In Libro Veritas

Une journée particulière

Par Le Poireau d'ILV

Cette oeuvre est mise à disposition sous licence Art Libre.

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Table des matières
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2° acte

     Il n'y croyait pas vraiment. Pourtant, nous avions promis. Cinq ou six personnes de la médiathèque étaient déjà là. La Charente, Niort ? Et oui, on pouvait se déplacer autant pour le voir. Tout d'un coup, cette fête du libre s'interdépartementalisait, prenait une dimension nationale...
     Les gens de la médiathèque étaient impressionnés et nous firent bon accueil. Mathieu nous présenta juste un iota en dessous de Denis. ET oui, désolé pour les autres. Nous étions actifs et enthousiastes. Nous avions compris tout l'intérêt du libre.
Quelques personnes arrivèrent enfin et Mathieu décida de commencer.
     Il expliqua les licences, raconta son histoire, montra à quel point le site ILV était unique, insista sur son métier d'éditeur, éditeur libre, éditeur du libre : un pionnier.
Et comme avec tous les autres, il fut pris pour un fou. Il mit tous le monde à l'aise en prenant les devants.
  Les statistiques d'ILV parlaient d'elles-mêmes. 8000e site francophone pour le nombre de pages internet lues. 80 000 mondial.
5000 fous étaient inscrits. 900 auteurs faisaient confiance. Et avec les presque 8000 oeuvres en ligne en moins de trois ans, et les oeuvres du domaine public, avec le système du livre à la carte, il était potentiellement l'éditeur avec le plus de titres disponibles dans sa bibliothèque.
     A un moment, il fallu quand même parler argent.
 
     Mais durant deux heures, personne n'en avait parlé. La principale préoccupation était "Si je mets tout en ligne, on va me le voler".
Il y avait des auteurs potentiels dans la salle, frileux du concept.
"Et alors, déclara Boogie, si on veut vous le voler, c'est que ça doit être bon. Mais pour l'instant, personne ne le lit."
     Dépité, je dus avouer que j'avais aujourd'hui seize mille lecteurs au compteur, sans parler des robots, et que personne ne m'avait volé.
16000 lectures ! Le chiffre a fait rêver. Et encore, ajouta Boogie, certains dépassent les 200 000 lectures.
     Mais la loi française protège les auteurs. Si vous prouvez l'antériorité de votre texte, les droits moraux vous serons reconnus, même si vous êtes en Licence Art Libre, la plus permissive des licences.
     Boogie parla de ce texte de roi, qui n'avait su rencontrer de lecteurs, enfermé dans un coffre. Conservé sous forme de livre, ou pire sur un CD illisible par les matériels informatiques quelques dizaines d'années plus tard, le contenu était irrémédiablement perdu.
     Tous les textes que les moines copistes n'ont pas voulu reproduire, tous les livres mis à l'index, et aujourd'hui tous les livres ne franchissant pas la "zone grise" avant de tomber dans le domaine public étaient perdus à jamais.
     Avec les lois restrictives censées assurer la protection des auteurs, c'était souvent la mort de pans entiers de la culture...sans compter ces oeuvres refusées par des éditeurs ayant assez d'auteurs et plus intéressés par d'autres éditions (La littérature, ce n'est que 4% du marché des livres).     La salle retenait son souffle. Boogie attaqua sur "Les oeuvres des éditeurs tiers".

     Ainsi parlait Boogie. De l'hospice de vieux d'en face, de gentilles dames à trois jambes vinrent et dans un timide concert d'excuses d'un autre âge se frayèrent un chemin vers les quelques chaises encore libres. Elles en étaient sûres. Boogie allait sauver les livres qu'elles avaient pu lire et qui avaient éclairés leurs jours. Boogie allait prouver qu'il pouvait faire encore plus pour elles.

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