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La vie et la mort du roi Richard II

- Catégorie : Théâtre
- Par William Shakespeare
-
- Date de publication sur In Libro Veritas : 23 janvier 2008 à 21h49
- TRAGÉDIE
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119 pages
La vie et la mort du roi Richard II
SCÈNE II
La scène est toujours en Angleterre.-Un appartement dans le palais.
Entrent LA REINE, BUSHY, BAGOT.
BUSHY.-Madame, Votre Majesté est beaucoup trop triste. Vous avez promis au roi, en le quittant, d'écarter cette mélancolie dangereuse et d'entretenir la sérénité dans votre âme.
LA REINE.-Je l'ai promis pour plaire au roi ; mais si je veux me plaire à moi-même, cela m'est impossible. Cependant je ne me connais aucun sujet pour accueillir un hôte tel que le chagrin, si ce n'est d'avoir dit adieu à un hôte aussi cher que me l'est mon cher Richard : et pourtant il me semble que quelque malheur, encore à naître, mais prêt à sortir du sein de la fortune, s'avance en ce moment vers moi : le fond de mon âme tremble de rien, et elle s'afflige de quelque chose de plus que de l'éloignement du roi mon époux.
BUSHY.-Chaque cause réelle de douleur a vingt ombres qui ressemblent au chagrin, sans l'être : l'oeil de l'affliction, terni par les larmes qui l'aveuglent, décompose une seule chose en plusieurs objets : comme ces peintures qui, vues de face, n'offrent que des traits confus, et qui, regardées obliquement, présentent des formes distinctes ; ainsi Votre chère Majesté, considérant de côté le départ du roi, y voit à déplorer des apparences de chagrins en dehors de lui, et qui, vues telles qu'elles sont, ne sont que des ombres de ce qui n'est pas. Ainsi, reine trois fois gracieuse, ne pleurez rien de plus que le départ de votre seigneur : il n'y a rien de plus à voir, ou si vous voyez quelque chose c'est de l'oeil trompeur du chagrin, qui dans les maux réels pleure des maux imaginaires.
LA REINE.-Cela peut être, mais mon coeur me persuade intérieurement qu'il en est autrement : quoi qu'il en soit, je ne puis m'empêcher d'être triste, et si mortellement triste que, quoique en pensant je ne m'arrête à aucune pensée, mon âme frémit et succombe sous ce pesant néant.
Entrent LA REINE, BUSHY, BAGOT.
BUSHY.-Madame, Votre Majesté est beaucoup trop triste. Vous avez promis au roi, en le quittant, d'écarter cette mélancolie dangereuse et d'entretenir la sérénité dans votre âme.
LA REINE.-Je l'ai promis pour plaire au roi ; mais si je veux me plaire à moi-même, cela m'est impossible. Cependant je ne me connais aucun sujet pour accueillir un hôte tel que le chagrin, si ce n'est d'avoir dit adieu à un hôte aussi cher que me l'est mon cher Richard : et pourtant il me semble que quelque malheur, encore à naître, mais prêt à sortir du sein de la fortune, s'avance en ce moment vers moi : le fond de mon âme tremble de rien, et elle s'afflige de quelque chose de plus que de l'éloignement du roi mon époux.
BUSHY.-Chaque cause réelle de douleur a vingt ombres qui ressemblent au chagrin, sans l'être : l'oeil de l'affliction, terni par les larmes qui l'aveuglent, décompose une seule chose en plusieurs objets : comme ces peintures qui, vues de face, n'offrent que des traits confus, et qui, regardées obliquement, présentent des formes distinctes ; ainsi Votre chère Majesté, considérant de côté le départ du roi, y voit à déplorer des apparences de chagrins en dehors de lui, et qui, vues telles qu'elles sont, ne sont que des ombres de ce qui n'est pas. Ainsi, reine trois fois gracieuse, ne pleurez rien de plus que le départ de votre seigneur : il n'y a rien de plus à voir, ou si vous voyez quelque chose c'est de l'oeil trompeur du chagrin, qui dans les maux réels pleure des maux imaginaires.
LA REINE.-Cela peut être, mais mon coeur me persuade intérieurement qu'il en est autrement : quoi qu'il en soit, je ne puis m'empêcher d'être triste, et si mortellement triste que, quoique en pensant je ne m'arrête à aucune pensée, mon âme frémit et succombe sous ce pesant néant.
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