche, ainsi que le fauteuil. La scène est donc absolument vide. Il ne reste plus que le canapé à droite. Le trône de la reine, un tabouret devant le trône, contre le mur, destiné au prince d'Aragon, et un autre tabouret, de l'autre côté, pour Frœlich. La reine entre en scène par la fenêtre de gauche, trouvant devant elle le chemin libre, et suivie par tous les assistants qui se rangent, les femmes sur deux rangs debout, devant les chaises du fond ; les hommes derrière les dames : Paisiello restant en scène, hors de la barrière, ainsi que la Tosca et Scarpia. Les choristes, entrés par la porte du troisième plan de droite, se groupent devant cette porte. La reine, après quelques mots échangés avec le prince d'Aragon et Frœlich, monte sur l'estrade. Ces mouvements sont exécutés vivement, mais sans confusion. Pendant tout le temps que dure le chœur et la saltarelle, à la dernière mesure, tout le monde doit être en place. Attavanti, Trivulce, Trévilhac, Capréola, au premier plan à gauche. On ferme les fenêtres.
Floria, à mi-voix.—Allons, finira-t-elle par s'asseoir, cette reine ?
Scarpia.—Plus bas, de grâce !
La reine s'assied. Toutes les dames font comme elle. Le prince d'Aragon et Frœlich prennent place sur leurs tabourets. Capréola s'incline devant la reine, qui fait un signe de consentement, et s'avançant vers Paisiello.
Floria, de même.—Enfin, ce n'est pas malheureux !
Capréola, à Paisiello.—Monsieur, vous pouvez commencer.
Paisiello, très agité.—Oui, Excellence !... (A l'orchestre.) Allons, messieurs !
Derrière Floria, à son oreille.
Floria.—Oui !
Paisiello.—Largo ! Largo !
Floria.—Tu m'ennuies !
Paisiello.—Oui, charmante. (A Scarpia.) Elle a ses nerfs !
Scarpia, souriant, à droite, devant l'estrade.—Un peu.
Paisiello.—A nous, messieurs !
Il remonte aux musiciens, frappe sur le pupitre et attaque l'introduction. Floria remonte et, se plaçant en face de la reine, lui fait une grande révérence et s'apprête à chanter. Au même instant, et pendant les premiers accords, un aide de camp entre par la gauche, premier plan. Capréola va à lui et, après l'avoir entendu, dit un mot au prince d'Aragon qui parle bas à la reine tandis que Capréola remonte devant le trône en attendant les ordres. Sur un signe de la reine, il se dirige vers Paisiello et tout haut.
Capréola.—Doucement, messieurs ! Suspendez, s'il vous plaît.
Paisiello, effaré.—Basta ! basta !
La musique s'arrête court, Scarpia va vivement a Capréola qui lui dit tout bas : «C'est une lettre du général Mêlas !»
Floria.—Qu'est-ce encore ?
Scarpia, à Floria.—Un courrier ! Une lettre du général Mêlas.
Pendant ce temps, l'aide de camp remet la lettre du prince d'Aragon qui se lève et, s'inclinant, la remet à la reine.
Floria, à elle-même.—Ah ! mon Dieu ! Encore un retard !... Elle ne peut pas la lire plus tard sa lettre ?
Scarpia, la calmant.—D'un général victorieux !... Chut ! allons...
Floria hausse l'épaule et remonte vers Paisiello en tordant son mouchoir. La reine se lève, tous se lèvent. Profond silence.
Marie-Caroline.—Ceci, messieurs, vient bien à point pour le couronnement de la fête. C'est une lettre du général Mêlas qui m'envoie de nouveaux détails sur son triomphe. (Murmures de satisfaction. Marie-Caroline rompant le cachet.) Je ne veux céder à personne le plaisir de nous faire connaître ce bulletin de victoire. Je vous le lirai moi-même.
Tous font un mouvement pour se rapprocher d'elle à distance respectueuse. Vivats, acclamations, sur la place.
Attavanti, ravi.—Entendez-vous ?
Scarpia, à mi-voix, au milieu.—Ils ont vu le courrier, ils applaudissent !
Marie-Caroline, qui, pendant ce temps, a déplié la lettre, la lit.—D'Alexandrie, minuit du 14 au 15 juin. (Profond silence.) Madame. A la chute du jour, l'ennemi, renforcé d'une nouvelle armée, après un combat livré dans les mêmes plaines de Marengo, pendant une grande partie de la nuit a battu nos troupes...
Elle retombe assise.
Tous, exclamations de déception.—Oh !
Marie-Caroline, dont la voir s'altère et faiblit à mesure qu'elle avance dans sa lecture...victorieuses dans la journée. En ce moment, campés sous les débris de notre armée... (Murmures de déception plus grand.) et nous délibérons sur...
Sa voix s'éteint, laissant glisser la lettre, elle s'évanouit dans son fauteuil.
Les femmes l'entourent vivement pour la ranimer et la cachent au public pendant tout ce qui suit.
Scarpia, s'avançant.—Messieurs, la reine s'évanouit !... Vite... un médecin. (Mouvement, d'effarement. La foule pousse des cris de joie.) Vivat ! Vivat ! Victoire ! Victoire !
Les chœurs et l'orchestre reprennent sur la place la saltarelle dans un mouvement enragé jusqu'au tomber du rideau.
Attavanti, effrayé, gagnant le milieu.—Imbéciles... qui applaudissent...
Trivulce.—...qui crient : «Victoire !»
Attavanti.—Faites-les donc taire !
On ouvre les fenêtres, Trivulce, Capréola, etc., bousculant les chaises, courent au balcon et font de grands gestes de silence à la foule qui crie de plus belle.
Capréola, redescendant.—Ah ! oui, ils sont lancés, à présent !
Tout le monde se disperse. Les musiciens ramassent leurs instruments. Paisiello va, vient, s'agite, désespéré.
Floria, sortant de ses réflexions, à Trivulce.—Qu'est-ce que c'est, quoi ? Qu'est-ce qu'ils ont tous ?
Trivulce.—Vous n'avez pas écouté ?
Floria.—Non, je ne sais pas ! J'étais ailleurs ! Une victoire ?
Capréola.—Eh ! non, Bonaparte nous à battus !...
Floria.—Ah ! (Ravie.) Alors, on ne chante plus ?
Trivulce.—Parbleu, non !
Les musiciens disparaissent avec les chœurs.
Floria, jetant au vol son cahier de musique.—Ah ! Quelle chance !... Je me sauve !... (A Luciana.) Vite ! mon manteau !
Luciana lui jette vivement sa plisse sur les épaules.
Capréola.—Comprend-on cet animal qui perd la bataille le matin et qui la gagne le soir !
Il remonte avec Trivulce.
Floria.—Eh bien ! Je vais faire comme lui !
Elle sort par la droite.
Scarpia, seul à gauche, à l'avant-scène, avec Schiarrone. Vivement à Schiarrone.—Tes hommes en voiture... La mienne, vite, et la suivre de loin. (A Attavanti qui cause avec Trivulce tandis que Schiarrone s'élance dehors.) Allons, marquis, je vous enlève !
Attavanti, surpris.—Pour ?...
Scarpia, lui prenant le bras.—La chasse !... Vous comprendrez plus tard... Dépêchons...
Il l'entraîne par la même porte que Floria.
Trévilhac, redescendant au fond, en riant aux éclats.—Non ! Cette fameuse victoire qui est une défaite, c'est trop drôle !
Capréola.—Pas pour vous !
Trévilhac.—Ah ! ma foi ! tant pis ! Je suis battu ! Mais nous sommes vainqueurs ! Vive la France !
La musique et les cris qui n'ont pas cessé redoublent sur la place, malgré les gestes de Trivulce, Capréola et autres qui se précipitent de nouveau sur le balcon pour les faire taire.

RIDEAU

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