CHAPITRE II
DES MOYENS D'EXCITER LE DÉSIR.
EXPÉRIENCES ET RECETTES DIVERSES
EXPÉRIENCES ET RECETTES DIVERSES
Lorsqu'un homme est incapable de satisfaire une femme Hastini, ou éléphant, il doit recourir à divers moyens pour éveiller chez elle le prurit. D'abord il lui frottera le yoni avec sa main ou ses doigts, et n'en viendra au congrès que si elle est déjà excitée ou ressent du plaisir. C'est là un des moyens d'exciter une femme.
Ou bien il fera usage de certains apadravyas, sortes d'objets qu'on se met sur le Lingam ou autour, afin d'augmenter sa longueur ou sa grosseur, de façon à remplir le yoni. D'après Babhravya, ces ajadravyas doivent être faits en or, argent, cuivre, fer, ivoire, corne de buffle, bois de diverses sortes, étain ou plomb ; ils doivent être doux, frais, aptes à provoquer la vigueur sexuelle, et tout à fait propres au but proposé. Vatsyayana, toutefois, dit que chacun peut les façonner à sa fantaisie.
Voici les différentes sortes d'apadravyas :
1. Le brassard (valaya) : il doit être de la même grandeur que le Lingam, et sa surface extérieure doit être semée d'aspérités.
2. Le couple (sanjhati), formé de deux brassards.
3. Le bracelet (chudaka), fait de trois brassards, ou plus, joints ensemble, jusqu'à ce qu'ils arrivent à la longueur de Lingam requise. 4. Le bracelet simple, formé d'un simple fil de fer enroulé autour du Lingam, suivant ses dimensions.
5. Le kantuka ou jalaka : c'est un tube ouvert aux deux extrémités, avec un trou dans toute sa longueur, raboteux en dehors et semé de bosses douces, dont les dimensions sont calculées sur celles du yoni ; on se l'attache à la ceinture.
Si l'on n'a pas cet objet sous la main, on pourra faire usage d'un tube façonné avec du bois de pommier, ou avec la tige tubulaire d'une gourde, ou avec un roseau frotté d'huile et d'extraits de plantes ; on se l'attachera de même à la ceinture avec des cordons. Des morceaux de bois polis, liés ensemble, peuvent aussi servir.
Les engins ci-dessus peuvent être employés concurremment avec le Lingam, ou en ses lieu et place.
Les gens des contrées méridionales croient qu'il n'y a point de plaisir sexuel véritable si le Lingam n'est perforé, et, en conséquence, ils se le font percer comme on perce les lobes des oreilles à un enfant pour y mettre des boucles d'oreilles.
Or, si un jeune homme veut se perforer le Lingam, il doit le percer avec un instrument très aigu, puis se tenir dans l'eau aussi longtemps que le sang continue à couler. Le soir, il aura un commerce sexuel, actif même, de manière à nettoyer le trou. Après cela, il continuera à laver le trou avec des décoctions, et il l'agrandira en y introduisant de petits morceaux de roseau et de la wrightia antidysenterica, qui élargiront Graduellement l'orifice. On peut aussi le laver avec de la réglisse mêlée de miel, et, pour agrandir le trou, employer la tire du fruit du simapatra. Enfin, on devra oindre le trou avec un peu d' huile.
Dans ce trou pratiqué au travers du Lingam, on peut mettre des apadravyas de diverses formes, tels que le rond, le rond d'un côté, le mortier de bois, la fleur, le brassard, l'os de héron, l'aiguillon à éléphant, la collection de huit balles, la mèche de chevreaux, et d'autres objets dénommés suivant leur forme ou la manière de s'en servir. Tous ces apadravyas doivent être raboteux au-dehors, selon leur objet particulier.
Venons maintenant aux moyens de renforcer le Lingam.
Lorsqu'un homme désire se renforcer le Lingam, il doit le frotter avec les poils de certains insectes qui vivent dans les arbres ; puis, après l'avoir graissé avec des huiles pendant dix nuits, il frictionnera de nouveau avec les mêmes poils comme précédemment. En continuant de la sorte, il obtiendra un gonflement graduel du Lingam, et alors il devra se coucher sur un lit volant, et laisser pendre son Lingam par un trou pratiqué dans ce lit. Après cela, il fera disparaître, au moyen de décoctions fraîches, toute a douleur que lui aura causée le ronflement. Ce gonflement, qu'on appelle suka, et qu'on rencontre fréquemment chez les habitants du pays de Dravida, dure pour la vie.
Si l'on se frotte le Lingam avec les choses suivantes, savoir : la plante physalis flexuosa, la plante shavarakandaka, la plante jalasuka, le fruit de la plante aux oeufs, le beurre de bufflonne, la plante hasti-charma, et le suc de la plante vajra-rasa, on obtiendra un gonflement qui durera un mois.
En le frottant avec de l'huile bouillie dans des décoctions des choses ci-dessus, on obtiendra le même effet, mais pour six mois.
On fera aussi grossir le Lingam en le frottant ou lotionnant avec de l'huile bouillie sur un feu modéré, à laquelle on aura mêlé des graines de grenadier et de concombre, et les sucs de la plante valuka, de la plante hasti-charma et de la plante aux oeufs.
En outre de ce qui précède, on pourra se faire enseigner d'autres moyens par des personnes expérimentées et sûres.
Voici, enfin, diverses expériences et recettes :
a. Si un homme, après avoir mêlé de la poudre de plante de haie laiteuse et de plante antala avec des excréments de singe et de la racine moulue de la plante lanjalika, jette ce mélange sur une femme, elle n'aimera plus personne d'autre.
b. Si un homme fait une sorte de gelée avec le jus des fruits de la cassia fistula et de l'eufenia jambolina, en le mêlant avec de la poudre de la plante soma, de la vemonia anthelmintica, de l'eclipta prostata et de la lohopa-jihirka, et applique cette composition sur le yoni d'une femme, avec laquelle il a ensuite un commerce sexuel, son amour pour cette femme cessera aussitôt. c. Même effet si un homme a commerce avec une femme qui s'est baignée dans le lait de beurre d'une bufflonne, mêlé avec de la poudre de la plante gopalika, de la plante bana-padika et de l'amarante jaune.
d. Un onguent composé des fleurs de la nauclea cadamba, de la prune à porc et de l'eugenia jambolina, et employé par une femme la fait détester de son mari.
e. Des guirlandes faites avec les mêmes fleurs, et portées par une femme, produisent le même effet.
f Un onguent fait avec le fruit de l'asteracantha longifolia (koki-laksha) contracte le yoni d'une femme Hastini ou éléphant, et cette contraction dure une nuit.
g. Un onguent fait avec les racines moulues du nelumbrium speciosum et du lotus bleu, et avec la poudre de la plante physalis flexuosa mêlée de ghee et de miel, dilate le yoni de la femme Mrigi ou biche.
h. Un onguent composé avec le fruit de l'emblica myrobolans trempé dans le suc laiteux de la plante à lait, de la plante soma, de la calotropis jigantea, et dans le jus du fruit de la vemonia anthelmintica, fera blanchir les cheveux.
i. Le suc des racines de la plante madayantika, de l'amarante jaune, de la plante anjanika, de la clitoria temateea et de la plante shlaksh.
napami, employé comme lotion, fera pousser les cheveux.
j. Un onguent composé avec les susdites racines bouillies dans de l'huile, et employé comme friction, noircira les cheveux, et fera aussi repousser graduellement ceux qui sont tombés.
k. Si l'on trempe de la laoue sept fois, jusqu'à saturation, dans la sueur du testicule d'un cheval blanc, et qu'on l'applique sur une lèvre rouge, cette lèvre deviendra blanche.
l. La couleur des lèvres pourra se rétablir au moyen de la madayantika et autres plantes mentionnées plus haut, au paragraphe 1.
m. Une femme qui entend un homme jouer d'un chalumeau trempé dans les sucs de la plante bahupadika, et la tabemamontana coronaria, du costus speciosus ou arabicus, du pinus deodora, de l'euphorbia antiquorum, et des plantes vajra et kantaka, devient son esclave.
n. Si l'on mélange des aliments avec le fruit du pommier épineux (datura), il en résulte un empoisonnement.
o. Si l'on mélange de l'eau avec de l'huile et avec les cendres d'une herbe quelconque, sauf l'herbe Kusha, cette eau prend la couleur du lait.
p. Si l'on moud ensemble la myrobolans jaune, la prune à porc, la plante shrawana et la plante priyangu, et qu on applique cette poudre sur des vases en fer, ces vases deviendront routes.
q. Si, ayant allumé une lampe remplie d'huile extraite des plantes shrawana et priyangu, et dont la mèche est faite avec de la toile et des languettes de peau de serpent, on place auprès de longs morceaux de bois, ces morceaux de bois ressembleront à autant de serpents.
r. Boire du lait d'une vache blanche qui a un veau blanc à ses pieds est de bon augure, donne bonne renommée et conserve la vie.
s. Les bénédictions propitiatoires de vénérables Brahmanes ont le même effet.
Il y a aussi quelques versets, pour conclusion :
“ C'est ainsi que j'ai écrit en peu de mots la Science d'amour, après avoir lu les textes d'anciens auteurs, et en observant les moyens de jouissance y mentionnés. ” “ Celui qui connaît bien les véritables principes de cette science prend conseil de Dharma, Artha, Kama, ainsi que de sa propre expérience et des enseignements d'autrui, et il n'agit pas simplement au pré de sa fantaisie. Quant aux erreurs dans la science d'amour que j'ai mentionnées au cours de cet ouvrage, de ma propre autorité comme auteur, je les ai, immédiatement après, soigneusement censurées et prohibées. ” “ Un acte ne doit jamais être excusé pour la simple raison que la science l'autorise ; car il faut bien se rappeler que, dans l'intention de la science, c'est seulement dans des cas particuliers que ses règles sont applicables. Après avoir lu et médité es ouvrages de Babhravya et d'autres anciens auteurs, et bien examiné le sens les règles par eux édictées, Vatsyayana a composé les Kama Sutra, conformément aux préceptes de la Sainte Ecriture, pour le bénéfice du monde, alors qu'il menait la vie d'un étudiant religieux et qu'il était totalement absorbé dans la contemplation de la divinité. ” “ Cet ouvrage n'a pas été fait pour servir de simple instrument à satisfaire nos désirs. Une personne qui, possédant les vrais principes de cette science, cultive avec soin son Dharma, son Artha et son Kama, et tient en considération les pratiques du peuple, est sûre d'arriver à maîtriser ses sens. ” “ En résumé, une personne intelligente et prudente, qui s'occupe de Dharma et d'Artha, et aussi de Kama, sans devenir l'esclave de ses passions, réussira dans toute chose qu'elle pourra entreprendre. ”
FIN DES KAMA SUTRA