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Hubert

Par Imago

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Table des matières
Que pensez vous de cette oeuvre ?

Acte Premier

ACTE PREMIER
 
(Le théâtre représente un salon bourgeois, de beaux meubles, une petite table destinée à prendre le thé. Des fauteuils confortables, une porte d’entrée, des fenêtres ouvertes, la pièce sent le luxe à plein nez.)
 
SCENE PREMIERE
 
EDOUARD, LE PORTIER
 
EDOUARD
Quel malheur, quel malheur !
 
LE PORTIER
Edouard, calmez votre douleur, ce ne sera qu’un mauvais moment à passer.
 
EDOUARD
Mon cher portier, c’est au dessus de mes forces et je crois que je vais m’évanouir.
 
LE PORTIER
Vous vous sentez mal ? Je pourrais aller vous chercher un verre d’eau sucrée mais je vous volerais votre rôle.
 
EDOUARD
Ne faites rien, tout est fini, je n’ai plus qu’à attendre !
 
LE PORTIER
Allez-vous m’expliquer ce qui se passe, enfin ?
 
EDOUARD
Malheureux, vous ne connaissez pas cette maison…Vous n’y êtes que depuis deux jours…
 
LE PORTIER
Je n’ai rien remarqué d’anormal. Oh, parfois la maîtresse de maison se met à hurler pendant quelques minutes mais…
 
EDOUARD
C’est ça ! Vous y êtes ! Elle se met à hurler et savez-vous pourquoi ?
 
LE PORTIER
Je suppose que quelque chose la dérange…et puis, ce ne sont pas mes affaires.
 
EDOUARD
Croyez-moi, cela pourrait bien vite le devenir… (Confidentiellement) Cette femme n’est pas nette !
 
LE PORTIER
Comment ça ?
 
EDOUARD
Je n’ai jamais vu de ma vie une mère comme elle et je ne voudrais pas être son fils. Elle le gâte, elle le choie, elle l’adore, elle l’idolâtre même ! Toute la journée je n’entends que « Hubert a fait ci, Hubert a fait ça ! », et ses actions les plus simples sont les plus grands exploits ! Quand je le vois, j’ai ordre de l’appeler Son Altesse, quand il parle, il dit nous !
 
LE PORTIER
Je sais tout ça, Edouard…
 
EDOUARD
Oui, vous le savez…
 
LE PORTIER
Hé bien, je ne comprends pas.
 
EDOUARD
Ce matin, il est arrivé dans la cuisine, il a commencé à me parler et il m’a dit que sa mère l’étouffait et…
 
LE PORTIER
Calmez-vous.
 
EDOUARD
Il m’a dit qu’il voulait partir ! Comment je vais dire ça à sa mère ? Comment ? Quel malheur, quel malheur, quel malheur !
 
LE PORTIER
Vous vous mettez dans un état… Je vais aller lui dire moi-même si vous voulez.
 
EDOUARD
Non, car en tant qu’employé de maison fidèle, je me dois d’assurer mon devoir.
 
Bruits de pas.
 
LE PORTIER
C’est madame qui se lève, je m’en vais, courage, Edouard !
 
 
 
SCENE II
 
 EDOUARD, ANNE-MARIE
 
Anne-Marie entre, silencieuse, elle ne sourit pas. Elle est habillée de noir et avance doucement, le silence est total.
 
ANNE-MARIE, après un moment
Edouard, fermez les fenêtres. La lumière du jour arrive jusqu’ici.
 
EDOUARD
Bien, madame.
 
Il ferme les fenêtres, la lumière baisse.
 
ANNE-MARIE
Est-il arrivé quelque malheur aujourd’hui ?
 
EDOUARD
Pas que je sache.
 
ANNE-MARIE
N’y a-t-il pas eu la moindre catastrophe ? Un accident d’avion, un naufrage, un attentat ?
 
EDOUARD
Rien de tout cela, madame.
 
ANNE-MARIE
N’a-t-on pas annoncé un meurtre à la radio aujourd’hui ?
 
 
EDOUARD
Non, madame.
 
ANNE-MARIE
Etrange. En êtes-vous sûr ?
 
 
EDOUARD
Tout à fait sûr.
 
ANNE-MARIE
Mon fils, Hubert vous a-t-il demandé quelque chose ce matin ?
 
EDOUARD
Il m’a parlé…
 
ANNE-MARIE
Que vous a-t-il dit ?
 
EDOUARD
Euh…beaucoup de choses…
 
ANNE-MARIE
Racontez-moi tout…
 
EDOUARD
Madame, je ne pense pas que…
 
ANNE-MARIE
Parlez.
 
EDOUARD, à part
On va adoucir… (à part) Votre fils désire…
 
 
ANNE-MARIE
Accordé.
 
EDOUARD
…se marier.
 
Anne-Marie ouvre de grand yeux, sa respiration est saccadée, elle panique.
     
ANNE-MARIE
Mon fils…on m’enlève mon fils…Qui ? Qui me l’enlève ? Je veux savoir, je veux savoir ! Qu’on m’apporte son téléphone portable ! Je veux tous les messages, à l’instant ! Portier !
 
LE PORTIER, entrant
Oui, madame ?
 
ANNE-MARIE
Allez prendre le téléphone portable de mon fils, vite !
 
LE PORTIER
Madame, c’est sa vie privée et je ne pense pas que…
 
ANNE-MARIE
On ne vous demande pas de penser ! Dépêchez-vous ! (Le portier sort en courant) Ah quel malheur ! Mon fils, partir ! Je préfère encore mourir ! Ce monde est maudit, la mort est partout, elle me cherche…
 
EDOUARD
Madame, vous allez bien ?
ANNE-MARIE
Selon toi, idiot ?
 
LE PORTIER, revenant
Madame, il y a à la porte une jeune fille qui désire voir votre fils.
 
ANNE-MARIE
Quoi ?! (plus calme) Faites-là entrer. Edouard, laissez-nous.
 
 
 
SCENE IV
 
SANDRA, ANNE-MARIE
 
SANDRA
Bonjour Madame.
 
ANNE-MARIE
Bonjour, ayez l’obligeance de me dire qui vous êtes.
 
SANDRA
Je m’appelle Sandra.
 
ANNE-MARIE
 Asseyez-vous Sandra.
Elle la fait asseoir de façon à ce qu’elle se trouve au dessus d’elle, la dominant.
 
ANNE-MARIE, froide
Alors comme ça, vous connaissez Hubert ?
 
SANDRA
Oui, cela fait longtemps que nous nous connaissons…
 
ANNE-MARIE, très sèche
Justement, depuis quelques temps, je m’aperçois qu’il est de moins en moins à la maison. Je suppose qu’il passe ses journées en votre compagnie.
 
SANDRA
Nous passons de bons moments ensemble, c’est vrai.
 
ANNE-MARIE
Et…vous ne trouvez pas cela…inconvenant ?
 
SANDRA
Non, madame, nous ne faisons rien de mal.
 

ANNE-MARIE
Je l’espère ! Néanmoins, passer tout son temps en compagnie de mon fils…
 
SANDRA
C’est normal quand de tels sentiments nous rapprochent.
 
ANNE-MARIE, effarée
De tels sentiments !
 
SANDRA
Eh bien, oui, Hubert et moi, nous sortons ensemble depuis huit mois.
 
ANNE-MARIE, furieuse
Ah, c’est donc ça !
 
SANDRA
Il ne vous l’a pas dit ?
 
ANNE-MARIE
  Non, il ne me l’avait pas dit !
 
SANDRA
Je ne comprends pas, cela a l’air de vous mettre en colère.
 
ANNE-MARIE, avec un sourire forcé
En colère ? Mais pas du tout, au contraire !
 
SANDRA
Dans ce cas, je suis heureuse. J’avais bon espoir, vous savez, que vous m’accepteriez… (Anne-Marie se lève.) Où allez-vous ?
 
ANNE-MARIE
Je vais voir mon fils puisque de temps en temps, vous acceptez que je le voie !
 
SANDRA
Ne vous fâchez pas, madame…
 
ANNE-MARIE
C’est vous qui bientôt, aurez des raisons de vous fâcher.
 
SANDRA
Pourquoi cela ?
 
 
ANNE-MARIE
Parce que mon fils va se marier !
 
SANDRA, troublée
Pardon ?
 
ANNE-MARIE
Vous avez bien entendu.
 
SANDRA
Madame, pourquoi me faire de la peine ? Si Hubert voulait me quitter et se marier, il me l’aurait dit !
 
ANNE-MARIE
On dirait qu’il ne vous dit pas tout. Ce matin, il m’a dit qu’il était impatient de se marier. Sur ce, je vous souhaite une bonne journée.
 
SANDRA
Madame, si vous le permettez, je vais aller trouver Hubert.
 
ANNE-MARIE
Je comprends votre déception…c’est terrible, n’est-ce pas ? La vie est injuste mais elle est faite ainsi.
 
SANDRA
Nous avons tous droit au bonheur, je vous le prouverai.
 
Elle sort.
 
 
 
 
SCENE V
 
ANNE-MARIE, puis HENRI et HUBERT (tous deux hors scène) puis EDOUARD
 
ANNE-MARIE, seule
Est-ce qu’elle dit vrai ? Non, je refuse de le croire ! C’est vrai, j’aime être malheureuse, qu’on me laisse dans mon malheur ! Mon fils fréquente des filles qui se sont pas de son rang, il l’a trouvé tout seul, ce n’est pas ma faute ! Je trompe mon mari, mais s’il s’occupait de moi, ça n’arriverait pas ! Ce n’est donc pas ma faute ! C’est moi qui subis ! C’est moi la victime ! Ce monde est pourri en profondeur et rien ne peut le changer.
Ah tu veux te marier ! Ah tu veux me laisser seule ! Tu vas voir ! Tu vas te marier ! Tu ne vas pas être déçu ! Si tu me quittes, je meurs et si je meurs, tu meurs aussi ! Mon amant, Léon, est, comme on dit, un maffieux de la pire espèce et… Lorsqu’il veut se débarrasser d’un homme, il le marie avec sa fille, un jalouse, une perverse ! Si elle soupçonne le moindre écart de son mari…elle sait ce qu’elle a à faire. Mais il y a encore un obstacle à mon terrible projet…mon mari connaît Léon et il n’acceptera pas le mariage. Je vais lui écrire : (Elle va chercher du papier sur la table et écrit) Mon doux Léon, mon fils désire se marier, votre fille me semble toute indiquée pour le sort que je lui réserve…et je signe.
 
HENRI, hors scène, appelant
Anne-Marie ! Où es-tu, ma chérie ?
 
ANNE-MARIE, à part
Tiens, mon mari ! (haut) Dans le salon !
 
HENRI
Lequel, celui de l’aile gauche ou celui de l’aile droite ?
 
ANNE-MARIE
Celui du milieu !
 
HENRI, à Hubert, toujours hors scène
Hubert, mon fils, où sommes-nous ?
 
HUBERT
Nous sommes dans la grande galerie, papa.
 
HENRI
Oui mais par rapport à elle, où sommes-nous ?
 
 
HUBERT
Nous sommes à l’opposé, papa.
 
HENRI
Foutre Dieu.
 
HUBERT
Puis-je te suggérer d’utiliser ton téléphone portable ?
 
HENRI
Excellente idée Hubert !
 
Sonnerie de téléphone portable, Anne-Marie en sort deux et en décroche un.
     
ANNE-MARIE
Allô ?
 
HENRI, d’un ton mielleux
Chérie…
 
ANNE-MARIE, excédée
Oui… ?
 
HENRI
C’est ton canard en sucre…
 
ANNE-MARIE
Oui…
 
HENRI
Que fais-tu ?
 
ANNE-MARIE
Je prépare le mariage de notre fils.
 
HENRI, étonné
Le quoi ? Je te rejoins tout de suite. (Il raccroche)
 
ANNE-MARIE, seule
Je ne veux pas le voir. J’attends que Hubert soit seul.
 
Elle sort. Entrent Hubert, Henri et Edouard.
 
EDOUARD
C’est ici…
 
HUBERT, entrant, à Henri
Papa, je crois que j’ai trouvé le salon !
 
 
HENRI, entrant à son tour
Le salon de maman.
 
HUBERT
Oui.
 
HENRI
Maman n’est pas là.
 
HUBERT
Non.
 
HENRI, sortant
Quelle maison de fous, ici !
 
EDOUARD, à part
Monsieur m’a l’air préoccupé aujourd’hui. Au moins, il ne me demandera pas de nettoyer cet immense appartement tout seul, je vais pouvoir dormir, cette nuit.
 
SCENE VI
 
HUBERT, EDOUARD,
 
HUBERT
Norbert, mais qu’est-ce que c’est que ça ? Cette pièce est dans un état lamentable ! Regardez, (il jette un journal à terre) il y a un journal par terre, (il dérange les chaises) les chaises ne sont pas rangées, (il renverse le thé) et il y a du thé sur la table ! Ce soir, c’est mon mariage
 et c’est ma maison ! Et tu veux qu’on le fête dans une porcherie pareille ? Tu as peut-être gâché ta vie mais tu ne gâcheras pas la mienne !
 
EDOUARD
Mais monsieur…
 
HUBERT
Silence, quand je parle, on ne t’a jamais appris le respect ? Pour te punir de ton insolence, Nestor, tu vas nettoyer tout l’appartement avant ce soir, et quand je dis, on fait !
 
EDOUARD
Bien, monsieur… (Hubert émet un grognement) Votre Altesse…
 
HUBERT
Et si ce soir, ce n’est pas fait, gare à toi !
 
 
SCENE VII
 
HUBERT, puis LE PORTIER (par instants)
 
HUBERT, seul
Noblesse…Pouvoir…Luxe…les seules choses qu’un homme devrait rechercher ? Ces choses là, on me les donne, je les prends mais je ne dis pas merci. Car sans elles, je serais un homme heureux et satisfait. Sans limite, l’homme est condamné à tout faire jusqu’à trouver cette limite et s’il ne la trouve pas, il continue… Ici, tout le monde m’obéit, je n’ai qu’à ordonner ! (Il claque des doigts) Portier !
 
LE PORTIER, entrant
Oui, votre Altesse ?
 
HUBERT
Ouvrez la porte.
 

LE PORTIER
A vos ordres, votre Altesse.
 
Il ouvre la porte puis fausse sortie.
 
HUBERT
Non, finalement, referme-la.
 
LE PORTIER, revenant
Puisque monsieur le veut…
 
Il la referme.
HUBERT
Maintenant, vas t-en, ta présence m’indispose.
 
LE PORTIER
Je m’en vais, votre Altesse.
 
Il sort.
 
HUBERT, seul
Vous voyez ce que je veux dire ? Je le ferais allonger par terre pour jouer à saute-mouton qu’il le
 ferait, ce pauvre homme !  Et pourtant, tout ce pouvoir dont je jouis, tous ces privilèges qu’on m’accorde, ce sont ceux de mes parents et pas les miens ! Je n’ai pas de fortune, je dois donc en avoir une avant demain ! Et pour cela, je dois me marier.
 
 

 
 
 
SCENE VIII
 
HUBERT, ANNE-MARIE puis EDOUARD
 
ANNE-MARIE
Hubert, te voilà.
 
HUBERT
Maman, j’ai quelque chose à te dire.
 
ANNE-MARIE
Oui, je sais, tu veux te marier, n’est-ce pas ?
 
HUBERT
Je le veux.
 
ANNE-MARIE
Que t’ai-je fait ?
 
HUBERT
Rien du tout.
 
ANNE-MARIE
Alors pourquoi veux-tu te marier si je ne t’ai rien fait du tout ?
 
HUBERT
Pour devenir riche, comme mon père.
 
ANNE-MARIE
Ton père est un raté.
 
HUBERT
Je sais maman mais il est riche, je veux l’être aussi.
 
ANNE-MARIE
Et quand tu seras riche, que feras-tu de ta vie ?
 
HUBERT
Je deviendrais plus riche encore.
 
ANNE-MARIE
Et quand je mourrai, que feras-tu ?
 
HUBERT
Je pleurerai.
 
ANNE-MARIE
Non, tu mourras.
 
HUBERT
Oui, maman.
 
ANNE-MARIE
Tu songes toujours à te marier ?
 
HUBERT
Oui.
 
ANNE-MARIE
Dans ce cas, j’ai un très bon parti pour toi : Marie-Chantal-Bérénice de la Haute Vallée. L’épouseras-tu ?
 
HUBERT
Je ferai ce que tu voudras, pourvu que je me marie.
 
ANNE-MARIE
Tu as fait le bon choix…son père va arriver bientôt, je vais le contacter. Edouard !
 
EDOUARD, entrant
Madame ?
 
ANNE-MARIE
Portez ceci à l’adresse habituelle et priez-le de venir.
 
EDOUARD
Oui, madame. (à part) C’est pour l’amant, je vais le donner au mari, il paye bien ! (Il sort)
 
ANNE-MARIE
Je te laisse, Hubert. Au fait, une jeune fille est venue, elle te cherche. Retrouve-la. Elle sera ravie de savoir que tu te marie. (Elle sort)
 
 
SCENE IX
 
HUBERT puis SANDRA
 
Ah, c’est sûrement Sandra. Il est certain que si je me marie, je dois rompre avec Sandra et depuis ce matin, cette question me torture l’esprit : L’amour ou l’argent ? (Il réfléchit un instant) L’argent, évidemment ! Qu’est-ce que l’amour après tout ? Rien. Les hommes aiment mais ils ne sont pas satisfaits, ils changent de femme tous les dix ans…ou tous les dix jours… ! Les femmes nous trompent et nous trompons les femmes !
Quoi de plus normal puisque le monde est bien fait ? En tout cas, ma décision est prise, je vais quitter Sandra mais comment lui dire ça ? J’hésite… « Sandra, je t’aime beaucoup, mais les affaires m’obligent à… » Non, cela ne va pas ! Il faut lui dire le truc carrément ! « Sandra, je suis désolé mais ton cœur ne vaut pas deux cent millions d’euros » ! Oui, c’est bien ça…
 
Sandra entre, elle est de dos à Hubert et pendant qu’il réfléchit, elle s’approche de lui et lui touche l’épaule, il sursaute violemment.
     
SANDRA
Mon bon Hubert, mon petit Hubert…
 
HUBERT, à part
Son petit Hubert, ça commence bien !
 
SANDRA
Tu ne m’embrasses pas ?
 
HUBERT, embarrassé
Non, non, je suis malade et je ne veux pas que…
 
SANDRA
Mais le cœur y est ?
 
HUBERT
Oui, oui, le cœur y est…
 
SANDRA
Hubert, j’ai une terrible nouvelle…ta mère m’a dit que tu te mariais ! (Elle sanglote) Est-ce que c’est vrai ?
 
HUBERT
C'est-à-dire que…parfois les affaires nous poussent à…enfin ! Oh, et puis tant pis, je vais te le dire clairement : « Sandra, je t’aime beaucoup mais ton cœur ne vaut pas deux cent millions d’euros… »
 
SANDRA
Ah, c’est comme ça ! L’argent est-il donc la seule chose qui compte pour toi ?
 
HUBERT
Laisse-moi réfléchir…oui, je crois bien !
 
SANDRA
Eh bien, garde-le ! C’est ça que je n’aime pas chez toi, comme ta manière de te vanter !
 
HUBERT
Ca, par exemple, je ne me vante pas !
 
SANDRA, d’un ton neutre
Tu me mens. Je le vois bien, tu ne m’aimes plus.
 
HUBERT
Savons-nous vraiment ce que c’est qu’aimer ?
 
SANDRA
Je croyais que tu le savais. Tu as dû oublier, le bel oiseau majestueux que tu étais est devenu un vieux corbeau qui ne sait plus que voler au dessus des règles et des serments. Mais là-haut, tu ne trouveras rien. Moi, je suis en bas et je compte y rester, adieu puisque tu l’as voulu.
 
Elle sort, il reste un long moment bouche bée puis se retourne vers le public et hausse les épaules d’un air piteux.
 
HUBERT
Bon, bah, tant pis.
 
Il sort.
 
SCENE X
 
HENRI, EDOUARD
 
HENRI, essoufflé
Arrêtons de courir.
 
EDOUARD
Je suis on ne peut plus d’accord avec monsieur.
 
HENRI
Anne-Marie est partout sauf où je la cherche, je vais donc attendre ici, elle finira bien par passer par là. Merci de m’avoir donné ce message, voilà pour toi. (Il lui donne un billet de cent euros)
 
EDOUARD
Merci beaucoup, monsieur.
 
HENRI
J’en ai plus qu’assez de faire semblant.
 
EDOUARD
Monsieur a bien raison.
 
 
HENRI
Et je veux sauver mon fils.
 
EDOUARD
Monsieur a également raison.
 
HENRI
Va chercher Anne-Marie, je vais tout lui dire. Il est inutile d’être hypocrite et de dire oui à tout…
 
EDOUARD
Là, monsieur a tort.
 

HENRI
Et pourquoi ça ?
 
EDOUARD
Parce que l’hypocrisie est un vice utile, tenez, moi par exemple…si je disais tout ce que je pensais…
 
HENRI
Qu’aurais-tu à dire ?
 
EDOUARD
Rien du tout.

 
HENRI
Rien ?
 
EDOUARD
Rien.
 
HENRI
Alors tais-toi et va chercher Anne-Marie.
 
 
EDOUARD
A vos ordres.
 
Il sort.
 
HENRI, seul
Traîtresse ! Pourtant tout allait bien, j’étais sûr que tout allait bien ! Oh, je savais qu’elle me trompait mais pas qu’elle s’en prenait à mon fils ! Heuresement que j’ai ouvert cette lettre. Je connais la fille de réputation ! Mariée trois fois, veuve trois fois…à vingt et un ans ! Anne-Marie a gâché ma vie, elle m’a fait cocu, riche et…enfin, elle m’a tout de même fait cocu ! Oh, j’aurais dû faire comme mon frère et partir en Amérique du Sud ! Je misais tout sur mon fils et elle va le corrompre lui aussi ! Oh, mais j’y pense ! N’avait-il pas une petite amie ? Si tel est le cas, je peux sauver Hubert !
 
 
SCENE XI
 
HENRI, ANNE-MARIE
 
ANNE-MARIE
Que veux-tu encore, Henri ? Je suis en train de préparer le mariage !
 
HENRI
Ca ! Pour le préparer ! Tu l’as bien préparé !
 
ANNE-MARIE
Qu’est-ce que tu as ?
 
HENRI
Ecoute, tu peux me tromper, m’humilier, me manipuler, comme tu le veux, je suis à toi, mais ne touche pas à mon fils !
 
ANNE-MARIE
Ton fils ? Ton fils ? C’est le mien !
 
HENRI
Nous l’avons fait ensemble, je te rappelle.
 
ANNE-MARIE
Tu n’as pas fait grand-chose.
 
HENRI
J’ai fait ce qu’il fallait, à présent, j’en assume les conséquences. Mon fils n’épousera pas cette femme.
 
ANNE-MARIE
Mon fils l’épousera.
 
HENRI
Il ne l’épousera pas. Sais-tu comment elle s’appelle ?
 
ANNE-MARIE
Ah, je vois, c’est parce c’est la fille de Léon que tu changes soudain d’avis, n’est-ce pas ?
 
HENRI
Ne me parle pas de Léon ! Cet homme est dangereux et tu le sais.
 
ANNE-MARIE
C’est parce que je couche avec lui que tu dis ça !
 
HENRI
Non, c’est parce que c’est un maffieux ! Tu crois que je ne le sais pas ? Sa fille a déjà été mariée trois fois, on n’a jamais su ce qu’étaient devenus les maris précédents. Cet homme le tuera !
 
ANNE-MARIE
Hubert est destiné à mourir.
 
HENRI
Tu es folle !
 
ANNE-MARIE
Oui, je suis folle et tu ne peux plus rien y faire.
 
HENRI
Hubert a une petite amie, il n’acceptera jamais de se marier.
 
ANNE-MARIE
Non, il l’a quitté, c’est fini.
 
HENRI
Je m’opposerai au mariage.
 
ANNE-MARIE
La machine est en route et tu ne peux plus l’arrêter. (Apercevant Léon et sa fille) Voilà Léon qui arrive, tu l’expliqueras avec lui.
 
HENRI
Léon, mais il n’a pas reçu la lettre !
 
 
 
ANNE-MARIE
J’étais sure que tu l’intercepterais. Je suis allée le voir. Il sait tout.
Elle sort.
 
SCENE XII
 
HENRI, LEON, MARIE-CHANTAL-BERENICE puis LE PORTIER
 
LEON, personnage à accent maffieux prononcé
Tiens, un vieil ami !
 
HENRI, ironique
Léon, tu ne peux pas savoir comme je suis content de te voir…
 
LEON
Tu ne t’attendais pas à ça, n’est-ce pas ?
 
 
HENRI
Je dois admettre que non, tu m’as pris ma femme et maintenant tu me prends mon fils.
 
LEON
Comme quoi, c’est toujours les mêmes qui payent, hein, vieux frère ! Je te présente ma fille, Marie-Chantal-Bérénice.
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE
Monsieur, je ne suis pas enchantée.
 
HENRI, ironique
Elle est mignonne…
 
LEON
Sois poli, Henri, elle un caractère trempé.
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE
Monsieur, je ne vous aime pas du tout.
 
HENRI
Je suis flatté…
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE
Et je tiens à vous dire que ce mariage est purement un mariage d’intérêt.
 
HENRI
Votre intérêt, si je puis dire…
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE
Par contre, sachez que je suis très jalouse.
 
LEON
Ah c’est sûr, quand une femme la gêne, la balle part toute seule !
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE
C’est comme le jour où j’ai appris que Richard couchait avec une autre et que je suis monté dans sa chambre pour le flinguer, il dormait sous sa couverture et j’ai vidé mon chargeur dans le lit. Et que c’était la fille !
 
LEON
Qu’est-ce qu’on avait ri !
 
 
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE
Le pauvre Richard, il a dû faire une de ces têtes quand il est rentré !
 
HENRI, à part
Ils sont fous, fous !
 
LEON
Enfin, pour l’instant, ce n’est pas le sujet. Alors Henri, le mariage, c’est pour ce soir ! J’espère que tout va bien pour le mariage ? Il n’y pas d’empêchement ?
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE, sortant son pistolet
Sinon, on peut régler ça tout de suite.
 
LEON
Range ça, ce n’est pas quelque chose à montrer dans la bonne société.
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE
Oui, tu as raison papa. (Elle le range)
 
HENRI
Non, tout est prêt, pas de problème…
 
LEON
Tout va bien alors, je savais qu’on pourrait s’entendre.
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE, à Henri
Je rentrerai au moment où vous m’annoncerez et pas de blagues !
 
Léon et sa fille sortent.
 
HENRI, seul
Personne ne peut donc arrêter ça ? Il n’y a plus d’espoir pour mon fils ? Mais si ! Sa petite amie ! Sonia ou…Sandra, c’est ça ! Si je pouvais la trouver ! Portier !
 
LE PORTIER, entrant
Monsieur, que désirez-vous ?
 
HENRI
Connaissez-vous une jeune fille du nom de Sandra ?
 
LE PORTIER
Elle est venue tout à l’heure mais je crois qu’elle est partie.
 
HENRI
Rattrape-la, je te donnerai cent cinquante euros !
 
LE PORTIER
Pour ce prix là, je ne discute pas !
 
HENRI
Dépêche-toi !
 
Le portier sort en courant.
 
SCENE XIII
 
HENRI, EDOUARD puis LEON, ANNE-MARIE puis  HUBERT puis MARIE-CHANTAL-BERENICE
 
 
HENRI
Allons, Edouard, dépêchons, des sièges pour signer le contrat ! Des boissons pour nos invités et de la bonne humeur !
 
Edouard amène des sièges supplémentaires, sort en revient avec un plateau chargé de verres à pied, peu après, Léon et Anne-Marie entrent chacun d’un côté.
 
ANNE-MARIE
Léon, mon amour !
 
Elle lui saute au cou et l’embrasse, ou pas, selon le goût du metteur en scène.
 
LEON
Anne-Marie te voilà ! Et voici venir mon gendre !
 
Hubert entre.
 
HUBERT
Bonjour monsieur, monsieur…
 
LEON
Léon, ravi de vous connaître, Hubert.
 
ANNE-MARIE
Asseyons-nous. (Tout le monde s’assoit sauf Edouard.) Avant de signer le contrat, Léon a quelque chose à te dire, Hubert.
 
HUBERT
Je vous écoute.
 
LEON
Pour sceller notre union, je vous ai offert à vous et à ma fille tout un club de vacances au Brésil.
 
HUBERT
Oh, vous n’auriez pas dû…
 

LEON
Cela vous plaît ?
 
HUBERT
Tout à fait, je vous remercie.
 
ANNE-MARIE
Voyons la fiancée !
 
HUBERT, à part
Espérons qu’elle soit riche !
 
Marie-Chantal-Bérénice entre, elle a un air sérieux et digne, Hubert la regarde en faisant la grimace.
 
HENRI
Présentez-vous.
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE
Marie-Chantal-Bérénice de la Haute Vallée.
 
HENRI, à part
De la Haute Vallée ? Mais c’est qu’elle ment en plus !
 
HUBERT
Qui êtes-vous ?
 
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE
J’ai mille euros sur mon compte bancaire.
 
HUBERT
Sortez, paysanne !
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE
Enfin, par jour…
 
HUBERT, se ravisant
Quand partons-nous ?
 
LEON
Partons tout de suite, votre domestique a dû préparer un jet.
 
HUBERT
C’est juste. Norbert, Norbert !
 
ANNE-MARIE
Eh bien, Edouard, on vous appelle !
 
EDOUARD
Oui, monsieur ?
 
HUBERT
Quel jet avez-vous préparé ?
 
EDOUARD
J’ai préparé le bleu, monsieur.
 
HUBERT
Eh bien, nous prendrons le rouge !
 
Hubert sort avec Marie-Chantal-Bérénice au bras, Léon les suit ainsi que Edouard.
 
     
HENRI, à sa femme
As-tu vu ce que tu as fait ?
 
ANNE-MARIE
Laisse-moi, Hubert est parti et il ne reviendra pas…
 
HENRI
Tu as tué ton propre fils !
 
ANNE-MARIE
Non ! Car si je meure, je veux qu’il meure avec moi… ma fin est prochaine…elle arrive…
     
     
SCENE XIV
 
HENRI, ANNE-MARIE, LE PORTIER, SANDRA
 
LE PORTIER
Monsieur, j’ai fait aussi vite que j’ai pu…
 
ANNE-MARIE
Sandra ! Tu arrives trop tard ! Hubert est déjà parti, son destin l’attend ! Le mien est déjà là ! (Elle sort un pistolet et se l’applique sur la tempe)
 
HENRI
Anne-Marie, ne fais pas ça !
 
SANDRA
Madame, non, ne tirez pas !
 
 
 
ANNE-MARIE
Pauvres fous ! Vous ne pouvez plus rien pour moi ni pour lui, Hubert disparaîtra avec moi, adieu, vivants ! Je vais rejoindre le monde inconnu des morts ! (Elle tire et s’effondre par terre, elle peut le faire sur scène ou dans les coulisses.)
 
HENRI
C’est fini.
 
SANDRA
Quelle tragédie ! Que s’est-il passé ? Où est Hubert ?
 
 
HENRI
Il est au Brésil ! Mais où exactement ? (Il fouille Anne-Marie et découvre un plan) Voilà, j’ai trouvé ! Vite, Sandra, ils partent demain, il nous reste très peu de temps, vous êtes majeure ?
 
SANDRA
Oui.
 
HENRI
Alors vous allez m’accompagner, nous allons arracher Hubert à son destin !
 
SANDRA
Je vous suis !
 
HENRI
L’aimez-vous toujours ?
 
SANDRA
Toujours.
 
HENRI
Alors, ne perdons pas un instant !
 
Ils sortent.
 
LE PORTIER, seul
Et moi, on me laisse là, tout seul…Edouard est parti, je vais devoir faire tout le ménage ! Je vais avertir la police du suicide de madame et l’enterrer. J’espère de tout cœur qu’il n’y aura pas d’autres morts.

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