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Les Grands Orateurs de la Révolution

Par François Alphonse Aulard

Oeuvre du domaine public.

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Table des matières
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IV.-LA COMPOSITION ET LE STYLE DES DISCOURS DE DANTON

Il faut reconnaître, avant de passer de l'étude des idées à celle du style, que cette unanimité des contemporains à refuser aux discours de Danton un mérite littéraire qu'on accordait à Robespierre, que ce soin que prennent tous les mémorialistes de l'appeler, ou à peu près, le Mirabeau de la populace, qu'un tel accord dans l'appréciation de son éloquence ne peut être entièrement l'effet d'une entente mensongère.

L'éloquence de Danton déconcertait, sinon le peuple, du moins ses collègues, et surtout les lettrés, qui étaient nombreux encore à la Convention. Est-ce un effet de ce cynisme qu'on lui attribue ? Emaillait-il ses discours d'apostrophes à la Duchesne ? Il est impossible d'extraire de ses oeuvres oratoires une seule parole, je ne dis pas obscène ou grossière, mais simplement déplacée. Manqua-t-il jamais aux convenances parlementaires ? Il en semble au contraire le gardien intolérant. Il s'oppose aux mascarades anticatholiques dans la Convention et à ces défilés incessants de processions chantantes ou hurlantes. L'antipathie des lettrés pour son éloquence ne venait donc pas des motifs qu'ils alléguaient, mais, sans qu'ils s'en rendissent bien compte, de ce que Danton rejetait les règles de la rhétorique traditionnelle. Ses harangues ne sont ni composées, ni écrites comme celles des anciens ou même de Mirabeau et de Robespierre.

D'abord, les idées chez Danton ne sont pas distribuées comme on le veut au collège. Les orateurs classiques ne traitent qu'un sujet à la fois et recherchent avant tout l'unité d'intérêt. L'improvisateur Danton n'observe pas toujours cette loi : il lui arrive de traiter toutes les questions du jour, dans le même discours, en les plaçant d'après leur ordre d'urgence.
Il veut répondre, en une seule fois, à toutes les préoccupations présentes, et donner des solutions à toutes les difficultés pendantes. Ainsi le 21 janvier 1793, il traite, à propos de l'assassinat de Le Peletier, dans un discours de moyenne étendue, jusqu'à sept sujets différents :

1° Eloge funèbre de Le Peletier ; 2° opinion de Danton sur Petion ; 3° attaques violentes contre Roland ; 4° des visites domiciliaires ; 5° nécessité d'augmenter les attributions du Comité de sûreté générale ; 6° nécessité de faire la guerre à l'Europe avec plus d'énergie ; éloge du courage des soldats ; 7° proposition d'enlever au ministre de la guerre une partie de ses fonctions qui l'écrasent.

Et cependant l'incohérence n'est ici qu'apparente : toutes ces questions si diverses se tiennent, dans l'esprit de l'auditeur, par un lien que Danton croit inutile de lui montrer. Ces mesures multiples répondent toutes à une même préoccupation et tendent à un seul but : le salut immédiat de la Révolution. A distance, il nous semble que les transitions manquent : mais pour l'auditeur de 1793, dont ces idées étaient toute l'âme, point n'était besoin d'artifice pour que son attention passât d'un objet à un autre. Au contraire : les lenteurs, parfois utiles, de la rhétorique, l'eussent fait languir. Dans cette époque de crise (et quelle époque ! le jour même de la mort de Louis XVI !) où des soucis bien divers s'éveillaient au même instant dans le même esprit, quelle satisfaction n'était-ce pas d'obtenir à la fois autant de réponses rassurantes qu'on se faisait de questions anxieuses ! Quelle source d'autorité pour un orateur que de pouvoir, par cette simultanéité des arguments, faire taire les doutes et calmer les inquiétudes à l'instant même où on les sentait naître !
Parfois aussi, par un procédé contraire, Danton sait concentrer sur un seul point l'attention perfidement dispersée par un orateur ennemi.

Citons intégralement, comme un modèle d'unité apparente et réelle, le discours qu'il prononça dans la séance du 25 septembre 1792, en réponse aux accusations girondines si variées et si incohérentes :

«C'est un beau jour pour la nation, c'est un beau jour pour la République française, que celui qui amène entre nous une explication fraternelle. S'il y a des coupables, s'il existe un homme pervers qui veuille dominer despotiquement les représentants du peuple, sa tête tombera aussitôt qu'il sera démasqué. On parle de dictature, de triumvirat. Cette imputation ne doit pas être une imputation vague et indéterminée ; celui qui l'a faite doit la signer ; je le ferais, moi, cette imputation dût-elle faire tomber la tête de mon meilleur ami. Ce n'est pas la députation de Paris prise collectivement qu'il faut inculper ; je ne chercherai pas non plus à justifier chacun de ses membres, je ne suis responsable pour personne ; je ne vous parlerai donc que de moi.

«Je suis prêt à vous retracer le tableau de ma vie publique. Depuis trois ans j'ai fait tout ce que j'ai cru devoir faire pour la liberté.

Pendant la durée de mon ministère, j'ai employé toute la vigueur de mon caractère, j'ai apporté dans le conseil toute l'activité et tout le zèle du citoyen embrasé de l'amour de son pays. S'il y a quelqu'un qui puisse m'accuser à cet égard, qu'il se lève, et qu'il parle. Il existe, il est vrai, dans la députation de Paris, un homme dont les opinions sont pour le parti républicain, ce qu'étaient celles de Royou pour le parti aristocratique : c'est Marat.
Assez et trop longtemps, l'on m'a accusé d'être l'auteur des écrits de cet homme. J'invoque le témoignage du citoyen qui vous préside [Petion]. Il lut, votre président, la lettre menaçante qui m'a été adressée par ce citoyen ; il a été témoin d'une altercation qui a eu lieu entre lui et moi à la mairie. Mais j'attribue ces exagérations aux vexations que ce citoyen a éprouvées. Je crois que les souterrains dans lesquels il a été enfermé ont ulcéré son âme... Il est très vrai que d'excellents citoyens ont pu être républicains par excès, il faut en convenir ; mais n'accusons pas pour quelques individus exagérés une députation tout entière. Quant à moi, je n'appartiens pas à Paris ; je suis né dans un département vers lequel je tourne toujours mes regards avec un sentiment de plaisir ; mais aucun de nous n'appartient à tel ou tel département, il appartient à la France entière. Faisons donc tourner cette discussion au profit de l'intérêt public.

«Il est incontestable qu'il faut une loi vigoureuse contre ceux qui voudraient détruire la liberté publique. Eh bien ! portons-la, cette loi, portons une loi qui prononce la peine de mort contre quiconque se déclarerait en faveur de la dictature ou du triumvirat ; mais, après avoir posé ces bases qui garantissent le règne de l'égalité, anéantissons cet esprit de parti qui nous perdrait. On prétend qu'il est parmi nous des hommes qui ont l'opinion de vouloir morceler la France ; faisons disparaître ces idées absurdes, en prononçant la peine de mort contre leurs auteurs. La France doit être un tout indivisible. Elle doit avoir unité de représentation. Les citoyens de Marseille veulent donner la main aux citoyens de Dunkerque. Je demande donc la peine de mort contre quiconque voudrait détruire l'unité en France, et je propose de décréter que la Convention nationale pose pour base du gouvernement qu'elle va établir l'unité de représentation et d'exécution.
Ce ne sera pas sans frémir que les Autrichiens apprendront cette sainte harmonie ; alors, je vous le jure, nos ennemis sont morts. (On applaudit.)»

Ce n'est peut-être pas là le plus beau discours de Danton : mais nulle part il n'a montré plus de simplicité, une éloquence plus familière, une aversion plus marquée pour la rhétorique scolaire.

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C'est pourquoi, j'imagine, on le traitait ainsi d'orateur populaire, non qu'il montât sur les bornes (c'est une vision de Michelet), mais parce qu'il pratiquait une rhétorique nouvelle, née des besoins de l'heure présente. Autre audace littéraire, qui devait scandaliser l'académicien d'Arras ! il supprimait souvent avec l'exorde toute indication préalable du sujet. Il se levait pour la riposte ou l'attaque à la seconde même où l'occasion le voulait et entrait aussitôt au milieu des choses. C'est une règle de la rhétorique qu'à un sujet important il faut un exorde grave et de haut style. Or, quel sujet plus tragique que la discussion sur la manière de juger Louis XVI ? Voyez comme Danton débute simplement :

«La première question qui se présente est de savoir si le décret que vous devez porter sur Louis sera, comme tous les autres, rendu à la majorité.» Le 8 mars 1793, on discutait le rapport de Delacroix. Les circonstances étaient tristes et les affaires de Belgique allaient mal.

Robespierre parla et débuta par un exorde classiquement adapté aux circonstances : «Citoyens, quelque critiques que paraissent les nouvelles circonstances dans lesquelles se trouvent la république, je n'y puis voir qu'un nouveau gage du succès de la liberté...» Danton, qui lui succéda à la tribune, affecta au contraire une simplicité nue dès les premiers mots : «Nous avons plusieurs fois, dit-il, fait l'expérience que tel est le caractère français, qu'il lui faut des dangers pour trouver toute son énergie. Eh bien ! ce moment est arrivé.»

Mais il commit, en matière d'exorde, de plus fortes hérésies littéraires. Le croira-t-on ? Il commença souvent ses discours par la conjonction et,-en démagogue qu'il était ! Ainsi le 15 juillet 1791, aux Jacobins, il débute en ces termes : «Et moi aussi, j'aime la paix, mais non la paix de l'esclavage.» Et à la Convention, le 29 octobre 1792, à propos d'une proposition d'Albitte et de Tallien : «Et moi, je demande à l'appuyer. J'ai peine à concevoir...» Suit un des plus longs discours qu'il ait prononcés. Enfin, le 2 décembre 1793, un citoyen se présente à la barre et commence la lecture d'un poème à la louange de Marat : Danton l'interrompt : «Et moi aussi j'ai défendu Marat contre ses ennemis, et moi aussi j'ai apprécié les vertus de ce républicain ; mais, après avoir fait son apothéose patriotique, il est inutile d'entendre tous les jours son éloge funèbre et les discours ampoulés sur le même sujet :

  Il nous faut des travaux, et non pas des discours.

«Je demande que le pétitionnaire nous dise clairement et sans emphase l'objet de sa pétition.»

Clairement et sans emphase, c'est bien là la devise littéraire de Danton. Mais s'il supprime souvent l'exorde, ce n'est pas négligence chez lui, c'est habileté consommée : il se fait plus bref pour frapper plus fort. Quand l'exorde est nécessaire, nul ne sait en user avec plus d'art. Violemment accusé par Lasource (26 septembre 1792), il n'entre pas tout d'un coup dans sa justification, mais il prépare les auditeurs par ce préambule ironique : «Citoyens, c'est un beau jour pour la nation, c'est un beau jour pour la République française, que celui qui amène entre vous une explication fraternelle.»

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On pourrait appliquer les mêmes remarques aux autres parties du discours. Ainsi, pas de péroraison. Dans les preuves, Danton viole à plaisir les règles adorées de Robespierre. Sa dialectique est décousue.

Ses arguments ne se succèdent pas dans l'ordre enseigné dans les manuels. Il effleure un motif, passe à un autre, puis revient au premier qu'il quitte pour y revenir une dernière fois et s'y fixer. D'autres convainquent d'abord la raison, puis touchent le coeur : il s'adresse à la fois à toutes les facultés. C'est le désordre d'une conversation familière. Ce sont à la fois des élans de bon sens et de sensibilité. On est déconcerté. Roederer, ahuri, se plaint que Danton soit sans logique, sans dialectique... «Jamais de discussion, jamais de raisonnement !» s'écrie douloureusement le littérateur, et il ajoute, sans se rendre compte de la portée de l'éloge : «Tout ce qui pouvait s'enlever par un mouvement, il l'enlevait.»
C'est que, dans ses discours, circulait une logique secrète, d'autant plus efficace qu'elle se cachait, menant d'un bond les esprits à la conviction agissante.

L'effet de cette dialectique n'était pas de faire penser, de jeter des doutes, d'indiquer des probabilités, de mettre en jeu tout l'appareil intime de la réflexion et du raisonnement : on était au contraire dispensé de peser le pour et le contre ; on se levait et on faisait ce que l'orateur avait dit de faire.

Avouons-le cependant : cette absence de transition, qui est le caractère le plus frappant de ses discours, nous fatigue parfois à la lecture.

Nous, qui avons appris ces événements, nous n'en possédons pas les rapports comme ceux qui les vivaient. Il nous faut, pour ne pas perdre le fil, une certaine tension d'esprit dont les contemporains étaient dispensés par la présence même des faits indiqués, et aussi, ne l'oublions pas, par l'action de l'orateur, qui, d'un geste ou d'une inflexion, donnait la transition aujourd'hui absente.

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Si des lettrés du temps étaient choqués de la manière peu classique dont Danton disposait ses idées, que devaient-ils penser de son style ? La période continuelle chez Mirabeau, chez Barnave, chez Robespierre, est rare chez Danton. Ce sont de courtes phrases, hachées, abruptes, dont les vides étaient comblés par l'action. Dire l'indispensable dans le moins de mots possible, voilà le but de cet orateur. Ce n'est pas seulement vitesse de l'homme d'action, c'est aussi délicatesse d'un goût pur.
Danton a horreur du banal, du convenu. Il évite ces fleurs de rhétorique, si vite fanées, dont se paraient à l'envi Girondins et Montagnards. Et, d'abord, il ne cite que modérément l'antiquité. Rome et Sparte, qui fournissent à ses collègues tout un arsenal d'exemples et de traits, n'apparaissent que rarement dans ses discours, et sans nul pédantisme. Nous avons relevé en tout une dizaine d'allusions à l'antiquité : on va voir si elles sont sobres.

D'abord, dans son discours d'installation comme substitut en janvier 1792, il rappelle le mot de Mirabeau qu'il n'y a pas loin du Capitole à la roche Tarpéienne, et il emploie les termes de plébiscite et d'ostracisme.

Aux Jacobins, le 5 juin 1792, «après avoir, dit le journal du club, rapporté la loi rendue à Rome contre l'expulsion des Tarquins par Valérius Publicola, loi qui permettait à tout citoyen de tuer, sans aucune forme judiciaire, tout homme convaincu d'avoir manifesté une opinion contraire à la loi de l'Etat, avec obligation de prouver ensuite le délit de la personne qu'il avait tuée ainsi, M. Danton propose deux mesures pour remédier aux dangers auxquels la chose publique est exposée».

Il reprend cette comparaison à la Convention, 27 mars 1793 : «A Rome, Valérius Publicola eut le courage de proposer une loi qui portait la peine de mort contre quiconque appellerait la tyrannie.» Et quant aux autres passages où il est question de l'antiquité, les voici tous : «Que le Français, en touchant la terre de son pays, comme le géant de la fable, reprenne de nouvelles forces.» «Le peuple, comme le Jupiter de l'Olympe, d'un seul signe fera rentrer dans le néant tous les ennemis.»
«Nous avons fait notre devoir, et j'appelle sur ma tête toutes les dénonciations, sûr que ma tête, loin de tomber, sera la tête de Méduse qui fera trembler tous les aristocrates.» «Ainsi un peuple de l'antiquité construisait ses murs, en tenant d'une main la truelle et de l'autre l'épée pour repousser ses ennemis.» «Nos commissaires sont dignes de la nation et de la Convention nationale, ils ne doivent pas craindre le tonneau de Régulus.» «Les Romains discutaient publiquement les grandes affaires de l'Etat et la conduite des individus. Mais ils oubliaient bientôt les querelles particulières, lorsque l'ennemi était aux portes de Rome.» «Après une guerre longue et meurtrière, les législateurs d'Athènes, qui s'y connaissaient aussi, pour réparer la perte que l'Etat avait faite de ses concitoyens, ordonnèrent à ceux qui restaient d'avoir plusieurs femmes.»

Je ne crois pas qu'on puisse relever, dans toute l'oeuvre oratoire de Danton, d'autres allusions à l'antiquité. Et encore ces allusions sont-elles sobres, souvent détournées, toujours amenées presque de force par le sujet traité, par l'occasion survenue, avec si peu de pédantisme que la plupart seraient encore tolérables aujourd'hui qu'on se pique tant de ne plus citer les Grecs et les Latins. C'est que Danton est un génie tout moderne : les auteurs anciens, nous l'avons vu, n'étaient représentés que par des traductions dans sa bibliothèque, où les textes des écrivains anglais et italiens tenaient une place d'honneur à côté des classiques français. Chez Danton, l'homme de goût était d'accord avec le politique pour bannir ces oripeaux de collège dont tous les révolutionnaires, sauf peut-être Mirabeau, se paraient avec orgueil.
Sa République n'est pas une résurrection du passé, une exhumation érudite : elle est née du présent et elle y vit, les yeux tournés vers l'avenir.

La langue de Danton est moderne et française comme sa politique.

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De même, les métaphores qui abondent dans son style n'ont rien de classique : ou elles sont simples et familières, tirées de la vie quotidienne, ou il les invente et les crée. Jamais il ne les emprunte à l'arsenal académique où Robespierre et les autres se fournissent.

Voici des exemples de cette simplicité alors nouvelle, presque scandaleuse :

«Je lui répondis (à La Fayette) que le peuple, d'un seul mouvement, balayerait ses ennemis quand il le voudrait.»

Ailleurs, il parle de la nécessité «de placer un prud'homme dans la composition des tribunaux, d'y placer un citoyen, un homme de bon sens, reconnu pour tel dans son canton, pour réprimer l'esprit de dubitation qu'ont souvent les hommes barbouillés de la science de la justice».

A propos du projet d'impôt sur les riches : «Paris a un luxe et des richesses considérables ; eh bien ! par ce décret, cette éponge va être pressée.»

Nous avons vu qu'il appelait le gouvernail de l'État une manivelle.
Il reprend cette expression : «Ce qui épouvante l'Europe, c'est de voir la manivelle de ce gouvernement entre les mains de ce comité, qui est l'assemblée elle-même.»

Enfin, à propos du cautionnement exigé de certains fonctionnaires :

«C'est encore une rouille de l'ancien régime à faire disparaître.»

Ce sont là des métaphores vieilles comme la langue, mais bannies jusqu'alors de la prose noble, laissées au peuple, et que Danton apporte le premier à la tribune.

Les métaphores qu'il invente, il en emprunte les éléments aux choses du jour, aux impressions présentes, à la guerre, à l'industrie, à la science, à la Révolution même : «La Constitution ... est une batterie qui fait un feu à mitraille contre les ennemis de la liberté.»

«Une nation en révolution est comme l'airain qui bout et se régénère dans le creuset. La statue de la liberté n'est pas fondue. Ce métal bouillonne. Si vous n'en surveillez le fourneau, vous serez tous brûlés.»

«Quoi ! vous avez une nation entière pour levier, la raison pour point d'appui, et vous n'avez pas encore bouleversé le monde.»

Il dit à Dumouriez, aux Jacobins : «Que la pique du peuple brise le sceptre des rois, et que les couronnes tombent devant ce bonnet rouge dont la société vous a honoré.»

La pique populaire, que chacun voit ou tient, joue chez Danton le rôle du glaive classique : «Rappelons-nous que, si c'est avec la pique que l'on renverse, c'est avec le compas de la raison et du génie qu'on peut élever et consolider l'édifice de la société.»

Plusieurs de ces métaphores sont devenues proverbes, comme cette autre, à propos de l'éducation nationale :

«C'est dans les écoles nationales que l'enfant doit sucer le lait républicain.» Mais, à force d'éviter le banal, Danton tombe une ou deux fois dans le bizarre : «Je me suis retranché dans la citadelle de la raison ; j'en sortirai avec le canon de la vérité, et je pulvériserai les scélérats qui ont voulu m'accuser.» Ce canon de la vérité est une image fausse qui plut aux contemporains, mais dont le goût de quelques critiques est justement choqué. Toutefois, parmi tant de métaphores heureusement créées, je ne vois que celle-là, et la tête de roi jetée comme un gant, qui ne satisfasse pas l'imagination. On les pardonnera d'autant plus aisément à Danton, qu'il improvisait son style.

Parfois il s'élève et divinise deux des sentiments populaires. D'abord il montre la Patrie en face des émigrés : «Que leur dit la Patrie ? Malheureux ! vous m'avez abandonnée au moment du danger ; je vous repousse de mon sein. Ne revenez plus sur mon territoire : je deviendrais un gouffre pour vous.» Il personnifie aussi la liberté : «S'il est vrai que la liberté soit descendue du ciel, elle viendra nous aider à exterminer tous nos ennemis.» «Oui, les clairons de la guerre sonneront ; oui, l'ange exterminateur de la liberté fera tomber ces satellites du despotisme.»
«(La guerre) renversera ce ministère stupide qui a cru que les talents de l'ancien régime pouvaient étouffer le génie de la liberté qui plane sur la France.» «Citoyens, c'est le génie de la liberté qui a lancé le char de la Révolution.»

La Liberté et la Patrie, voilà tout l'Olympe métaphorique de Danton.

D'autres métaphores, mais plus rares, montrent que ce prétendu barbare n'est pas insensible à la beauté de la Révolution considérée en elle-même et comme un spectacle. Il aime à la comparer à une tragédie, et, bafouant le bicamérisme, il dit avec esprit : «Il y aura toujours unité de lieu, de temps et d'action, et la pièce restera.» Et plus tard, à propos de la pièce de Laya, l'Ami des Lois : «Il s'agit de la tragédie que vous devez donner aux nations ; il s'agit de faire tomber sous la hache des lois la tête d'un tyran, et non de misérables comédies.»

Danton pouvait dire, dans sa réponse à l'imprécation d'Isnard contre Paris : «Je me connais aussi, moi, en figures oratoires.»

Ajoutons que ces figures ne sont jamais un ornement, ni même une forme supplémentaire de sa pensée. Danton n'exprime pas deux fois la même idée. Il cherche et il donne la formule la plus frappante, et il passe sans redoubler, différent sur ce point encore de tous ses rivaux en éloquence. Une métaphore, dans ses discours, c'est toujours une vue politique importante, soit qu'il parle «de cette fièvre nationale qui a produit des miracles dont s'étonnera la postérité», soit qu'il excuse les erreurs de la Révolution en montrant que «jamais trône n'a été fracassé sans que ses éclats blessassent quelques bons citoyens», et que «lorsqu'un peuple brise sa monarchie pour arriver à la République, il dépasse son but par la force de projection qu'il s'est donnée».
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C'est que Danton, même quand il parle sans figures, évite les longs raisonnements et recherche le trait. Il a horreur du développement, de la tirade. Il résume ses idées les plus essentielles en quelques mots topiques et pittoresques. Ses discours sont une série d'apophtegmes brillants et forts. Toute sa politique, ainsi résumée en phrases proverbiales, circule dans le peuple et se fixe dans les mémoires.

Parfois, c'est du Corneille, comme lorsqu'il dit à la Convention : «Ne craignez rien du monde !» ou : «Il faut pour économiser le sang des hommes, leurs sueurs, il faut la prodigalité.» Ou encore, au 31 mai : «Il est temps que nous marchions fièrement dans la carrière.» Ou enfin, dans sa défense au Tribunal révolutionnaire : «J'embrasserais mon ennemi pour la patrie, à laquelle je donnerai mon corps à dévorer.»

C'est surtout quand il parle des ennemis extérieurs qu'il trouve des traits inoubliables : «Tout appartient à la patrie, quand la patrie est en danger.» «Soyons terribles, faisons la guerre en lions.» «C'est à coups de canons qu'il faut signifier la Constitution à nos ennemis.»

«Voulons-nous être libres ? Si nous ne le voulons plus, périssons, car nous l'avions juré. Si nous le voulons, marchons tous pour défendre notre indépendance.»

Il excelle à exprimer une vue philosophique en quelques mots brefs et nets, qu'on ne peut plus oublier : «Soyez comme la nature ; elle voit la conservation de l'espèce : ne regardez pas les individus.»
Cette concision heureuse ne met-elle pas Danton au rang de nos écrivains les plus français ? Ce politique n'apportait-il pas à la tribune certaines qualités des auteurs du XVIIe siècle ? Oui, pour un La Rochefoucauld et pour un Danton, aussi dissemblables entre eux que la Convention diffère du salon de Mme de Sablé, brille un même idéal littéraire : dire le plus de choses dans le moins de mots possibles, et forcer l'attention à force de brièveté. L'ancien frondeur fait tenir en deux lignes toute une psychologie morale ; l'orateur Cordelier condense en dix mots toute une philosophie de l'histoire, tout un cours de politique à l'adresse des modérés et des timides de 1793 : «S'il n'y avait pas eu des hommes ardents, dit-il, si le peuple lui-même n'avait pas été violent, il n'y aurait pas eu de Révolution.» C'est par cette interprétation profonde de la réalité présente que Danton s'élève souvent au-dessus de Robespierre, orateur parfois élevé, mais critique moins pénétrant, penseur absorbé par sa conscience.


Mais, ne l'oublions pas, la plus grande qualité du style oratoire de Danton, c'est que sa force concise, en frappant les esprits, les incline, non à réfléchir, mais à agir. On ne pouvait résister à la voix de l'orateur ; toute l'âme était remuée par des objurgations comme celle-ci, merveille d'art savant et de pathétique naïf : «Le peuple n'a que du sang, et il le prodigue. Allons, misérables, prodiguez vos richesses !»

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Tel est le caractère des métaphores et des traits qui ont servi de formule à la politique de Danton. Cette politique fait le fonds de ses discours : il s'y mêle peu de questions étrangères aux mesures à prendre le jour même. Mais l'orateur, ayant à répondre à des accusations immédiates et à combattre des adversaires, est obligé, en quelques circonstances, de parler de lui-même ou des autres. Ici encore son style n'est qu'à lui.

En effet, tandis que Robespierre et les Girondins enveloppent leurs invectives de formes classiques et vagues, que même leurs injures sont empruntées au style noble, Danton use du style familier et en tire les effets oratoires les plus imprévus. Pour Robespierre, un adversaire méprisable est un monstre (c'est ainsi qu'il appelle Danton guillotiné) ; pour Danton, c'est un coquin. A l'épithète académique il préfère l'adjectif populaire et vrai. Les hommes qu'il stigmatise ainsi sont tués du coup dans leur prestige. Il dit, par exemple : «Un vieux coquin, Dupont de Nemours, de l'assemblée constituante, a intrigué dans sa section...». Biauzat ne voulait pas qu'on se méfiât des intentions du roi en cas de guerre. Danton : «L'insignifiant M. Biauzat...».

Petion avait demandé des poursuites contre les signataires d'une adresse hostile à Roland : «La proposition de Petion est insignifiante.» Aux Jacobins, quand on apprend l'arrestation du roi à Varennes, Danton l'appelle dédaigneusement individu royal : «L'individu royal, dit-il, ne peut plus être roi, dès qu'il est imbécile.» Il dit de même : «L'individu Dumouriez.»
 «Je n'aime point l'individu Marat.» A propos de l'émigration de La Fayette, il remarque qu'il n'a porté aux ennemis «que son misérable individu». Il l'appelle ailleurs ce vil eunuque de la Révolution. La Gironde ne lui pardonna jamais le trait qu'il lança du haut de la tribune contre Mme Roland. Nous l'avons déjà dit : il s'agissait de provoquer la démission du ministre de l'intérieur :

«Personne, dit Danton, ne rend plus justice que moi à Roland ; mais je vous dirai : si vous lui faites une invitation, faites-la donc aussi à Mme Roland ; car tout le monde sait que Roland n'était pas seul dans son département.» Robespierre, en pareil cas, eût procédé par une allusion très enveloppée, selon la règle du genre académique qui veut qu'il soit de bon goût d'indiquer les personnes sans les nommer. Danton, qui avait souffert des intrigues de Mme Roland, dédaigna les circonlocutions et usa d'un trait brutal et vrai, qui déconcerta ses adversaires, et les découvrit à l'opinion populaire.

Il sait donc, quoique sans fiel, déverser le ridicule sur ses adversaires, et son style franc et rude ne les atteint pas moins que les subtiles et doucereuses épigrammes de Robespierre. Celui-ci a le tort de laisser voir trop de haine : Danton ne montre que du mépris, un mépris sans ressentiment personnel, mais d'autant plus terrible qu'il est la vengeance du bon sens blessé ou du patriotisme indigné.

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S'il parle des autres avec une liberté peu académique, il ne manque pas moins aux règles de la rhétorique quand il parle de lui-même. L'école croit qu'à la tribune le moi est haïssable : Danton est de l'avis opposé, et il a raison. Les plus beaux passages de Mirabeau et de Robespierre ne sont-ils pas justement ceux où ces orateurs se mettent en scène, se louent ou se défendent ? Mais ils ne parlent que de leur être moral ; ils se gardent de toute allusion à leur personne physique. Mirabeau disait bien à Etienne Dumont qu'il n'avait qu'à secouer sa crinière pour jeter l'effroi : mais il eût craint de faire rire en avouant publiquement de pareilles prétentions. Danton n'a pas ces pudeurs. Avec une audace sans exemple dans la patrie du ridicule, le jour de son installation comme substitut du procureur de la commune, il trace son propre portrait et débute par cette phrase, qui étonna les gens de goût : «La nature m'a donné en partage les formes athlétiques et la physionomie âpre de la liberté.»

On connaît la laideur de sa figure ravagée par la petite vérole et par un accident de sa première enfance. Lui-même parle de sa tête de Méduse, «qui fera trembler tous les aristocrates». Il se vante, aux Jacobins, d'avoir «ces traits qui caractérisent la figure d'un homme libre». Enfin, dans sa défense suprême, se tournant vers les jurés du Tribunal révolutionnaire, il s'écrie fièrement : «Ai-je la face hypocrite ?»

Il parle, sans fausse modestie, mais non sans tact, de ses qualités : «Je l'avoue, je crois valoir un autre citoyen français...». «Pendant la durée de mon ministère, j'ai employé toute la vigueur de mon caractère.»
Ce caractère, voici comment il l'explique, en janvier 1792, dans ce même discours d'installation comme substitut du procureur de la commune :

«Exempt du malheur d'être né d'une de ces races privilégiées suivant nos vieilles institutions, et par cela même presque toujours abâtardies, j'ai conservé, en créant seul mon existence civile, toute ma vigueur native, sans cependant cesser un seul instant, soit dans ma vie privée, soit dans la profession que j'avais embrassée, de prouver que je savais allier le sang-froid de la raison à la chaleur de l'âme et à la fermeté du caractère. Si, dès les premiers jours de notre régénération, j'ai éprouvé tous les bouillonnements du patriotisme, si j'ai consenti à paraître exagéré, pour n'être jamais faible, si je me suis attiré une première proscription pour avoir dit hautement ce qu'étaient ces hommes qui voulaient faire le procès à la Révolution, pour avoir défendu ceux qu'on appelait les énergumènes de la liberté, c'est que je vis ce qu'on devait attendre des traîtres qui protégeaient ouvertement les serpents de l'aristocratie.»

Sa prétention, c'est d'allier la sagesse politique à l'ardeur révolutionnaire. Déjà, le 1er février 1791, dans sa lettre à l'Assemblée électorale qui l'avait nommé membre du département de Paris, il se dit capable d'unir la modération «aux élans d'un patriotisme bouillant».

Cette déclaration revient sans cesse dans ses discours : «Je sais allier à l'impétuosité du caractère le flegme qui convient à un homme choisi par le peuple pour faire ses lois.» «Je ne suis pas un agitateur.»
Enfin, il dit ironiquement : «J'ai cru longtemps que, quelle que fût l'impétuosité de mon caractère, je devais tempérer les moyens que la nature m'a départis.»
Il aime aussi à se proclamer exempt de haine : «Je ne suis pas fait pour être soupçonné de ressentiment.» «Je suis sans fiel, non par vertu, mais par tempérament. La haine est étrangère à mon caractère... Je n'en ai pas besoin.» «La nature m'a fait impétueux, mais exempt de haine.»

Aussi n'en veut-il pas à ses ennemis : il dédaigne leurs calomnies et refuse, imprudemment, d'y répondre : «Quels que doivent être, écrit-il à ses électeurs, le flux et le reflux de l'opinion sur ma vie publique..., je prends l'engagement de n'opposer à mes détracteurs que mes actions elles-mêmes». Et à la Convention : «Que m'importent toutes les chimères que l'on peut répandre contre moi, pourvu que je puisse servir la patrie ?» «Ce n'est pas être homme public que de craindre la calomnie.»

Au Tribunal révolutionnaire, il réfute l'accusation de vénalité en exaltant, non sa probité, mais son génie, et Topino-Lebrun lui entend dire : «Moi, vendu ? Un homme de ma trempe est impayable !» D'après le Bulletin du tribunal, il aurait parlé en outre des vertus qu'annonçait sa figure : «Les hommes de ma trempe sont impayables ; c'est sur leur front qu'est imprimé, en caractères ineffaçables, le sceau de la liberté, le génie républicain.»

Son style s'élève encore quand il exalte son patriotisme : «Je mets de côté toutes les passions : elles me sont toutes parfaitement étrangères, excepté celle du bien public... Je leur disais : Eh ! que m'importe ma réputation ! que la France soit libre et que mon nom soit flétri ! Que m'importe d'être appelé buveur de sang ? Eh bien ! buvons le sang des ennemis de l'humanité, s'il le faut ; combattons, conquérons la liberté.»

Il se plaît à répéter qu'il mourrait, qu'il mourra pour la patrie : «Si jamais, quand nous serons vainqueurs, et déjà la victoire nous est assurée, si jamais des passions particulières pouvaient prévaloir sur l'amour de la patrie, si elles tentaient de creuser un nouvel abîme pour la liberté, je voudrais m'y précipiter tout le premier.» Et il fait au Tribunal révolutionnaire cette déclaration dont la sérénité donne à son style une allure presque classique : «Jamais l'ambition ni la cupidité n'eurent de puissance sur moi ; jamais elles ne dirigèrent mes actions ; jamais ces passions ne me firent compromettre la chose publique : tout entier à ma patrie, je lui ai fait le généreux sacrifice de toute mon existence.»

D'une façon à la fois familière et cornélienne, il parle de lui à la troisième personne dans cette même défense : «Danton est bon fils.»

«Depuis deux jours, le tribunal connaît Danton ; demain il espère s'endormir dans le sein de la gloire. Jamais il n'a demandé grâce, et on le verra voler à l'échafaud avec la sérénité ordinaire au calme et à l'innocence.»

Enfin, il a conscience d'être un Français, non seulement par le patriotisme, le bon sens lumineux, l'audace heureuse, mais par des qualités plus familières et plus intimes. Quoique des circonstances tragiques l'aient toujours inspiré, il n'est pas un génie tragique : «Je porte dans mon caractère, dit-il à la Convention, une bonne portion de la gaieté française, et je la conserverai, je l'espère.» Ce Champenois se sent le compatriote de La Fontaine, et il laisse à Robespierre les mélancolies de Jean-Jacques Rousseau.

C'est ainsi qu'il parle de lui-même et qu'il se peint au physique et au moral, avec une ingénuité digne de Montaigne, qui semblera peut-être de l'effronterie, mais qui était, pour le peuple de Paris (l'auditoire idéal de Danton), une franchise heureuse, une confiance aimable, ou du moins toujours pardonnée. Si nous avons insisté de la sorte sur ces confidences personnelles échappées à Danton du haut de la tribune, c'est qu'elles donnent la plus juste idée de son style oratoire. Car est-on jamais plus soi-même que quand on parle de soi ? C'est dans la forme de tels aveux qu'on surprend le style d'un écrivain ou d'un orateur, son vrai style, c'est-à-dire la manière d'être la plus durable de son être moral ; et, dans ces confidences, ce qui fait juger un homme, n'est-ce pas moins ce qu'il avoue, que la façon dont il l'avoue ? Cet aveu involontaire et inconscient, qui s'échappe, en quelque sorte, du style même de l'orateur, montre l'homme bien mieux que les portraits contradictoires émanés de l'étourderie ou de la passion des contemporains. Oui, le grand patriote était bien tel qu'il se montrait, homme de bon sens, homme ardent et modéré, vraiment peuple, c'est-à-dire vraiment national, terroriste par force et par préjugé, plus pur de sang que les plus timides de ses collègues ; en tous cas, pur de haine, et quant au génie, français et moderne, doué d'un sentiment très vif, trop vif même, des nécessités de l'heure présente.
-C'est même pour ce dernier motif, avouons-le, que certaines régions sublimes et sereines, où planait la pensée de cet antipathique de Robespierre et où atteignait parfois son éloquence, restèrent fermées ou inconnues à Danton.


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