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Hubert

Par Imago

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Table des matières
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Acte Quatrième

(Un pan de la forêt amazonienne. Sorties à gauche et à droite. Des arbres, des fleurs tropicales. Au lever du rideau, le parapente est en fond de scène, Hubert est attaché par les fils.)
 
 
SCENE PREMIERE
 
HUBERT puis JESSICA
 
HUBERT
Saleté de parapente, voilà une heure que j’essaie de me libérer ! Oh, toi, le moniteur, je te retiens ! Monsieur, il faut desserrer ce fil là - Mais on ne va pas tomber ? - Non, monsieur… Tu parles qu’on n’est pas tombés ! En tout cas, l’anaconda qui est passé il y a une demi-heure a dû faire une belle chasse, j’ai entendu des cris, pauvre homme ! Tout de même, il aurait pu revenir et s’intéresser à moi ! Je dois donc filer ! (Il tire sur les fils, en vain) Je commence à croire que c’est Léon qui est à l’origine de tout ça…
Jessica paraît au fond, elle tient un couteau,
elle passe derrière Hubert.
 
HUBERT
C’était quoi, ça ? Un démon ? Non, je n’y crois pas…
Jessica coupe les fils sur parapente qui
retiennent Hubert en se lançant en avant.
 
HUBERT
Ah, mais qu’est-ce que c’est que ça ? (Jessica se place devant lui) Bonjour. Toi comprendre ma langue ? Moi être Hubert, grand patron, capitaliste… !
 
JESSICA
Tu me prends pour une imbécile ?
 
HUBERT, à part
Elle parle français, ça c’est fort ! (Haut) Vous parlez français…
 
JESSICA
Si, señor. Mon père est français d’origine.
 
HUBERT
C’est très intéressant…Pourriez-vous m’indiquer la route à suivre pour sortir d’ici ? Je paierai cher…
 
JESSICA
M’en fous de ton fric.
 
HUBERT
Ah… comment paye t-on ici ?
 
JESSICA
Avec une tête.
 
HUBERT, effrayé
Une tête ?
 
 
 
 
JESSICA
Bah ouais, t’as jamais entendu parler des Jivaros ? Ils réduisent les têtes, et on n’avait pas de grand patron capitaliste encore !
 
HUBERT
Non, attendez, je garde ma tête !
 
JESSICA, avec enthousiasme
Bah pourquoi ? Ce serait bien pour toi de me la donner, au lieu de passer trois jours de souffrance à mourir de soif et de faim, tu meures en quelques secondes, n’est-ce pas formidable ?
 
HUBERT
Oui, si on veut…
 
JESSICA
Moi, j’adore réduire les têtes. Tu sais que c’est un travail très difficile ?
 
HUBERT
Oui, sans doute…
 
JESSICA
Papa est très fort pour ça mais moi, je n’ai pas encore bien appris…
 
HUBERT, soudain effrayé
Ton père ? Il vit ici ?
 
JESSICA
Oui, c’est sa clairière préférée.
 
HUBERT
Et si on s’en allait ?
 
JESSICA
Mais non, reviens ! Papa !
 
HUBERT
Oui, d’accord…je reviens…
 
JESSICA
Maintenant je me présente : je m’appelle Jessica.
 
HUBERT
Ravi de te rencontrer. (Il lui serre sa main) Combien de temps cette comédie va-t-elle durer ?
 
JESSICA
Tu es gentil. Tu n’est pas comme tous ces hommes qui viennent chaque jour pour détruire la forêt.
 
HUBERT
Ah non ?
 
JESSICA
Mon père dit que ce sont les capitalistes qui viennent détruire la forêt, s’il te trouve ici, il va te tuer.
 
HUBERT
Mais je croyais que j’étais gentil ? (à part) Jouons son jeu !
 
JESSICA, riant
Tu es drôle. (Capricieuse) Je veux être en amour avoir toi.
 
 
HUBERT
En am… en amour ? (à part) C’est bien malheureux de devoir tromper à la fois sa femme et son amante !
 
JESSICA, allant le serrer contre elle
Oui, comme ça. (D’un air théâtral) Mais notre amour est impossible, tu es un capitaliste et moi une Jivaro !
 
HUBERT
Ah, mais ce n’est pas grave ! Je refuse ma classe sociale, à mort les riches ! Tu vois, (Il enlève sa veste chère et la jette) je suis pauvre ! Et je suis à toi ! (à part) Qu’est-ce qu’il faut pas faire ! Le père va me tuer si elle continue…
 
JESSICA
Ô cruel destin, tu refuses notre amour ! Mais qu’est-ce qu’une classe sociale ? Ce n’est rien !
 
HUBERT
Surtout dans la jungle !
 
JESSICA
Hélas, si tu n’étais pas un capitaliste !
 
HUBERT
Ton père les hait tant que ça ?
 
JESSICA
C’est à cause de son père, ou de son frère…
 
HUBERT
Son frère ?
 
JESSICA
Oui, ma mère m’a raconté qu’elle avait rencontré mon père après qu’il soit tombé d’un hélicoptère dans la jungle… il avait des habits bizarres, un peu comme les tiens en fait.
 
HUBERT
Mais alors, c’était un capitaliste !
 
JESSICA
C’est vrai ?
 
HUBERT
Hé bien oui !
 
JESSICA
Alors notre amour est possible ! (Elle lui saute au cou)
 
HUBERT
Et qui était son frère ?
 
JESSICA
Il ne me l’a pas dit, il n’aime pas en parler.
 
HUBERT
Il avait bien un nom.
 
JESSICA
Je crois qu’il s’appelait Henri… Henri de la Haute Cour. Mais cela n’a pas d’importance, mon amour, mon cœur, ma vie, je n’aime que toi et jamais, jamais rien ne pourra nous séparer… sauf le mariage.
 
 
HUBERT
Ô destin funeste ! Ô calamité ! C’est mon oncle, Charles de la Haute Cour ! Cet oncle prétendu mort depuis si longtemps qui va être mon bourreau ! (A Jessica) Et toi, tu es ma cousine !
 
JESSICA
C’est quoi une cousine ! (Elle tente de l’embrasser mais il se dégage)
 
HUBERT
C’est… comment dire ? Ca veut dire… que notre amour est impossible, voilà. (à part) Ouf…
 
JESSICA
Quoi ? Alors je refuse d’être ta cousine.
 
HUBERT
Mais tu ne peux pas refuser, c’est comme ça, nos pères sont frères et… (elle s’approche) mais, que fais-tu ?
 
JESSICA, lui parlant à l’oreille
Cousine n’est qu’un mot. Et je vais prendre ce mot à jamais de tes lèvres.
 
HUBERT, à part
Ah non, et puis quoi encore ?
 
Elle cherche à l’embrasser mais Hubert s’écarte à chaque fois.
 
 
 
JESSICA
Ne sois pas fuyant, l’amour interdit est le plus beau ! (Elle parvient à l’embrasser au moment où Charles entre)
 
 
 SCENE II
 
HUBERT, JESSICA, CHARLES
 
CHARLES
Oh, ma fille, toi ! Comment as-tu osé, malheureuse ? Cet homme est un capitaliste ! Ne le vois-tu pas ? Es-tu innocente ou inconsciente ?
 
JESSICA
Non, je le sais, papa.
 
CHARLES
Tu le sais mais malgré ça, tu l’as embrassé, démone ? (Il la gifle) Voilà pour toi, fille indigne ! Que ton comportement reste à jamais un exemple de dépravation ! (Elle pleure) Tu peux pleurer, traîtresse, mais tu m’as désobéi ! Tu as embrassé l’un d’entre eux !
 
JESSICA, pleurant
Je suis contente de l’avoir embrassé !
 
CHARLES, menaçant
Ah, tu es contente, démone, tu es contente ? Seul un monstre a pu te faire tomber amoureuse de cet homme. (A Hubert) Quand à vous, monsieur le sale capitaliste, vous paierez de votre vie cette violation de bien privé !
 
JESSICA
Seuls les capitalistes parlent de violation de bien privé !
 
CHARLES
Tais-toi, dépravée ! Je ne serai pas fière, si j’étais femme, d’être un bien public ! Tu riais avec lui, ces hommes n’ont rien de drôle ! Ils passent leur vie à mentir, à voler, à tuer, à faire la guerre, tout ça pour leur argent ! Ce sont des esclaves ! Esclaves de leur propre bêtise, esclave de leur portefeuille ! (Il attrape Hubert) Vous détruisez la forêt que nous aimons tant pour conserver votre petit confort personnel ! Vous en mourrez et nous aussi, par votre faute !
 
JESSICA
Papa, je t’en supplie !
 
HUBERT
Ecoutez-moi…
 
CHARLES
Taisez-vous ! Homme mal habillé !
 
HUBERT
Pas du tout, c’est de la grande marque !
 
CHARLES, après un grognement sonore
Tu vas payer pour tous les autres !
 
 
 
 
SCENE III
 
HUBERT, JESSICA, CHARLES, LEON, MARIE-CHANTAL-BERENICE
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE
Le voilà, c’est lui !
 
LEON
Alors c’est toi, espèce de chacal, d’imbécile !
 
HUBERT
Monsieur, ne soyez pas grossier.
 
LEON
Tu me défies, moi ?
 
HUBERT
Je vous demande simplement de faire preuve de politesse.
 
CHARLES
Ô étrangers, partez d’ici ou redoutez ma colère. De cette belle forêt, je suis le protecteur et si vous restez, de vos têtes, je serai le réducteur !
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE
Mais qu’est-ce qu’il nous fait le réducteur, là ? (Elle pointe son pistolet sur Charles)
 
LEON, à Charles
Fais gaffe, Jivaro francophone, elle a un caractère trempé.
 
CHARLES, à Marie-Chantal-Bérénice
Tirez, si vous l’osez, vile femme, votre âme noire, souillée par la haine, tuera mon âme pure comme l’Amazone. Monstres que vous êtes ! Vous serez détruits par votre envie ! Je mourrai mais en vous donnant ma malédiction, à vous, et à cet homme ! (Il désigne Hubert) Tirez, enfin, je serai vengé !
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE, à son père
Il a un bon débit.
 
LEON
Oui, un peu trop d’ailleurs pour un Jivaro. Tu as des origines françaises ?
 
CHARLES
Oui mais je les renie, je hais mes origines ! Mon père était un petit bourgeois suffisant et mon frère a dû devenir pire que lui, aujourd’hui !
 
LEON
Tu hais les bourgeois ?
 
CHARLES
Je les hais comme le marin peut haïr la tempête.
 
LEON
Très bien. (Il sort une machette et lui lance, Charles la rattrape) Tue-le. (Il désigne Hubert d’un mouvement de tête)
 
Charles hésite puis prend l’arme et se place face à Hubert, Jessica se jette sur Hubert pour lui offrir un bouclier de son corps.
 
JESSICA
Si tu veux me tuer, tue-moi la première !
 
CHARLES
Ma fille, écarte-toi !
 
JESSICA
Jamais ! Regarde, tu es comme eux ! Tu vénères la haine et méprise l’amour, comme un vieux soldat écorché au combat par ses alliés !
 
HUBERT
Jessica, c’est une folie, nous nous connaissons depuis un quart d’heure…
 
JESSICA
Et moi, durant ce quart d’heure, je n’ai pas cessé de t’aimer.
 
HUBERT
Je dois faire face à mon destin.
 
JESSICA
Tu peux le changer.
 
HUBERT
Non. Tout s’est passé comme ma mère l’a voulu, laisse-moi. (Elle ne bouge pas) Va t-en ! (Elle se pousse, les larmes aux yeux.)
 
LEON
Très bien, Hubert se rend… (à Charles)  Faites votre travail, indigène, ensuite ce sera votre tour.
 
CHARLES
Quoi ?
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE
Nous ne voulons pas de témoins.
 
LEON
C’est regrettable mais vous et votre fille, vous risquez de nous compromettre.  Je suis désolé. (Un temps.)
Hé bien, qu’attendez-vous pour le tuer ?
 
CHARLES
Je… je refuse.
 
LEON
Comment ?
 
CHARLES
Je ne tuerai pas cet homme.
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE, levant son pistolet
Lâchez cette machette. (Charles lâche la machette, Marie-Chantal-Bérénice la ramasse)
 
LEON, levant le pistolet que lui tend sa fille
Très bien, excuse-moi de t’avoir fait attendre, mon cher gendre.
 
HUBERT
De rien, beau-père.
 
LEON
A présent, adieu, monsieur de la Haute Cour !
 
CHARLES, réagissant soudain
Non ! (Il se précipite sur Léon, le coup part en l’air)
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE
Papa ! (Elle tente de se jeter sur lui mais Hubert la fait trébucher d’un coup de pied)
 
LEON
Imbécile, qu’as-tu fait ? Tu vas payer pour ça !
 
HUBERT
Mon oncle, arrachez-lui son arme !
 
Marie-Chantal-Bérénice attrape la machette et se relève mais Jessica
la pousse en arrière et elle le laisse tomber.
 
JESSICA, à Marie-Chantal-Bérénice
Viens te battre !
 
SCENE IV
 
HUBERT, LEON, CHARLES puis MARIE-CHANTAL-BERENICE
 
 
LEON
Pauvre fou ! C’est donc toi le frère de ce cher Henri, dommage qu’il ne soit pas là pour assister au spectacle !
 
CHARLES
Mon neveu vivra… il… il peut encore changer sa voie, pas comme mon frère.
 
LEON
Un dernier mot ? Je te laisse dix secondes.
 
CHARLES
Mon neveu… Hubert, prend bien soin de ta cousine.
 
LEON
Neuf…Huit…
 
HUBERT
Vous ne pouvez pas abandonner…
 
LEON
Sept, six…
 
CHARLES
Je mourrai mais mon combat survivra. Continue-le.
 
LEON
Cinq, quatre…
 
CHARLES
Dis à Jessica que je suis désolé de l’avoir quitté si tôt…
 
LEON
Trois, deux…
 
CHARLES
Adieu, bourgeois devenu bohémien…
 
LEON
Un…Zéro !
 
HUBERT
Non !
 
Léon tire, Charles s’effondre et meurt.
HUBERT
Assassin ! Traître ! Ordure !
 
LEON
Tais-toi ! Je ne fais pas ça par plaisir ! (Il le pousse à terre, Marie-Chantal-Bérénice revient)
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE, à part
Je l’ai laissée par terre, assommée, je reviendrai la tuer tout à l’heure. Je ne veux pas rater l’exécution d’Hubert.
 
HUBERT
Ô tragique destin ! Ne me laisseras-tu pas une chance ?
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE
Tire, papa, tire !
 
(Léon appuie sur la détente mais rien ne se passe)
 
LEON, s’énervant
C’est pas vrai ! Ma fille, t’as rechargé le chargeur ?
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE
Mais c’était à toi de le faire, papa !
 
LEON
Mais non, c’était à toi de le faire !
 
HUBERT
Euh, désolé de vous interrompre mais on fait quoi ? Parce que si je dois mourir, j’aimerai autant que ce ne soit pas douloureux.
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE
Mais c’est qu’il est douillet en plus, le petit…
 
HUBERT
Oui, très douillet, c’est terrible… (Il aperçoit la machette à terre et tente de l’attraper discrètement.) Tiens, une fois, j’ai pris un coup de marteau sur le doigt et depuis, je ne peux pas m’empêcher de penser que la douleur est la pire chose que l’on puisse subir sur cette Terre…
 
LEON, voyant qu’il l’a presque attrapé
Attention !
 
HUBERT, le tenant
Je l’ai !
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE
Oh non, pas question ! (Elle lui écrase la main avec son pied et de l’autre repousse la machette)
 
 
SCENE V
 
HUBERT, LEON, MARIE-CHANTAL-BERENICE, CHARLES (mort), HENRI, SANDRA
 
HENRI, les mettant en joue
Plus un geste ! Léon, je sais que tu es là !
 
LEON
Henri !
 
 
HUBERT
Papa, tu es venu !
 
SANDRA
Ne t’inquiète pas, nous sommes là.
 
LEON
Tu me surprends, mon cher Henri, venir chercher ton fils dans la forêt alors que tu l’as lâchement abandonné entre mes mains ! Tu es là depuis hier soir, n’est-ce pas ? C’était toi, le touriste…
 
HUBERT
Papa, est-ce qu’il dit vrai ?
 
HENRI, baissant la tête
Oui, je n’ai aucune excuse.
 
HUBERT
Papa…
 
SANDRA
Non, Henri, vous avez tort ! Vous m’avez envoyé chercher, vous avez pris l’avion avec moi pour suivre Hubert, prêt à intervenir quand il le fallait et à présent c’est chose faite ! Hubert, fais-moi confiance !
 
HUBERT
Il a perdu la mienne.
 
LEON
Dis donc, vieux frère, on dirait que ta famille se déchire sous tes yeux… C’est drôle la vie, c’est toi qui tiens une arme et pourtant, c’est moi qui menace.
 
SANDRA
Tu te trompes, Léon, Henri peut tirer à tout instant.
 
LEON
Ca, c’est toi qui le dit… vous n’allez pas tirer, vous n’avez aucun cran… (Il rit) Vous n’avez jamais causé la mort, vous ne la connaissez pas… laissez-moi vous présenter… (Il montre Charles) Un petit air de famille, n’est-ce pas ?
 
Henri s’approche de Charles et, saisi par l’émotion, laisse tomber son arme.
 
HENRI
Charles, mon frère… (Il le pousse dans les coulisses)
 
Léon en profite pour ramasser la machette, Hubert
s’aperçoit que Léon vient vers son père.
 
HUBERT
Papa, attention !
 
Henri, dans un mouvement rapide, sort sa propre machette et
pare le coup de Léon, le pistolet d’Henri est repoussé.
Sandra va vers Hubert et l’aide à se relever, Marie-Chantal-Bérénice réagit.
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE
Laisse-le… (Elle continue et Hubert s’appuie sur son épaule) Hubert est à moi, tu m’entends ? A moi !
 
Elle fonce vers Sandra et lui donne un bon coup de poing.
Sandra tombe, tenant sa lèvre blessée.
 
HUBERT
Je t’interdis de… (Marie-Chantal-Bérénice saisit son bras et le met dans une position telle qu’une simple pression suffirait à le casser, pendant le même temps, les deux pères se battent à la machette)
 
SANDRA, tout d’un coup provocatrice
Laisse-le ! C’est à moi que tu en veux, n’est-ce pas ? Pour cette nuit… Avoue-le… Tu aurais bien aimé qu’il soit dans ta chambre à toi, hein ? Tu aurais aimé qu’il te touche, toi !
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE, avec un sourire sans joie
On veut se battre, petite lycéenne ? A mains nues ? J’espère que tu n’abîmeras pas ton vernis à ongles… (à Hubert, à voix basse mais assez fort pour que Sandra l’entende)
Regarde bien, après ça, ses baisers n’auront plus le même goût !
 
SANDRA
Tu vas voir ! (Elles se battent, style de boxe, Sandra est menée. Les deux père arrêtent de se battre et regardent la scène, étonnés)
 
LEON, avec un coup de coude
Deux cent euros sur ma fille.
 
 
HENRI, distraitement
Pari tenu.
 
HUBERT
Sandra, attends-moi, j’arrive ! (Léon se met devant lui, le menaçant de sa machette alors que Sandra endure une prise de aïkido.)
 
LEON
Reste en dehors de ce combat, c’est très divertissant. Ta femme contre celle que tu aimes, ta mère aurait été ravie, c’est pour elle que je fais tout ça…
 
HENRI, allant vers lui
Qu’est-ce qu’on disait déjà ?
 
LEON
Ah oui, je me rappelle… (Il donne un coup de machette que Henri contre. Scène de combat double : Léon contre Henri d’un coté et Sandra contre Marie-Chantal-Bérénice de l’autre.)
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE
Tu es trop fine ! Tu m’échappes à chaque fois !
 
Elles continuent de se battre et sortent.
 
HENRI
Tu as tué mon frère ! Tu as tué mes espoirs !
 
LEON
C’était son but de te faire perdre espoir ! Car elle l’a déjà perdu, je veux lui rendre…
 
 
HENRI
Tu veux rendre espoir à une morte ?
 
LEON
Quoi ?
 
HENRI
Anne-Marie s’est tuée le jour de ton départ, d’une balle dans la tête.
 
HUBERT, d’une voix éteinte
Maman s’est suicidée…
 
LEON, après s’être arrêté
Non… Vous mentez ! Elle est en vie ! Vous mentez !
 
HENRI, sortant le journal de sa poche
C’était dans le quotidien du soir d’hier. « Un suicide chez les bourgeois »
 
LEON, après avoir parcouru le journal, son visage se décomposant de plus en plus
Morte ! (Il laisse tomber le journal) Elle est morte ! Et ils m’accusent d’être responsable ! Elle a dit qu’elle voulait mourir mais je n’y ai pas cru ! J’aurais dû la raisonner ! Je n’aurais pas dû céder à son chantage ! Une femme qui veut voir son fils mourir ! Elle n’avait plus toute sa tête ! Elle pensait que si l’un d’eux mourait, l’autre devait mourir aussi !
 
HUBERT
Papa, tu savais tout ça ?
 
HENRI
Non. Ta mère et moi, nous ne nous parlions pas beaucoup, je jouais la comédie… Quelque part ça me rassurait… mais ça devait arriver… Tu sais, quand j’ai épousé ta mère, c’était un mariage arrangé… J’ai été attiré par sa fortune, mes parents m’ont poussé, j’étais jeune, naïf, et je me suis laissé faire…Un an après, j’ai compris mon erreur. Anne-Marie était malade, très malade, c’était une maladie génétique mais je l’ai appris peu avant ta naissance, c’était trop tard… Pendant des années, j’ai eu peur qu’elle ne t’aie transmis la maladie. Mais je ne pouvais jamais venir te voir, elle m’en empêchait. Alors nous nous sommes séparés malgré elle… mais quand j’ai vu que tu allais très mal, qu’elle ne s’occupait pas de toi, je n’ai pas demandé le divorce. Je savais que si ça arrivait, on lui accorderait ta garde de toute façon, c’est pour ça que je suis revenu. Ensuite, j’ai vu que tu étais normal, je crois que ça été le moment le plus fort de ma vie. Pardonne-moi… pardonne-moi… J’aurais tellement voulu t’arracher à ses griffes même contre la loi ! Je n’ai pas assumé mon rôle de père, je suis désolé, je suis désolé…
 
HUBERT
Non, tu n’as pas à être désolé. Tu ne pouvais rien faire et en prison, tu ne m’aurais pas aidé. Je te pardonne. Je te pardonne…
 
 
 
 
 
SCENE VI
 
HUBERT, LEON, MARIE-CHANTAL-BERENICE, HENRI
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE
Hubert, tu es toujours vivant ? Ta chère Sandra s’est enfuie après que son bras ait émis un craquement disons… inquiétant. (Elle aperçoit le journal)
 
LEON, désespéré, perdant presque son accent maffieux
Ma fille… explique-toi…
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE
Je… Je ne te l’ai pas montré parce que sinon… on ne serait pas parti chercher Hubert ! Et… je le hais, il m’a trompée avec cette fille, cette traînée…
 
HUBERT
Tais-toi !
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE
Sinon quoi ? Hein ? Moi, je t’aimais ! Pour la première fois de ma vie, j’étais amoureuse ! Et le soir de nos noces, j’ai attendu dans notre lit, tu n’es pas venu ! Tu as préféré passer la nuit avec cette… fille… qu’a t-elle de plus que moi ? Elle est jeune, vierge, vertueuse ? Et moi je ne suis qu’une maffieuse ? C’est pour ça ? Tu avais peur que je te tue dans ton lit ? (Un temps) Tu me dégoûtes et me répugnes, je vais te tuer ! (Elle court ramasser le pistolet d’Henri)
 
LEON
Non, ma fille, je t’en supplie, écoute-moi…
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE
Laisse tomber, papa, c’est bien toi qui nous as marié, non ? Laisse-moi passer !
 
LEON
Ecoute… Anne-Marie était tout pour moi… Elle dirigeait nos opérations… elle m’a donné un avocat et… une fille…
 
HENRI, à part
Ca explique beaucoup de choses…
 
LEON
C’est la vérité.
 
HUBERT, à Marie-Chantal-Bérénice
Alors… Tu es ma demi-sœur ? Pas très joyeux… (à part) Apparemment, elle est aussi atteinte que ma mère…
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE
Et tu nous as mariés ? Alors que tu le savais !
 
LEON
Je suis désolé… mais elle le voulait tant… je lui ai dit que c’était… une mauvaise idée alors elle a menacé de se tuer, j’ai été contraint d’obéir…
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE
Et ça se prétend parrain de la maffia ? Toi aussi, tu me dégoûtes !
 
 
LEON
Je t’en prie, ma fille… Lélia ! Tue-moi ! Tue-moi ! Je ne supporterai pas de vivre sans elle ! (Il tente de lui arracher le pistolet)
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE, avec douleur
Lâche ça… lâche-le… (Léon le met contre sa poitrine)
 
LEON
Tue-moi !
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE, pleurant
Non, je ne veux pas…
 
Léon appuie sur la détente, tombe, et meurt.
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE, après un silence pesant
L’étincelle de la joie a quitté mon cœur. (Elle traîne son père hors scène puis elle se tourne vers Hubert) Finissons ce que le destin commencé… Qui a sorti le journal ? C’est toi, Hubert ? (Elle le vise) Va en enfer !
 
HENRI
Non ! C’est moi. (Elle le vise) Je vois dans ton regard plus de souffrance que de haine… ne fais pas ça, tu achèverais de te détruire toi-même.
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE, de rage
Ah, vous croyez ?
 
 
 
HENRI
Lélia… ne fais pas ça, tu peux encore te racheter… nous ne dirons pas ce qui s’est passé ici, tu seras libre… ne finis pas comme Anne-Marie… tu n’as tué personne…
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE
Vous vous trompez ! J’ai tué la copine à Richard ! Ce n’était pas une blague ! C’est trop tard, vous ne pouvez rien pour moi…
 
HENRI
Ecoute-moi, tu peux changer…
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE
Tais-toi, misérable bourgeois ! Tu ne sais pas ce que tu fais !
 
HENRI
Tu as droit à une seconde chance… je t’élèverai comme ma fille…
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE
Non ! Je hais les petites vies tranquilles comme tous les bourgeois et toi ! Vous regardez votre monde mourir assis dans votre canapé à écouter religieusement les morts causées par votre cupidité ! Pour ça, vous méritez la mort ! Oui, vous la méritez, tous ! (Elle tire sur Henri, il tombe, Hubert hurle ou pas, selon le goût du metteur en scène)
 
 
 
 
SCENE VII
 
HUBERT, LEON (mort), MARIE-CHANTAL-BERENICE, HENRI (mourant), JESSICA
 
JESSICA
Un coup de feu m’a réveillée… oh, mon père, mon père… Ô ciel, encore un mort !
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE
Les crocodiles n’en ont pas fini avec toi, Jivaro ? (à part) Il ne me reste plus qu’une seule balle, gardons-la pour Hubert.
 
HENRI, d’une voix faible
Hubert… Hubert…
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE
Tiens, il est encore vivant, celui-là !
 
HUBERT
Papa… pourquoi ?
 
HENRI
Parce que c’est ce qui nous attend tous un jour… c’est le coté tragique de la situation… nous, les hommes, nous mourrons, c’est comme ça.
 
HUBERT
Tu n’aurais pas dû mourir, pas maintenant !
 
HENRI
Mon heure était venue, ça a été celle là et pas une autre, je ne l’ai pas choisie. L’heure n’est jamais bonne pour mourir, c’est comme au moment de partir en vacances, on a toujours oublié quelque chose… (Soudain rêveur, comme s’il voyait ce qu’il faisait) Mais je m’arrête, sur le pas de la porte, et je retourne en arrière… juste quelques instants… depuis le jour de ta naissance, je ne t’ai jamais serré dans mes bras ou bien je ne m’en souviens pas… il n’est pas trop tard j’espère… (Hubert le serre contre lui.) Prend soin de toi, mon fils. (Jessica s’approche, Marie-Chantal-Bérénice reste fixe.)  C’est donc toi ma nièce, j’aurais voulu te connaître… ton père… je ne l’ai pas vraiment connu… (Elle pleure) Allons, allons, Hubert prendra soin de toi et Sandra aussi, je te le promet.
 
HUBERT
Ne nous abandonne pas !
 
HENRI
Je dois partir et pour de bon, cette fois, nous ne nous reverrons jamais mais ce n’est pas une raison pour verser tant de larmes car au fond, ce que vous devez vivre, c’est une comédie. Oui, le monde est triste, oui, le moment est cruel et sans pitié, c’est pour cela qu’il faut jouer la comédie, ne pas faire semblant d’être heureux mais être heureux. On n’a pas le temps d’être triste, la vie est trop courte. Riez, dansez, chantez et là, ma vie aura eu un sens. Adieu, les enfants, dis à Sandra que je suis content de l’avoir connue et si tu le veux bien, je lui donne ma bénédiction pour qu’elle devienne ta femme.
 
 
 
 
HUBERT
Je le veux. (Il serre la main de son père qui se détend progressivement. Henri sourit et ses yeux se ferment. Il expire.) C’est fini. (Jessica pleure sur son épaule)
 
JESSICA, à Marie-Chantal-Bérénice, les yeux baignés de larmes
Pourquoi ? Pourquoi tu as fait ça ?
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE
Telle était ma destinée, Hubert est le suivant, je fermerai la marche. Nous allons tous embarquer avec ce bon vieux Charon !
 
JESSICA, se jetant à genoux devant elle
Ô femme pleine de haine, je t’en prie, arrête ! Mes jeunes yeux en ont déjà trop vu et ma gorge a trop hurlé de terreur. Avec un cousine que je retrouve, je veux remplacer mon frère tombé sous les coups du tien, ne tue pas mon dernier espoir ou bien tue-moi avec !
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE
Mon cœur est plus noir que l’enfer et mon esprit est assoiffé de vengeance, notre châtiment arrive ! Hubert a un destin : mourir ici et maintenant !
 
HUBERT
Je ne crois plus au destin !
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE
Il est en face de toi et tu persistes ?
 
 
HUBERT
Tu n’es pas obligée de tirer.
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE, troublée
Si ! C’est ce que mon père aurait voulu, je n’ai pas le choix !
 
HUBERT
Tu as le choix… (Elle lui donne un coup de poing qui le fait tomber à terre)
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE
Non ! (Elle se met sur lui et écrase son torse entre ses genoux puis place son pistolet et vise le cœur.)
 
JESSICA
Arrêtez, je vous en supplie !
 
HUBERT, luttant contre la douleur
Tu peux encore reculer…
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE
Jamais ! Je me fiche de toi ! Tu ne m’aimais pas !
 
HUBERT
Malgré tout, tu restes ma femme. Même si nous jouions la comédie…
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE, le serrant un peu plus
La comédie ? La comédie ? Elle n’existe pas sur cette Terre ! Tu es comme tout le monde, tu vis une tragédie ! (Elle a un rire sans joie) Et c’est toi le héros tragique !
 
HUBERT
Non, car tu as le choix.
 
MARIE-CHANTAL-BERENICE
Oui, j’ai le choix… et je l’ai fait depuis longtemps, je suis désolée Hubert. (Elle tire)
Je suis désolée…
 
JESSICA
Non… Non !
 
 
 SCENE VIII et dernière
 
HUBERT, JESSICA, MARIE-CHANTAL-BERENICE, SANDRA, EDOUARD, HENRI (mort)
 
(Scène muette : Sandra arrive, suivie de Edouard, qui porte un fusil. Marie-Chantal-Bérénice se lève, elle se dirige vers la sortie opposée et, lentement, se retourne vers Sandra avec une expression de terreur. Dans un mouvement parfait, comme calculé à l’avance, Edouard donne le fusil à Sandra puis elle lève lentement le fusil et tire. Marie-Chantal-Bérénice, touchée en plein cœur, jette un dernier regard cruel à Sandra et tombe lourdement sur le bord de la scène. Après un long silence que personne n’ose rompre, Sandra pose le fusil et va chercher Jessica, en pleurs, qu’elle serre contre elle. Puis, elles se tournent vers Hubert, il a les yeux fermés, il paraît serein.)
 
 
 
 
 
 SANDRA, à Hubert
Je sais que tu ne peux pas m’entendre. Pourtant, je veux quand même te dire quelque chose. Tu étais quelqu’un de bien. J’ai apprécié chaque moment passé avec toi, ces promenades, ces poésies, cette nuit… J’ai vécu différemment, mieux.
 
JESSICA
Et moi, je serais ta cousine pour toujours.
 
EDOUARD, s’agenouillant près des autres
Malgré tous nos différents, sachez que j’ai toujours aimé vous servir, vous et votre père. J’ai réellement été bouleversé lorsque vous songiez à mourir. J’aurais voulu que vous voyiez le monde plus beau que ne le voyait votre mère.
 
SANDRA, d’un ton poétique, presque chantant
Et tous ces rêves se sont envolés…
 
JESSICA, sur le même air mélancolique et triste
Avec toi, cousin…
 
EDOUARD, de même
Trop jeune, vous étiez trop jeune…
 
CHOEUR
Avec toi…
 
SANDRA
Mon cher amour…
 
JESSICA
Mon doux cousin…
 
EDOUARD
Mon bon maître…
 
CHOEUR
Avec toi…
(La suite est chantée)
 
SANDRA
Je partageais parmi les choses les plus belles
De la vie de bourgeois à la vie de bohême
Et je t’aimais
Bien plus que je ne devrais
Chaque jour plus fort
Et je t’aime encore
 
CHOEUR
Avec toi…
 
JESSICA
Je riais aux éclats
Quand tu étais là
Je te protégeais
Quand je le pouvais
J’étais prête à donner ma vie
Pour celle qui est maintenant partie
 
CHOEUR
Avec toi…
 
EDOUARD
Dans ma famille hôtesse
Je vous ai nommé Votre Altesse
Vous étiez le grand Roi
Et votre confident, c’était moi
Prêt à tout faire pour vous
J’étais toujours au rendez-vous
 
CHOEUR
Avec toi…et moi…
(Ils s’arrêtent. Les deux filles se penchent sur son corps, les larmes aux yeux. Edouard se lève et vers le public.)
 
EDOUARD, parlé
Il vient de se dérouler sous vos yeux une terrible tragédie. C’était l’histoire d’un bourgeois. Son destin était scellé à l’avance. Mais qui était-il vraiment ? Un jeune homme, un adolescent encore, ayant pour mère une femme malade au cœur noir comme l’enfer et un père quoique bon qui n’a pas su vaincre cette femme. Hubert aimait rire, parfois, il était mélancolique et d’autres fois romantique, finalement il n’avait rien de si spécial et pourtant il est mort. Victime d’un complot puis d’un assassinat, cet homme a dû s’incliner, ses protecteurs s’effondrant chacun leur tour devant lui. Mais plus que l’histoire d’un homme, cette tragédie est l’histoire d’une famille, désunie par la haine et l’incompréhension, tout cela a conduit à une catastrophe humaine.
Et pourtant, peut-on parler de destinée ? Non. Car rien n’est décidé à l’avance, chacun des évènements qui se sont déroulés aujourd’hui sous vos yeux sont la conséquence d’une cause. Et chacune de ces causes est une conséquence de la bêtise humaine et non divine. A présent, je vais demander à chacun de se lever et de se diriger vers la sortie du théâtre.
 
 
 
 
HUBERT, se réveillant
Oui, c’est ça ! Sortez, les mains en l’air !
 
EDOUARD
Quoi ?
 
SANDRA
Hubert !
 
JESSICA
Tu es en vie !
 
HUBERT
J’ai adoré votre chanson ! Bonjour, Edouard.
 
EDOUARD
Monsieur, c’est un plaisir de vous voir en vie mais puis-je vous demander comment ce miracle s’est produit ?
 
HUBERT
Non, c’est complètement interdit ! Je plaisante, je l’ignore moi-même.
 
SANDRA
Je crois savoir ! (Elle déboutonne la chemise d’Hubert)
 
HUBERT
Mais qu’est-ce que tu fais ? Le public est encore là…
 
SANDRA
Justement, il faut qu’il sache… (Elle montre Hubert, un gilet pare-balle est au dessous de la chemise)
 
HUBERT
Ca alors ! Un gilet pare-balle !
 
JESSICA
Quelle chance !
 
EDOUARD
Quel destin heureux !
 
SANDRA
Ton père avait dû laisser ça dans la chambre pour moi, au cas où Léon serait armé !
 
HUBERT
Et le matin, en me levant, je n’ai pas fait attention et j’ai mis ça… j’avais complètement oublié !
 
EDOUARD
Quel bonheur !
 
« Vaudeville » : Chanté en cinq couplets sur l’air du Chapeau de paille d’Italie
 
EDOUARD
Ö quelle tragédie !
Quelle misère !
Je vais devoir mardi,
Passer la serpillière !
 
SANDRA
Ô quelle tragédie !
Je vais tout à l’heure
Prendre l’avion ici
Et pour au moins cinq heures !
 
 
HUBERT
Ô quelle tragédie !
Je vais devoir à l’enterrement,
Embrasser tante Kitty
Et saluer belle-maman !
 
JESSICA
Ô quelle tragédie !
Je vais tout à l’heure
Quitter ma forêt d’ici
Et affronter ma peur !
 
CHOEUR
La vie qu’ils nous ont donné
Nous allons encore en profiter
Tragédie ou comédie, le débat reste ouvert
En ce qui concerne, cette pièce d’Hubert !
 
 
RIDEAU