In Libro Veritas

Ubu Roi ou les Polonais

Par Alfred Jarry

Oeuvre du domaine public.

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Table des matières
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Scène VII

La salle du Conseil d'Ubu.
PÈRE UBU, MÈRE UBU, CONSEILLERS DE PHYNANCES.
Père Ubu :
—Messieurs, la séance est ouverte et tâchez de bien écouter et de vous tenir tranquilles. D'abord, nous allons faire le chapitre des finances, ensuite nous parlerons d'un petit système que j'ai imaginé pour faire venir le beau temps et conjurer la pluie.
Un Conseiller :
—Fort bien, monsieur Ubu.
Mère Ubu :
—Quel sot homme.
Père Ubu :
—Madame de ma merdre, garde à vous, car je ne souffrirai pas vos sottises. Je vous disais donc, messieurs, que les finances vont passablement. Un nombre considérable de chiens à bas de laine se répand chaque matin dans les rues et les salopins font merveille. De tous côtés on ne voit que des maisons brûlées et des gens pliant sous le poids de nos phynances.
Le Conseiller :
—Et les nouveaux impôts, monsieur Ubu, vont-ils bien ?
Mère Ubu :
—Point du tout. L'impôt sur les mariages n'a encore produit que 11 sous, et encore le Père Ubu poursuit les gens partout pour les forcer à se marier.
Père Ubu :
—Sabre à finances, corne de ma gidouille, madame la financière, j'ai des oneilles pour parler et vous une bouche pour m'entendre. (Éclats de rire.) Ou plutôt non ! Vous me faites tromper et vous êtes cause que je suis bête ! Mais, corne d'Ubu ! (Un Messager entre.) Allons, bon, qu'a-t-il encore celui-là ? Va-t-en, sagouin, ou je te poche avec décollation et torsion des jambes.
Mère Ubu :
—Ah ! le voilà dehors, mais il y a une lettre.
Père Ubu :
—Lis-la. Je crois que je perds l'esprit ou que je ne sais pas lire. Dépêche-toi, bouffresque, ce doit être de Bordure.
Mère Ubu :
—Tout justement. Il dit que le czar l'a accueilli très bien, qu'il va envahir tes États pour rétablir Bougrelas et que toi tu seras tué.
Père Ubu :
—Ho ! ho ! J'ai peur ! J'ai peur ! Ha ! je pense mourir. O pauvre homme que je suis. Que devenir, grand Dieu ? Ce méchant homme va me tuer, Saint Antoine et tous les saints, protégez-moi, je vous donnerai de la phynance et je brûlerai des cierges pour vous. Seigneur, que devenir ? (Il pleure et sanglote.)
Mère Ubu :
—Il n'y a qu'un parti à prendre, Père Ubu.
Père Ubu :
—Lequel, mon amour ?
Mère Ubu :
—La guerre ! !
Tous :
—Vive Dieu ! Voilà qui est noble !
Père Ubu :
—Oui, et je recevrai encore des coups.
Premier Conseiller :
—Courons, courons organiser l'armée.
Deuxième :
—Et réunir les vivres.
Troisième :
—Et préparer l'artillerie et les forteresses.
Quatrième :
—Et prendre l'argent pour les troupes.
Père Ubu :
—Ah ! non, par exemple ! Je vais te tuer, toi, je ne veux pas donner d'argent.
En voilà d'une autre ! J'étais payé pour faire la guerre et maintenant il faut la faire à mes dépens. Non, de par ma chandelle verte, faisons la guerre, puisque vous en êtes enragés, mais ne déboursons pas un sou.
Tous :
—Vive la guerre !

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