A la surface !
Une onde légère ride la surface de l’eau. Colorés, vifs, les rayons du soleil explosent dans les fines gouttelettes soulevées par le vent. Elles retombent en une pluie éclatante à la surface de l'océan. Cette beauté étincelante meurt dans l’anonymat le plus complet sans avoir trouvé un public attentif. L’horizon n’est qu’un mur d’eau infranchissable.
Lisse, éternellement arrondi, il suit les contours du globe terrestre Le vent se lève brusquement en poussant vers l’avant un amoncellement d’algues. Sur l’ensemble gluant arraché à un plant séculaire s’accroche une graine. Lasse d’être seule, elle rêve d’un terreau fertile.
L’algue lui fournit de la nourriture pour survivre. Depuis de long mois elle s'attache à ce morceau de croyance. Elle se souvient d’une époque où elle vivait dans les profondeurs, entourée d’obscurité. La graine se déployait en petits filaments au fond de l’océan. Aujourd’hui elle se trouve sur un morceau d’algue.
L’air libre est trop hostile. Il y a un phénomène étrange : une coquille a recouvert son corps exposé aux intempéries. Les filaments se sont décomposés. Elle se souvient d’une violente secousse tellurique. La graine a été emportée par un raz-de-marée. A son réveil elle se trouvait sur ce morceau d’algue géante. Elle ne savait pas ce qu’était le ciel avant. Pourquoi cette ignorance ?
Ni les tempêtes, ni le soleil n’ont réussi à la faire disparaître. Les nuages s’amoncèlent dans le ciel. Ils sont sombres, porteurs de désagréments sans limites. Le crépuscule est là tapi dans leurs ombres. Il s’étend doucement sur la surface liquide. Le décor est posé, la scène peut débuter.
La semence semble soupirer de désespoir, encore une nouvelle nuit agitée. Le vent devient plus violent. La graine est souvent ballottée par les vagues. L’algue flotte de moins en moins bien. La graine sent l’humidité s’insinuer en elle. C’est le début d’une fin inéluctable, tous ces longs mois à essayer de survivre pour se prouver que la nature n’est pas si ingrate.
Elle se replie sur elle-même pour s’abandonner aux flots rugissants en espérant retrouver un lieu similaire à son ancien habitat. Le sommeil la surprend en la plongeant dans la torpeur bienfaitrice de l’insouciance. L’algue se détache de la graine. Le fucus coule comme une pierre. Sa mission de sauvegarde est accomplie, elle peut prendre un repos éternel.
La tempête s’éternise, c’est un déchaînement de violence inéluctable. L'aube effraie la tempête. Elle se retire rapidement en laissant à l'océan un répit bien mérité. La graine se réveille sur une plage de sable fin. Est-ce là le paradis de ceux de sa race ? Elle s'interroge sur le hasard fantastique qui l'a propulsée sur cette terre émergeant de l'eau. A sa connaissance l'océan recouvre toute la terre.
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