In Libro Veritas

Omnis

Par Whismerhill

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Table des matières
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Epilogue

1
15 mars 2000, Hôpital central de Nancy, 9h47 :
-          Docteur, ils sont arrivés.
-          Merci. Faites-les patienter une minute, j’arrive.
-          Très bien.
    Il était en train de remplir les derniers papiers. Ce n’était pas une tâche agréable mais c’était une tâche nécessaire. Après tant d’espoir, la déception ne pouvait qu’être grande. Même dans cet état, tout le monde s’était un peu attaché à lui. Si longtemps à s’en occuper créait des liens, c’était bien naturel. Il signa la dernière feuille, referma le classeur et le posa sur la pile de dossiers traités. Un peu las, il se leva de son bureau et sortit. Son pas était lent car il n’avait pas envie de leur annoncer. Pourtant, il fallait bien le faire. Il fallait que quelqu’un se dévoue pour le dire. Ce quelqu’un devait être lui.
    Ils l’attendaient dans une salle non loin de là. La pièce était prévue pour ce genre de cas. Elle servait à bien d’autres choses mais c’était là son utilisation principale. Ils étaient arrivés en moins d’un quart d’heure après le coup de fil de l’hôpital. Non qu’ils soient en état d’alerte permanent mais par pur hasard, ils étaient à leur domicile.
    Le docteur Lelong ouvrit la porte tête baissée. Il entra et salua ses visiteurs :
-          M. et Mme Champmarc, bonjour.
-          Bonjour docteur, lâchèrent-ils à l’unisson, abattus.
-          Vous savez pourquoi nous vous avons fait appeler ?
-          Nous pensons le savoir, oui, dit M. Champmarc en se tournant vers sa femme.
-          Je suis désolé, votre fils est décédé à 9h14 ce matin.
Nous n’en connaissons pas encore la cause exacte, même si nous vous avions prévenus que c’était une issue possible à son coma. L’autopsie nous en dira plus. Elle doit avoir lieu cet après-midi.
 
2
25 janvier 2000, Nancy, 13h20 (trois mois plus tôt) :
    Charles était absent. Le partiel l’inquiétait peu. Il connaissait parfaitement ses capacités et savait qu’il s’en sortait toujours. Exceptionnellement, il n’avait pas fait l’impasse sur les révisions, même si la présence de Stéphanie l’avait quelque peu perturbé et rendu moins efficace. Il avait juste la tête ailleurs, mais il était heureux de voir cette échéance arriver enfin. Ils roulaient dans la voiture de Stéphanie qui conduisait. Charles était à ses côtés et Cyril avait pris place à l’arrière. La radio diffusait Imagine depuis une bonne minute et Charles se sentait bien dans cette ambiance. Cyril, qui n’avait fait que lancer des piques depuis le départ, le sortit de ses rêveries plus gentiment :
-          Ils ne savent vraiment plus quoi passer pour diffuser des vieilleries comme ça ?
-          Yoko Ono a peut-être besoin d’un peu d’argent, s’amusa Stéphanie qui conduisait.
-          Elle n’a qu’à s’inscrire à l’ANPE, ajouta Cyril.
Cyril et Stéphanie ne purent s’empêcher de pouffer bruyamment en pensant à la scène. Le jeune homme continua :
-          Tiens, ça me fait penser au téléfilm que j’ai vu hier, je ne sais plus sur quelle chaine. T’avais un chômeur qui, pour se venger de son ex-employeur, volait un avion et allait s’encastrer dans le bureau du directeur. Comme il avait chargé à plein son réservoir, l’avion explose et l’immeuble s’écroule.
Je crois que je n’ai jamais vu un aussi gros navet. Le scénar était débile, les acteurs jouaient super mal et les effets spéciaux avaient l’air d’avoir été faits par un gamin de dix ans avec une caméra super8. Il va sûrement rester dans les anales… des plus mauvais films.
-          Et le rapport avec Yoko Ono ? l’interrogea Stéphanie.
    Il lui donna un coup de genoux dans le dos parfaitement involontaire et s’en excusa avant de préciser :
-          L’héroïne lui ressemblait beaucoup. Enfin… avec trente ans de moins !
-          J’ai bien fait de ne pas le regarder, alors ? se satisfit Charles.
-          Ouais, Clair ! acquiesça Cyril.
-          Moi, je suis tombé sur « Un jour sans fin ». C’était super même si je l’ai déjà vu au moins trois ou quatre fois. Et puis après, ils ont commencé à diffuser « La nuit des morts-vivants ». C’est complètement débile mais je n’ai pas réussi à me dé-scotcher.
Il se retourna dans la voiture pour voir Cyril.
-          Résultat, je me suis couché à plus de onze heures. La veille des exams, c’est idiot, hein ?
-          Clair, mon pote ! dit-il simplement. Clair !
-          Et toi, t’as regardé quoi ? demanda-t-il à Stéphanie qui n’avait pas dit mot sur le sujet, tout en se redressant.
-          Oh, tu sais, moi ! Mon père est revenu hier de mission alors toute la famille était un peu prise par ça. Il était parti depuis six mois.
-          Ah ouais ? fit la voix de Cyril derrière son dos en accrochant le dossier pour s’approcher.
Et il fait quoi, ton père ?
-          Il est militaire, répondit Charles à sa place.
-          Dis-donc ! fit Stéphanie en lui tapant sur la cuisse plus amusée qu’énervée. Je peux répondre toute seule !
    Charles baissa la tête en signe de soumission.
-          Il est colonel dans l’armée de terre. Il part souvent à l’étranger pour de longues missions. Là, il vient de revenir d’équateur.
-          Ah OK ! répondit simplement Cyril qui avait manifestement eu les informations qu’il désirait.
    Soudain, elle bifurqua sur la droite dans l’avenue Paul Doumer, croyant prendre un raccourci mais elle se rendit vite compte qu’elle prenait la mauvaise direction et décida de tourner à gauche à la prochaine rue.
-          Ma biche, je crois que tu t’es gourée ! se moqua Cyril. Ah ! Les femmes au vo…
-          T’as vu ça ? l’interrompit Charles se fichant royalement de ce que son ami disait. Je n’avais jamais vu qu’il y avait un crématorium ici. C’est glauque ! Tu imagines, la fumée qui sort, ce sont des restes d’humains. Brrr ! Ça me fait froid dans le dos.
-          T’inquiète pas beau gosse, ils sont déjà morts avant de cramer… Tiens ! Pis au moins, ils ont le cimetière juste à côté, c’est pratique !
    Puis il rit bruyamment.
    Stéphanie, bougonna des paroles qu’aucun de ses amis ne comprirent et tourna deux fois à gauche pour se retrouver dans la bonne direction et s’engouffra sur le boulevard Clémenceau. Ils n’étaient plus qu’à quelques minutes.
 
    À la radio passait une chanson du groupe Bran Van 3000. Stéphanie tourna le bouton pour augmenter le volume quand une sirène la fit sursauter. Une seconde lui suffit pour comprendre qu’il s’agissait d’une voiture de police. Elle entendit aussi les bruits de moteurs hurlant, signes d’une poursuite à vive allure, sans parvenir à les situer. Charles et Cyril avaient aussi entendu et cherchaient tous les deux du regard les véhicules incriminés.
    Soudain, ils tournèrent tous les trois la tête vers leur gauche. La provenance des sons ne faisaient plus aucun doute. Le gyrophare bleu scintillait au loin, dans la rue qu’ils étaient en train de croiser. Le véhicule poursuivi se trouvait, à plusieurs mètres d’eux, lancé à grande vitesse. Charles reconnut immédiatement une BMW de modèle très récent et en parfait état. À son volant se trouvait un homme jeune, portant une casquette à l’envers, les yeux à mi-chemin entre la surprise et la hargne. Il n’avait probablement pas l’intention de stopper pour eux. D’ailleurs, il ne s’arrêta pas.
    Le choc des deux voitures fut terrible. Des airbags se déclenchèrent dans tous les sens. Toutes les tôles rigides se plièrent, essayant de fusionner les engins entre eux. Un mètre de la BMW s’invita dans la modeste fiesta de Stéphanie ainsi que dans sa propriétaire. Cyril, qui était à l’arrière, subit le plus de dégâts. L’angle de percussion, légèrement de biais ne lui laissa pas beaucoup de chance. Son corps absorba la totalité de la collision. Sa tête, pourtant solidement attachée à son buste se balança dans tous les sens, cherchant à fuir par tous les moyens et finit par trouver la fenêtre arrière droite comme échappatoire. Il fut projeté hors de l’habitacle.
 
    Les deux monstres d’acier glissèrent une dizaine de mètres avant d’être stoppés net, lovés au terme d’un balai mortel, par le mur d’un immeuble. La route était jonchée de débris fumants, de traces de gomme et d’éclats de verre. Par chance, aucun des passants présents sur le lieu n’avait été fauché, pas même les ouvriers du chantier, travaillant sur leur échafaudage au coin.
    Charles, quant à lui, n’avait presque rien senti. Installé à la place du mort, il ne l’était pas. Il avait vu toute la scène, avait été brinquebalé dans tous les sens, avait reçu des débris de verre sur ses bras et dans son visage mais était bien vivant. Ses amis n’avaient pas eu cette chance. Ils se trouvaient dans un triste état. Depuis sa place, il les discernait sans mal. Cyril ne ressemblait plus à grand-chose. La collision, en oblique, par l’arrière et sans ceinture avait projeté son corps vers la droite de la voiture. La portière n’avait pas survécu à l’impact. Lorsque la fin de la glissade avait amené le véhicule contre le mur, celui-ci avait fini le travail de broyage en règle. Cyril était désormais un peu partout. À ses côtés, Charles voyait aussi Stéphanie, le visage ensanglanté, dans les vapes ou peut-être morte, il n’en savait rien. À première vue, elle n’avait pas trop de blessures, mis à part le bras gauche, qui présentait une méchante fracture ouverte mais ne saignait déjà plus (merveille du corps humain !). Dans le prolongement, il voyait les cheveux de l’homme qui leur était rentré dedans. Le reste de son visage était caché par un airbag encore à moitié gonflé. Ce qu’il voyait lui laissait à penser qu’il était inconscient.
 
    Il n’avait pas réalisé que la sirène fonctionnait toujours. Tout n’avait duré que deux ou trois secondes. Celle-ci s’arrêta brutalement, couverte par un vacarme sans nom. Le policier, voulant éviter la masse deux-en-un devant lui, avait mis un coup de volant sur la droite. Malheureusement, il s’était dirigé droit dans le chantier de réfection de la façade de l’immeuble, percutant un ouvrier et l’encastrant dans le mur.
    Charles regardait la scène, hagard et incapable de faire le moindre mouvement. Tout se passait beaucoup trop vite.
    Les barres de métal s’effondrèrent les unes après les autres sur le capot, manquant de peu d’empaler le conducteur. Elles entraînèrent avec elles les planches de bois faisant office de sol. Les hommes qui marchaient dessus tombèrent en même temps, sur la carcasse pour les plus chanceux, sur le trottoir pour les autres. Sous le choc la voiture — entre autre dégâts — s’était mise à perdre du carburant. Celui-ci s’écoula doucement le long du trottoir. Inexorablement, il allait vers le chalumeau, toujours en marche, d’un ouvrier mis à terre par l’accident. Immédiatement, l’essence s’enflamma en se propageant jusqu’à la voiture à sirène, qui prit feu. Ses occupant, inconscients, se réveillèrent en sursaut mais n’eurent pas le temps de sortir avant que la totalité de la carcasse ne s’embrase. Le passager réussit, malgré tout, à ouvrir sa portière gênée par les débris. Il sortit le plus vite qu’il le pu, en flamme et paniqué. Il brûlait vif. L’intensité de l’incendie était telle qu’il n’arriva pas à le stopper ou même le ralentir. Le policier, mû par ses réflexes conditionnés plus que par une conscience propre traversa la rue vers Charles et ses amis.
 
    L’homme tomba à terre à proximité de leur voiture. L’étudiant sentit soudain une forte odeur de cochon grillé qui, l’image aidant, lui donna la nausée. Il vomit à ses pieds. Pris de panique, il sortit précipitamment du véhicule en forçant sur ce qui restait de la portière avant-droite. Il tenta de contourner la carcasse par l’arrière mais glissa sur une matière visqueuse. Vautré par terre, il se rendit compte de la nature de la substance : du sang. Les haut-le-cœur s’amplifièrent à la vue de son ami éparpillé au sol. Des morceaux de chair, de l’hémoglobine, quelques os. Voilà tout ce qui l’entourait.
    Il se releva, et continua pour aller délivrer Stéphanie, toujours coincée et inconsciente. Instinctivement, en se redressant, il contempla ses mains, lacérées par le verre des vitres. Lorsqu’il se trouva devant le policier encore fumant, il se boucha le nez et cessa de respirer de peur de rendre à nouveau. Il releva la tête et se rendit compte que le forcené était sorti de sa voiture. Ils étaient, tous les deux, les seuls témoins conscients de l’accident. L’homme le repéra très vite et tira rapidement une arme de son pantalon pour viser Charles. Il vociféra :
-          Tu vas crever, maintenant, sale bâtard ! Je vais te faire rentrer ton corps petit bout par petit bout dans ta sale gueule d’enculé. Dommage pour toi, t’es le seul témoin !
-          Mais…eut juste eu le temps de dire le condamné avant que la détonation ne se produise.
    Il n’avait pas attendu de réponse et appuya sur la détente. Charles vit la balle arriver à une vitesse folle. Dans une ou deux secondes, il serait mort, pensa-t-il. La balle le percuta en plein front.
Il s’écroula de tout son poids vers l’avant et se cogna le crâne sur le macadam.
 
    Les ambulances arrivèrent en masse quelques minutes plus tard, précédées par la police et les pompiers. Elles venaient de l’hôpital central, à moins de deux kilomètres du crash. Charles fut le premier à être embarqué dans le véhicule. Il était la plus accessible des personnes encore en vie. Ils s’occupèrent ensuite des ouvriers, souvent en piteux état, puis de Stéphanie qu’ils durent désincarcérer. Elle partit dans le même véhicule que son ami en direction des urgences. Sous le bruit du gyrophare, l’ambulance démarra et fonça à toute allure. Charles était vivant ; mal en point mais il respirait sans assistance. Un des infirmiers, à la voix rauque, s’adressa à lui :
-          Allez, mon gars, tiens le coup, on n’est plus très loin. Je ne vais pas cesser de te parler pour que tu t’en sortes.  
-          Barry, aide-moi deux secondes. J’ai la fille qui m’échappe !
-          Merde ! s’étrangla-t-il en se précipitant vers l’autre brancard.
    Le rythme cardiaque était devenu soudainement plat. L’homme regarda machinalement les mains de la jeune fille et se rendit compte que la pince s’était défaite du doigt. Il la remit et le léger bip reprit son cours normal. Puis, il retourna auprès de son patient.
-          Hé dis, pourquoi il t’appelle Barry ? demanda le chauffeur à travers la vitre.
-          T’entends pas, répondit-il ? J’ai la même voix que Barry white alors les copains se sont amusés à me donner ça comme surnom.
-          T’aime pas ? ajouta-t-il en feignant d’être menaçant !
-          Non, me tape pas, je conduis ! protesta l’homme au volant.
 
 
 
    À l’arrivée aux urgences, ils déchargèrent les deux étudiants et les emmenèrent en soin intensif. Stéphanie n’avait que des fractures minimes et de multiples contusions. Les médecins n’eurent pas de mal à la soigner. Le cas de Charles était beaucoup plus grave. Mis à part des contusions sans gravité, une balle avait traversé son crâne de bout en bout. Par chance, celle-ci était ressortie en faisant peu de dégâts car elle était passée dans une zone périphérique. L’opération s’avéra être longue et difficile. Charles fut sauvé mais sombra dans le coma.
 
3
15 mars 2000, Hôpital central de Nancy, 10h12 :
    Le silence était lourd. Le médecin restait tête baissée de crainte d’affronter le regard des parents de Charles. Bien sûr, il avait fait tout ce qui était en son pouvoir. Bien sûr, c’était une possibilité. Mais alors pourquoi ce sentiment étrange de culpabilité ? Pendant presque deux ans, il s’était occupé de Charles. Pendant deux ans, il l’avait visité trois fois par semaine. Le plus ironique, pensait-il, était qu’il ne connaissait même pas le son de sa voix. Quand on l’avait amené directement des urgences, il était sauvé mais déjà dans un coma profond. Il n’en était jamais complètement sorti. Par moments, il avait eu des sursauts, presque des espoirs. La situation s’était même améliorée six mois auparavant puis s’était dégradée brutalement. Personne n’avait compris pourquoi après un état aussi stationnaire, il était reparti entre la vie et la mort. Son électro-encéphalogramme avait commencé à s’agiter régulièrement. Les ondes qui étaient enregistrées paraissaient étranges, ressemblant plus à un rêve profond qu’à un coma.
L’idée leur était venue qu’il était peut-être en train d’en sortir. La vérité était tout autre car désormais, il était mort. Il n’avait ouvert les yeux qu’une seule fois. Ça n’avait pas duré longtemps mais l’espoir que ce simple événement leur avait procuré était incommensurable.
 
-          Dire que ce chauffard s’en est sorti ! s’écria subitement Mme Champmarc. Il s’en allait simplement à un examen et ce gars, dans sa BMW volée qui l’a percuté de plein fouet. Pourquoi lui ? Pourquoi mon petit ? La police est là quand il s’agit d’arrêter mon fils pour un tapage nocturne idiot. Quand il faut injustement le mettre en prison pour la nuit. Mais dès qu’il s’agit de plus important, d’un meurtre, il n’y a plus personne. Je les hais ! Je les hais presque autant que ce gars.
    La colère et la peine se dégageaient de tout son être. Les larmes chaudes et âcres lui brûlaient le visage fatigué. Elle avait attrapé le bras de son mari comme pour le prendre à partie, pour que lui aussi crie à l’injustice. Mais il restait de marbre, gardant ses larmes pour l’intimité de leur maison vide. Ils avaient réfuté la vérité. Ils avaient refusé de se rendre compte qu’elle était abandonnée.
    Pendant ces deux années d’attente, Charles avait eu de la visite très souvent. Au début, sa mère était restée sur place pour lui tenir compagnie mais ils habitaient à une heure de route. Au bout de six mois, constatant que la situation ne s’améliorait pas vraiment et n’ayant plus rien pour les retenir à Ancerville, ils avaient fini par revendre leur maison et en racheter une dans la banlieue de Nancy. À Partir de ce moment, ils avaient pu se relayer pour lui tenir compagnie une ou deux heures par jour, s’accrochant à l’espoir infime qu’il sorte enfin du coma.
Toutes ces épreuves remontaient à la surface après avoir été enfouies pour tenter de s’en sortir.
-          C’était son dernier examen. Il allait pouvoir travailler. Il s’en faisait une telle joie, de quitter enfin ses études. Il aurait eu une belle vie. Oui ! Une belle vie. Il avait l’air tellement amoureux de cette fille. On n’a pas le droit de perdre ses enfants comme ça. J’étais sûr qu’il reviendrait. J’en étais persuadée. Et maintenant, il est mort ! C’est fini. Je ne le reverrai plus jamais.
    Elle éclata à nouveau en sanglots et s’accrocha aux bras de son mari, espérant qu’il la console, qu’il la réconforte, qu’il lui dise que tout irait bien. Mais aucun mot ne venait. Ni de lui, ni du médecin. C’était bel et bien fini. Le silence des deux hommes lui faisait affreusement mal. Le docteur Lelong le brisa :
-          Je suis vraiment désolé, madame. Nous avons fait tout ce que nous avons pu. Je ne pense pas qu’il ait souffert. Ça a été trop rapide.
-          Trop rapide ? Vous vous fichez de moi ? Deux ans, vous trouvez ça trop rapide ? lui rétorqua-t-elle des sanglots plein la voix.
-          Je suis navré, ce n’est pas ce que je voulais dire…
-          Chérie, le docteur ne pensait pas à mal. Il voulait juste te consoler.
-          S’il veut me consoler, qu’il me rende mon fils.
-          Chérie, c’est fini. Il ne reviendra plus.
 
 
 
FIN