In Libro Veritas

Saisons

Par richard gehenot

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L'été


- C’est inévitable, je ne veux pas endiguer le printemps. Je peux l’accélérer pour qu’il grandisse. Je suis ici pour décider du destin de notre cité. Le printemps disparaîtra. Pour cela l’été doit arriver pour contre-carrer le pouvoir du « premier temps ».
 
C’est l’épanouissement de l’été. Le soleil devient plus ardent, sans l’eau bienfaitrice d’une source les végétaux se dessèchent. Les oiseaux s’éloignent au loin pour chercher un refuge dans les montagnes plus accueillantes. Les insectes périssent par manque d’humidité. Jonchet souffre de la chaleur. 

Le jour semble durer une éternité. Aceh transforme ses bras en immenses racines. Elles s’enlacent douloureusement autour de Jonchet pour lui voler l’énergie vitale du printemps. L’été souffle son air chaud sur la cité. Les habitants se réfugient au cœur de leurs villas. Ils ont peur, les végétaux ont poussé rapidement pour offrir leur première graine. 

Les habitants osent sortir, ils découvrent le blé. La chaleur n’est pas aussi torride. Les citadins les plus courageux osent toucher cette manne. Elle représente la vie, le renouveau. Jonchet hurle, la poussière entre dans ses narines. Il puise au fond de son désespoir pour lutter contre la chaleur. 

Sa main se transforme en une puissante racine. Il creuse profondément la terre à la recherche d’une source. Les habitants ne sont plus sous l’influence de leur roi maléfique.

Les derniers habitants sortent de leur logis. Les gardes sont tous devenus des végétaux figés dans des postures équilibrées. Certains offrent de la nourriture que les habitants dégustent avec plaisir. Les épices étaient leur unique plat de subsistance. Ils observent avec crainte les deux titans bataillant lentement pour un pouvoir ultime. Les gens ne comprennent pas cet acharnement. 

La lenteur du combat leur permet de découvrir l’agriculture. Les épouses voient leur ventre s’arrondir pour donner naissance à des enfants. Les nouveaux parents ne comprennent pas ce qu’ils leur arrive. Ils ne vieillissaient jamais, leur roi les préservaient de la mort. 

Les enfants grandissent pour oser braver l’interdit de leurs parents. Ils se baignent dans la rivière proche. Jonchet l’a fait surgir du sol pour hydrater les êtres vivants. La fraîcheur de son eau est une sensation extraordinaire pour ces créatures cloîtrées dans une cité froide. Les murs de la cité explosent, les premiers colons s’installent autour des murs en ruine. Les terrains sont riches, propices aux cultures. 

Jonchet pénètre plus profondément dans le sol. L’eau glacée coule dans ses veines pour surgir à la surface. Les végétaux s’en enivrent pour croître et se multiplier d’avantage. Aceh dépité lance un cri vers le soleil ardent. Sa main de pierre s’effile pour devenir un long trait d’argent. 

Le long filin argenté touche le soleil. Aceh crie, la chaleur se propage dans toutes les ramures de son corps. Ses pieds s’arrachent du sol, les végétaux qu’il touche se transforment en torche ardente. L’incendie fait rage, les hommes tentent en vain de lutter contre le feu. Les flammes lèchent le ciel, de longs panaches de fumée voilent le firmament. Les enfants terrorisés se réfugient dans les villas. Aceh crie, sa victoire est certaine.

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