In Libro Veritas

SEMBLABLES

Par JOST VINCENT

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Les passants


Plus d’un an maintenant que je suis sans abri.

J’ai le froid dans le sang et le ventre qui crie

Et devant vous, passants, je passe dans vos vies

Le bras tendu, tremblant face à votre mépris.



C’est vrai, je vous comprends, moi–même je me fuis

Devant ce mécréant qui boit plus qu’il n’oublie

Que j’étais vous avant dans ces mêmes habits

Feignant discrètement d’avoir d’autres soucis.



La gale m’envahit, je suis tout purulent,

Je n’ai que l’eau de pluie pour laver mes tourments.

Et mes seuls vrais amis, le soleil et le vent,

Sont souvent réunis près de ce mort–vivant.



Sous les étoiles, lui, que je hais, qui se fend

À côté de vos lits, devant vos murs puissants

Il est à la merci de la mort qu’il attend

Mais seule la folie lui réserve du temps.



Cet être que je suis a perdu son battant,

Son cœur bat mais dedans ne vit plus son esprit

Depuis qu’il s’est soumis aux yeux de ces passants

Qui ne voient plus vraiment en lui un Homme en vie.






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