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Hubert

Par Imago

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Table des matières
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Acte Second

(Le théâtre représente le hall d’entrée d’un hôtel. Au fond, à droite, la réception. A gauche, un bar avec ses tabourets, à l’avant-scène, à gauche, une porte donnant sur la rue. Entre la réception et le bar, au fond, une porte donnant sur les cuisines et à droite, un couloir mène aux chambres.)
 
SCENE PREMIERE
 
PAULO, YASMINA
 
Ils entrent sur scène, complètement ivres, dansant bêtement.
     
PAULO
Encore de la vodka !
 
YASMINA
Non…ce ne serait pas…raisonnable…
 
PAULO
Ah, Yasmina, elle est bourrée !
 
YASMINA
Mais non, je suis pas bourrée !
 
PAULO
Si, t’es bourrée !
 
YASMINA
Mais non, euh !
 
PAULO
Qu’est-ce que tu vas faire quand monsieur Hubert va arriver ?
 
YASMINA, sortant une vodka
Lui proposer une vodka !
 
PAULO
S’il en reste ! Envoie !
 
YASMINA
Attrape-la ! Attrape-la !
 
PAULO
Donne-la moi et je t’embrasserai !
 
YASMINA
Dis plutôt que si tu l’attrapes, tu me supplieras de t’embrasser !
 
PAULO
Je m’en fiche parce que… (il va au bar et prend de l’eau-de-vie) J’ai de l’eau-de-vie !
 
YASMINA
Oh, t’as pas le droit ! C’est au patron !
 
PAULO
Il ne le saura pas !
 
YASMINA
Et si je lui disais ?
 
PAULO
Je lui dirai que tu as pas payé ce que tu viens boire tous les jours depuis deux mois !
 
YASMINA, charmeuse
Tu oserais faire ça à ta petite Yasmina ?
 
PAULO
Non, je pourrais pas…
 
YASMINA
Alors comme ça, le nouveau patron arrive ce soir ? Il s’appelle comment ?
 
PAULO
Hubert de la Haute Cour.
 
YASMINA
Tu crois qu’il aime s’amuser ?
 
PAULO
Ca ne peut pas être pire que le patron de maintenant…s’il apprenait que j’ai pris son eau-de-vie… (il la débouche et commence à boire puis hurle) 
Oh, ça brûle !  (Il laisse tomber le bouchon)
 
LE PATRON, hors scène
Qu’est-ce c’est que ce boucan ?
 
YASMINA
C’est le patron, vite, cache-la !
 
PAULO, toujours en train de s’étrangler
Si j’avais…su… (Il la cache dans le bar)
 
YASMINA
Zut, le bouchon !
 
Paulo se précipite pour ramasser le bouchon mais le patron entre et il le cache derrière son dos.
 
     
SCENE II
 
PAULO, YASMINA, LE PATRON
 
LE PATRON
Et alors, est-ce qu’il y a le feu ?
 
PAULO, la gorge brûlante
Pour ça monsieur… (à part) oh, que ça brûle !
 
LE PATRON
Ca sent l’alcool par ici…
 
YASMINA
Ce sont les brésiliens qui font la fête, les vapeurs arrivent jusqu’ici…
 
LE PATRON
Et vous n’êtes pas avec eux ?
 
YASMINA
Oh non, ils sont ennuyeux. Les gitans sont plus drôles.
 
LE PATRON
Si vous le dites… (à Paulo) J’étais en train de tout vérifier avant l’arrivée de monsieur Hubert. (En parlant fort, Paulo a terriblement mal à la tête) Paulo, quelle est la couleur préférée de monsieur Hubert ?
 
PAULO
Euh…c’est le bleu ?
 
LE PATRON, hurlant
Non, non, sacré nom de nom, c’est le rouge !
 
PAULO
Et pourquoi ce changement ?
 
LE PATRON
Son avion est rouge, c’est donc le rouge.
 
YASMINA
Personnellement, j’aime beaucoup le bleu…
 
LE PATRON
Vous, on ne vous a pas sonné !
 
PAULO, à part
C’est le rouge mais qu’il arrête de crier…qu’il arrête ! 
 
LE PATRON
Maintenant répondez bien : quel est son cocktail préféré ?
 
PAULO
Son cocktail…l’américano ?
 
LE PATRON
Non ! C’est le pa-ri-sien !
 
PAULO
Comment vous savez ça ?
 
 
LE PATRON
Il vient de Paris, donc c’est le parisien.
 
PAULO
Mais c’est pas un cocktail, ça…
 
LE PATRON
Aucune importance, vous ferez un parisien, point à la ligne.
 
PAULO
Moi je suis pas cuisinière, j’suis barman.
 
LE PATRON
C’est juste. Où est Pierrette ?
 
PAULO
Je crois qu’elle est malade…elle a dû manger quelque chose d’avarié.
 
LE PATRON
Elle n’a pas le droit de se servir !
 
 
YASMINA
Monsieur, en attendant, je pourrais avoir un rhum ?
 
PAULO, à part
Mais c’est qu’elle va en profiter sans moi !
 
LE PATRON
Vous, la jeunette ivrogne, on ne vous a rien demandé ! (à Paulo) Il nous faut quelqu’un pour la remplacer. De toute façon, elle est virée, moi qui cherchait un bon motif…Quelle grosse dinde !
 
PAULO, bas au patron
Si notre chère Pierrette nous quitte, mon amie Yasmina pourrait la remplacer, pour faire un parisien, de toute manière… (à part) Et v’lan, elle n’en profitera pas sans moi !
 
LE PATRON, très ironique, à Yasmina
Un rhum, c’est ça ?
 
YASMINA
Oui, s’il vous plaît.
 
LE PATRON, à Paulo
Servez-lui un rhum, enfin !
 
PAULO
Moi, mais…
 
LE PATRON, très fort
Exécution !
 
Paulo va au bar pour servir le rhum mais il prend l’eau-de-vie et verse sans s’en rendre compte une bonne quantité à Yasmina.
 
YASMINA
Monsieur, vous êtes trop aimable…
 
Paulo apporte le verre, le patron l’observe étrangement.
     
LE PATRON
C’est étrange comme ce rhum sent l’eau-de-vie…
 
 
PAULO, à part
Et zut, je me suis trompé de bouteille !
 
YASMINA, qui avait commencé à boire
Ah, ça brûle !
 
LE PATRON
Eh bien, vous ne supportez pas le rhum ?
 
YASMINA
Ah si, très bien d’habitude…
 
LE PATRON
Bon, écoutez, vous cherchez sans doute un emploi, ça se voit à la tenue vestimentaire…
 
YASMINA, la gorge encore brûlante
Monsieur !
 
LE PATRON
Vous acceptez ? Merveilleux !
 
YASMINA
Oh non, je n’accepte pas !
 
LE PATRON
Bon, très bien...tant pis. (Il prend le verre et commence à boire.)
 
PAULO
Non, patron !
 
LE PATRON, manquant de s’étouffer
Ah ! C’est sacrément fort ! Mais… (il regarde attentivement la bouteille) C’est mon eau-de-vie ! Paulo, c’est toi qui as… ?!
 
PAULO, à part
Je suis fichu !
 
YASMINA
Non, c’est moi, monsieur.
 
LE PATRON
Vous ?
 
YASMINA
Oui, moi.
 
LE PATRON
Savez-vous combien cette bouteille m’a coûté ?
 
YASMINA
Je ne préfère pas le savoir…
 
LE PATRON
Comment comptez-vous rembourser ?
 
YASMINA
Eh bien…en m’engageant comme cuisinière !
 
LE PATRON
Merveilleux, comment n’y ai-je pas pensé plus tôt ? Bienvenue parmi nous ! A présent, à vos fourneaux !

 
YASMINA
Monsieur…je dois vous dire…je ne sais pas cuisiner…
 
LE PATRON
On vous demande de faire un parisien, pas besoin de savoir cuisiner ! A vos fourneaux et que ça saute ! (Yasmina va dans les cuisines)
 
PAULO
Euh…patron, il y a autre chose…
 
LE PATRON
Quoi encore ?
 
PAULO
La serveuse…elle est en vacances !
 
LE PATRON
Comment ça ?
 
PAULO
Oui, c’est la période des vacances d’été…
 
LE PATRON
Nous sommes un club de vacances ! C’est la haute saison et elle s’en va, c’est n’importe quoi, elle est virée ! Vous me ferez sa lettre de démission.
 
PAULO
Euh…Barman…secrétaire…
 
LE PATRON
Et serveur, si on ne trouve personne ! Et oui, dans le tertiaire, il faut travailler !
 
YASMINA, ressortant des cuisines
C’est quoi la « viande recongelable d’origine douteuse » ?
 
LE PATRON
Euh…c’est pour les pensionnaires, ne servez pas ça aux clients ! Et puis, ce n’est pas le moment ! (On entend la voiture de Hubert arriver) Ah ! C’est Hubert de la Haute Cour ! Vous deux, criez son nom et acclamez-le, il ne faut pas qu’il nous vire ! Chacun pour sa peau, le voilà !
 
     
SCENE III
 
PAULO, YASMINA, LE PATRON, HUBERT, MARIE-CHANTAL-BERENICE
 
LE PATRON, YASMINA, PAULO
Hubert ! Hubert ! Hubert !
 
Hubert s’avance en les regardant d’un air supérieur, ils crient son nom puis continuent par :
     
LES MEMES
Un discours ! Un discours ! Un discours !
 
HUBERT, après avoir fait un signe de main pour les faire taire
Merci. Au revoir.
 
LE PATRON, sortant
Bravo, quelle classe, quel discours ! (à Yasmina) Retourne à tes cuisines, toi !
 
HUBERT
Quelle heure est-il, ma mie ?
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE
Je ne sais pas, il est sans doute très tard.
 
HUBERT
Je ne veux pas dormir, cette nuit me plaît.
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE
Alors reste ici, moi, je vais me coucher.
 
 
Elle sort.
     
SCENE IV
 
PAULO, HUBERT
 
HUBERT, se croyant seul
Hélas, la tragédie continue. Cet endroit semblait si gai pourtant, si vivant. Ce bar, il me semble que je l’ai déjà vu. J’ai toujours rêvé d’avoir un bar comme ça, à présent, c’est fait. Je n’ai plus de désirs, plus d’envies, tout m’est donné, je n’ai plus rien à recevoir. Ma femme est couchée. Elle ne sait pas que je n’ai pas envie d’elle, elle ne sait pas que, pour moi, seule sa fortune compte. Suis-je désespéré ? (Il s’assoit et prend la bouteille d’eau-de-vie) Si je la buvais d’un coup ? Après tout, elle est à moi, tout est à moi. (Il boit une grande gorgée puis un moment de silence) Ouah ! Ah, ça brûle ! (Il se tord de douleur sur le sol)
 
PAULO
Monsieur, vous avez bu ceci ?
 
HUBERT, s’étouffant
Selon toi ? Imbécile… 
 
PAULO
A ça, ici, les boissons, c’est fort !
 
HUBERT
Je déteste déjà ce pays, d’ailleurs je vous déteste tous.
 
PAULO
Mais alors, pourquoi êtes-vous venu ici ?
 
HUBERT
Parce que je déteste aussi tous ceux de mon pays, ils n’ont pas su me rendre heureux.
 
PAULO
Le bonheur est un truc facile à trouver, non ?
 
HUBERT
Pour toi, qui n’as rien, c’est facile. Pour moi, qui ai tout, c’est impossible.
 
PAULO
Moi j’aimerai bien devenir comme vous, un jour, j’aurai une grande baraque, un beau jardin…
 
HUBERT
Tu es fou.
 
PAULO
Oui, un peu.
 
HUBERT
Est-ce que dans ce pays, on est heureux ? Que fait-on toute la journée pour se divertir ?
 
PAULO
On chante, on danse, on écoute de la musique…
 
HUBERT
Je n’ai jamais fait ça.
 
PAULO
Vous verrez, c’est…intéressant…
 
HUBERT
Y a-t-il quelque chose de prévu, demain ?
 
PAULO
Il me semble que le patron avait prévu de vous faire visiter la forêt Amazonienne en parapente.
 
HUBERT
Ce n’est pas commun. Ca me plaît. Va dormir à présent, nous avons besoin de repos.
 
PAULO
Très bien, patron.
 
HUBERT
Non, dorénavant, tu m’appelleras Son Altesse Hubert si tu veux rester parmi nous.
 
PAULO, étonné
Euh…très bien, votre Altesse. (à part) Il a une araignée au plafond !
 
Il sort.
 
 
SCENE V
 
HUBERT, LE PATRON puis EDOUARD, par instants
 
LE PATRON
Monsieur Hubert, bonsoir… (Il tient un journal)
 
HUBERT
C’est vous le patron ?
 
LE PATRON
L’ancien, si je puis dire.
 
HUBERT
Que tenez-vous là ?
 
LE PATRON
Un grand malheur, monsieur…oh, je suis désolé.
 
HUBERT
Donne-moi ça ! (Il lit en silence)
 
LE PATRON
Oh monsieur, votre mère devait être une excellente femme…mais finir ainsi aux faits divers…
 
HUBERT
Enfer et damnation, désespoir soudain ! Elle est morte ! Ô ma mère ! Si j’avais su que je te voyais pour la dernière fois ! Je te l’ai promis, maman, je tiendrai ma promesse, allez chercher Edouard, mon employé !
 
 
LE PATRON
Oui, monsieur.  
Sort le patron.
HUBERT
C’est horrible, elle s’est suicidée, mais pourquoi ? Et pourquoi mon père est-il parti si précipitamment ? Que s’est t-il passé ? Je ne le saurai jamais. 
Entre Edouard.
EDOUARD
Votre Altesse ?
 
HUBERT
Norbert, pistolet.
 
EDOUARD
Mais monsieur…
 
HUBERT, tragiquement
Norbert, pistolet !
 
EDOUARD
Très bien, sire.  
Sort Edouard.
HUBERT, seul
J’aurais tellement voulu vivre, voir la beauté du monde, la bêtise de l’homme…mais le destin en a décidé autrement, les dieux veulent ma mort ! Elle arrive.
Entre Edouard.
 
EDOUARD, tenant le pistolet sur un plateau
Votre pistolet.
 
HUBERT
Donne et va t-en.
Sort Edouard.
HUBERT
Cette mort, je me la donne. (Il appuie sur la détente mais rien ne se passe)  Je me la donne ! (Il recommence, sans résultat.) Tiens, il n’est pas chargé. Edouard !
Entre Edouard.
EDOUARD
Sire ?
 
HUBERT
Il n’est pas chargé.
 
EDOUARD
J’en suis désolé.
 
HUBERT
Charge-le. (Edouard charge le pistolet.) Maintenant, va-t-en.
 
EDOUARD
Je m’en vais.
Sort Edouard.
HUBERT
Cette fois c’est la fin ! (Il est sur le point d’appuyer sur la détente mais s’arrête) La fin… (Il essaie mais n’ose pas.) La fin ! Je n’y arrive pas ! Les dieux veulent ma mort mais j’ai pas envie de mourir, moi ! Et puis zut !
Il jette le pistolet à terre, le coup part dans le vide.
SCENE VI
 
HUBERT, LE PATRON, EDOUARD, YASMINA, PAULO, MARIE-CHANTAL-BERENICE, tous trois en tenue de nuit puis HENRI et SANDRA, déguisés en vacanciers et méconnaissables, Sandra porte des lunettes noires et a un éventail. Ils posent leurs valises à l’entrée.
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE
Quel tapage !
 
YASMINA
On a tiré !
 
LE PATRON
Laissez-moi passer !
 
PAULO
J’ai soif…
 
EDOUARD, à Hubert
On vous a attaqué, monsieur ?
On entend quelqu’un entrer.
HUBERT
Il y a quelqu’un…
 
LE PATRON
Qui êtes-vous ? (bas, à Hubert) C’est sûrement votre agresseur !
 
HUBERT, de même
Oui, sans doute…
 
 
HENRI
Excusez-nous d’arriver si tard.
 
SANDRA
Notre avion était en retard…
 
HUBERT, à part
Je connais cette voix…
 
LE PATRON, bas aux acteurs sauf Henri et Sandra
Attention, il est sûrement armé. (Haut) Monsieur, mademoiselle, vous désirez une chambre ?
 
HENRI
Deux, s’il-vous plaît.
 
LE PATRON
Yasmina, conduisez monsieur et mademoiselle à leurs chambres.
 
YASMINA
Monsieur…veuillez me suivre… (à Paulo) Toi, suis-moi de près.
 
HENRI, à Sandra
Le service est très bon, qu’en dis-tu ?
 
SANDRA, s’éventant
Certes mais l’uniforme laisse à désirer.
 
LE PATRON, à Henri
Monsieur, puis-je prendre votre veste.
 
HENRI
Volontiers, merci. (Il lui donne sa veste.)
 
YASMINA
Par ici !
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE
Moi, je vais me recoucher !
 
Sortent Marie-Chantal-Bérénice, Yasmina, Paulo, Henri et Sandra.
 
LE PATRON, fouillant
Une carte de la région…des billets d’avion aller-retour…un portefeuille garni…une photo de…
 
HUBERT
Alors ?
 
LE PATRON
Pas d’arme, monsieur.
 
HUBERT, cherchant un moment puis montrant le pistolet en fond de scène
Regardez ! Le coupable doit être déjà loin.
 
LE PATRON, examinant l’arme
Il doit surtout être stupide, il a laissé tomber son arme et ses empreintes sont dessus.
 
EDOUARD, à part
On va m’accuser, il ne manquerait plus que ça ! (Haut)
Cela prouve que c’est sûrement un accident…
 
 
 
LE PATRON
Mon cher ami, il est déjà stupide de laisser tomber son arme après une tentative d’assassinat mais la faire tomber par accident juste après l’avoir chargé, voilà qui relève de la débilité profonde.
 
HUBERT, à part
Débile toi-même ! (Haut) Je m’en doutais…c’est ce maladroit d’Edouard qui a laissé tomber le pistolet.
 
LE PATRON
Vous apportiez donc un pistolet…
 
EDOUARD
Oui, sur l’ordre de monsieur.
 
LE PATRON
Ah ?
 
HUBERT, gêné
Oui, pour mon entraînement, cela va de soi.
 
LE PATRON
Votre entraînement ?
 
HUBERT
Oui, je fréquente des clubs de tir réputés et j’avais amené l’arme au cas où j’en trouverais.
 
EDOUARD
Voilà l’affaire résolue.
 
HUBERT
Allez vous coucher, messieurs. Cela vaudra mieux.
 
 
LE PATRON
Oui, sans doute….bonne nuit.
Il sort.
 
 
SCENE VII
 
HUBERT, EDOUARD
 
EDOUARD
Monsieur, votre aventure a failli nous être fatale.
 
HUBERT
T’être fatale, j’avais un bel alibi, j’étais la cible.
 
EDOUARD, ironique
Vous êtes si bon pour moi…
 
HUBERT
Quoi, tu as quelque chose à redire ?
 
EDOUARD
Oui, monsieur, j’ai quelque chose à redire ! Depuis le temps que vous êtes le roi et moi votre bouffon, je n’ai pas cessé de vous aimer et vous, vous vous fichez que je sois emprisonné pour un crime que je n’ai pas commis ! D’abord, que vouliez-vous faire avec cette arme ? Vous suicider ? J’en serai ravi, tiens !
Un temps.
HUBERT
Vous comprenez qu’après ce que je viens d’entendre, je ne puis vous garder à mon service.
 
 
EDOUARD
Soit, je m’en irai mais en vous maudissant, vous, et votre mère défunte ! Votre père était un homme bon et elle le rabaissait, l’humiliait devant vous. Il est resté, il n’a pas divorcé, pour vous ! Parce qu’il croyait en vous ! Il doit être déçu, ce pauvre homme !
 
HUBERT
Laisse-moi tranquille !
 
EDOUARD
Et Sandra ? Et cette belle Sandra dont vous me parliez sans cesse ? Vous l’avez laissé tomber, elle aussi ! Tout ça pour de l’argent ! Si jeune encore…
 
HUBERT
Tu me fais mourir !
 
EDOUARD
N’est-ce pas ce que vous vouliez ? Quelle belle idée, à dix-huit ans, de vouloir mourir ! Je vous laisse avec vous-même.
Il sort.
 
SCENE VIII
 
HUBERT puis SANDRA
 
HUBERT, seul, à genoux
Non, ne pars pas ! Oh…Norbert, Nestor…je ne sais plus ! Portier ! Papa, maman, Sandra, où êtes-vous ? J’ai si froid. Je devrais aller me coucher…Il y a quelqu’un ?
 
Entre Sandra, en tenue de nuit légère, elle va vers les valises quand elle remarque Hubert, à terre en avant-scène. La scène est dans l’obscurité, les personnages ne se regardent pas.
 
SANDRA
Monsieur, vous allez bien ?
 
HUBERT
Je mentirais si je disais oui.
 
SANDRA
J’ai aussi des malheurs, les vôtres sont-ils grands ?
 
HUBERT
Tous ceux que j’aime ont disparu, tel était mon destin.
 
SANDRA
Vraiment ?
 
HUBERT
Ma mère est morte et mon domestique vient de me quitter.
 
SANDRA, s’approchant de lui
Et votre père ?
 
HUBERT
Il est en France. Il n’a rien dit contre mon mariage. Il ne m’a pas adressé la parole depuis que j’ai pris cette décision.
 
SANDRA
Et…vous aimez votre femme ?
 
HUBERT
C’était un mariage d’intérêt. Je crois qu’elle l’a compris. Puis-je vous faire une confidence, chère inconnue ? Je suis désespéré de toute façon.
 
SANDRA
Vous pouvez.
 
HUBERT
Nous n’avons pas consommé le mariage.
 
SANDRA, émue
C’est vrai ?
 
HUBERT
Oui, je…je n’ai pas envie d’elle. Je ne sais plus ce que je fais…j’en vient presque à regretter mon ex. Lorsque je l’ai quitté, j’étais convaincu que c’était mon choix, en fait, je crois que c’était celui de ma mère. Je ne sais pas pourquoi je vous raconte tout ça…
 
SANDRA
Continuez, je vous prie.
 
HUBERT
Maintenant je ne la verrai plus, que le destin est cruel !
 
SANDRA
Le destin ou vous ?
 
HUBERT
Je ne sais pas.
 
SANDRA, s’approchant encore
Sandra est proche de vous, vous la sentez ?
 
HUBERT
Sandra est loin…
 
SANDRA
Regarde-moi dans les yeux.
 
HUBERT, la dévisageant
Ô ange tombé du ciel, est-ce possible ?
 
SANDRA
Oui, je suis Sandra.
 
HUBERT, s’appuyant contre elle
C’est toi…
 
SANDRA
Tu es délivré de ta mère à présent, c’est fini…
 
HUBERT
Elle veut me tuer…
 
SANDRA
Elle ne te tuera pas, je te le jure. Reste avec moi.
 
Elle l’entoure de ses bras, leurs têtes se touchent.
 
SANDRA
Viens avec moi, dorénavant, plus que ta femme, je serai ta compagne.
 
Elle le relève et ils sortent main dans la main par la droite.

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