Scène V
FLORIA, MARIO, CECCHO, SCARPIA, LE MARQUIS ATTAVANTI, SCHIARRONE, Greffier, SPOLETTA, ALBERTI, Agents.
Scarpia entre par le fond, ainsi que le marquis, Schiarrone, Alberti et ses aides, et descend lentement.
Mario, allant à lui.—M'est-il permis de demander à monsieur le baron quel motif me vaut, à pareille heure, l'honneur de sa visite ?
Scarpia, froidement.—Madame a dû vous en instruire.
Mario.—Madame—puisqu'il lui a plu de vous initier à ces détails intimes—avait conçu des soupçons dont elle vient de reconnaître la fausseté. Mais, ce sont là choses domestiques qui ne menacent pas la sécurité de l'Etat et où je ne pense pas que votre vigilance ait à s'exercer.
Scarpia.—Vous vous trompez. Je suis ici dans l'exercice de mes fonctions, Son Excellence (Il désigne le marquis.) m'ayant prié de constater l'outrage fait à son honneur par la présence, chez vous, à cette heure, de la marquise Attavanti, sa femme.
Mario.—Ah ! c'est la raison ?... Monsieur fait erreur... Madame la marquise n'est pas chez moi et n'a aucune raison d'y être... Et madame vient elle-même de constater cette absence.
Floria, vivement.—Oui !...
Attavanti, avec satisfaction.—Oh ! si madame reconnaît ?...
Floria.—Je l'atteste !
Attavanti.—Quand je vous le disais, baron ?... Monsieur est incapable... Nous n'avons plus qu'à lui offrir nos excuses...
Scarpia.—Pardon, monsieur le marquis... Mais vous me permettrez de ne pas accorder tant de crédit aux affirmations intéressées de monsieur et complaisantes de madame.
Mario.—Mais, je vous répète, monsieur...
Scarpia entre par le fond, ainsi que le marquis, Schiarrone, Alberti et ses aides, et descend lentement.
Mario, allant à lui.—M'est-il permis de demander à monsieur le baron quel motif me vaut, à pareille heure, l'honneur de sa visite ?
Scarpia, froidement.—Madame a dû vous en instruire.
Mario.—Madame—puisqu'il lui a plu de vous initier à ces détails intimes—avait conçu des soupçons dont elle vient de reconnaître la fausseté. Mais, ce sont là choses domestiques qui ne menacent pas la sécurité de l'Etat et où je ne pense pas que votre vigilance ait à s'exercer.
Scarpia.—Vous vous trompez. Je suis ici dans l'exercice de mes fonctions, Son Excellence (Il désigne le marquis.) m'ayant prié de constater l'outrage fait à son honneur par la présence, chez vous, à cette heure, de la marquise Attavanti, sa femme.
Mario.—Ah ! c'est la raison ?... Monsieur fait erreur... Madame la marquise n'est pas chez moi et n'a aucune raison d'y être... Et madame vient elle-même de constater cette absence.
Floria, vivement.—Oui !...
Attavanti, avec satisfaction.—Oh ! si madame reconnaît ?...
Floria.—Je l'atteste !
Attavanti.—Quand je vous le disais, baron ?... Monsieur est incapable... Nous n'avons plus qu'à lui offrir nos excuses...
Scarpia.—Pardon, monsieur le marquis... Mais vous me permettrez de ne pas accorder tant de crédit aux affirmations intéressées de monsieur et complaisantes de madame.
Mario.—Mais, je vous répète, monsieur...
Scarpia, prenant l'éventail sur la table. Enfin monsieur, cet éventail entre vos mains ?... Expliquez cela, je vous prie.
Mario.—Rien de plus simple. La marquise Attavanti daigne me faire l'honneur de poser pour l'un des personnages du tableau que je peins à Saint-Andréa : elle a oublié son éventail au départ, voilà tout.
Attavanti.—Eh ! sans doute !... Cela s'explique...
Scarpia.—Et la preuve de ce que vous dites ?
Mario.—Son portrait que tout le monde peut voir à Saint-Andréa, et l'absence même de la marquise, qui n'a pu s'enfuir, vos hommes gardant toutes les issues... Visitez cette maison, qui n'est pas grande... Si vous y trouvez la personne que vous cherchez, je ne propose pas à monsieur le marquis de lui faire raison, je l'invite à me passer son épée au travers du corps, sans autre forme de procès ! Ouvre toutes les portes. Ceccho, éclaire ces messieurs !
Attavanti.—S'il n'y a jamais que moi pour vous tuer, jeune homme !... (Au baron.) Inutile, baron, parfaitement inutile, cet examen !
Scarpia.—En effet, monsieur n'ouvrirait pas ses portes à deux battants si la personne que nous cherchons était cachet derrière.
Attavanti.—Parbleu !... Je n'ai donc plus rien à faire ici, n'est-ce pas ?
Scarpia, tranquillement.—Rien. Votre Excellence peut rentrer chez elle. Elle y trouvera sans doute la marquise qui n'a pas commis l'imprudence d'accompagner ici monsieur son frère.
Mouvement de tous.
Attavanti.—Son frère ! Ici ?
Mario.—Rien de plus simple. La marquise Attavanti daigne me faire l'honneur de poser pour l'un des personnages du tableau que je peins à Saint-Andréa : elle a oublié son éventail au départ, voilà tout.
Attavanti.—Eh ! sans doute !... Cela s'explique...
Scarpia.—Et la preuve de ce que vous dites ?
Mario.—Son portrait que tout le monde peut voir à Saint-Andréa, et l'absence même de la marquise, qui n'a pu s'enfuir, vos hommes gardant toutes les issues... Visitez cette maison, qui n'est pas grande... Si vous y trouvez la personne que vous cherchez, je ne propose pas à monsieur le marquis de lui faire raison, je l'invite à me passer son épée au travers du corps, sans autre forme de procès ! Ouvre toutes les portes. Ceccho, éclaire ces messieurs !
Attavanti.—S'il n'y a jamais que moi pour vous tuer, jeune homme !... (Au baron.) Inutile, baron, parfaitement inutile, cet examen !
Scarpia.—En effet, monsieur n'ouvrirait pas ses portes à deux battants si la personne que nous cherchons était cachet derrière.
Attavanti.—Parbleu !... Je n'ai donc plus rien à faire ici, n'est-ce pas ?
Scarpia, tranquillement.—Rien. Votre Excellence peut rentrer chez elle. Elle y trouvera sans doute la marquise qui n'a pas commis l'imprudence d'accompagner ici monsieur son frère.
Mouvement de tous.
Attavanti.—Son frère ! Ici ?
Scarpia.—Regardez monsieur, vous n'en douterez pas !
Mario, se remettant.—Moi, monsieur !... Je ne sais ce que vous voulez dire...
Scarpia.—Pardonnez-moi... Nous nous comprenons très bien... Mais ceci doit être l'objet d'un entretien particulier qui prolongerait péniblement la veille de monsieur. Son rôle est fini, le mien commence.
Attavanti.—Oui, je l'avoue... Mon beau-frère... J'aime mieux me dispenser...
Scarpia.—Si monsieur le marquis, en rentrant chez lui, va prendre des nouvelles de Sa Majesté...
Le Marquis.—Assurément.
Scarpia.—Votre Excellence peut lui annoncer que le fugitif est découvert et qu'il est pris... (Mouvement. Il regarde sa montre. Froidement.) Ce n'est plus qu'une question de minutes.
Attavanti.—Ma foi, baron, c'est une commission que vous ferez vous-même. C'est trop, déjà, de m'avoir imposé une démarche qui, de la part d'un mari, est du plus mauvais goût. (A Mario.) Chevalier, toutes mes excuses. (A Tosca.) Diva, je reste à vos pieds.
Scarpia, à Schiarrone, bas.—Par politesse, accompagnez jusqu'à sa voiture ce maître sot !...
Schiarrone sort avec le marquis.
Mario, se remettant.—Moi, monsieur !... Je ne sais ce que vous voulez dire...
Scarpia.—Pardonnez-moi... Nous nous comprenons très bien... Mais ceci doit être l'objet d'un entretien particulier qui prolongerait péniblement la veille de monsieur. Son rôle est fini, le mien commence.
Attavanti.—Oui, je l'avoue... Mon beau-frère... J'aime mieux me dispenser...
Scarpia.—Si monsieur le marquis, en rentrant chez lui, va prendre des nouvelles de Sa Majesté...
Le Marquis.—Assurément.
Scarpia.—Votre Excellence peut lui annoncer que le fugitif est découvert et qu'il est pris... (Mouvement. Il regarde sa montre. Froidement.) Ce n'est plus qu'une question de minutes.
Attavanti.—Ma foi, baron, c'est une commission que vous ferez vous-même. C'est trop, déjà, de m'avoir imposé une démarche qui, de la part d'un mari, est du plus mauvais goût. (A Mario.) Chevalier, toutes mes excuses. (A Tosca.) Diva, je reste à vos pieds.
Scarpia, à Schiarrone, bas.—Par politesse, accompagnez jusqu'à sa voiture ce maître sot !...
Schiarrone sort avec le marquis.
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