Les passants
Plus d’un an maintenant que je suis sans abri.
J’ai le froid dans le sang et le ventre qui crie
Et devant vous, passants, je passe dans vos vies
Le bras tendu, tremblant face à votre mépris.
C’est vrai, je vous comprends, moi–même je me fuis
Devant ce mécréant qui boit plus qu’il n’oublie
Que j’étais vous avant dans ces mêmes habits
Feignant discrètement d’avoir d’autres soucis.
La gale m’envahit, je suis tout purulent,
Je n’ai que l’eau de pluie pour laver mes tourments.
Et mes seuls vrais amis, le soleil et le vent,
Sont souvent réunis près de ce mort–vivant.
Sous les étoiles, lui, que je hais, qui se fend
À côté de vos lits, devant vos murs puissants
Il est à la merci de la mort qu’il attend
Mais seule la folie lui réserve du temps.
Cet être que je suis a perdu son battant,
Son cœur bat mais dedans ne vit plus son esprit
Depuis qu’il s’est soumis aux yeux de ces passants
Qui ne voient plus vraiment en lui un Homme en vie.
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