Se taire
C’est un balbutiement, un souffle, un courant d’air,
Le murmure inquiétant du vent dans les fougères,
Le clapot qui se fend quand une goutte amère
Rejoint l’isolement du ruisseau sous la terre.
C’est le sourd grondement mystérieux du tonnerre,
Le joyeux et doux chant de l’eau sauvage et claire
Qui parcourt en torrent d’irréguliers dévers.
C’est le son redondant que nous chante la terre.
Et c’est le hurlement, Ô le cri qu’une mère
Pousse en se séparant d’un morceau de sa chair.
C’est le crépitement du foyer de lumière
Qu’un feu nous réchauffant émet aux soirs d’hiver.
Mais qui donc les entend ces bruits, hormis mes vers ?
Qui goûtera l’instant comme une heure qui se perd
Et non comme un moment d’une vie trop austère ?
Qui donc prendra le temps d’écouter, de se taire ?
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