Scène II
MADAME LAROCHE, OSCAR, ALEXANDRA, BEN, ZOÉ, par instants
BEN. Excusez-moi de mon retard, Madame Laroche ! (à Zoé) Un café, s’il vous plaît !
ZOÉ, souriante. Tout de suite, monsieur. (à part) Il est gentil, celui-là, dommage qu’il soit marié ! (Elle sort)
BEN, regardant le couple, à part. Quel joli couple, ça ma rappelle moi et Irène…il y a vingt ans !
MADAME LAROCHE. Vous êtes en retard, monsieur Ralois.
BEN, à part. Toujours monsieur Ralois ! (Haut) Je m’excuse, les embouteillages…
MADAME LAROCHE. Hé bien, on prend le métro !
BEN. J’y ai pensé…j’arrive de l’autoroute !
MADAME LAROCHE. Hé bien, on prend le train !
BEN. J’y ai pensé…ils sont en grève !
MADAME LAROCHE, sèche. Dans ce cas, on part plus tôt.
BEN, gêné. Oui…
MADAME LAROCHE. Voyez-vous, monsieur Ralois, je persiste à croire que dans notre pays, les règles ne sont pas respectées.
BEN. Oui…sûrement…
MADAME LAROCHE. Ne serait-ce que les règles de bienséance… (bas) Voyez-vous ce couple ? Hé bien, leur façon de s’embrasser continuellement dérange les autres !
BEN, de même. Ah, vous trouvez ?
MADAME LAROCHE, de même. On imagine leurs langues s’entrelacer, c’est comme une fusion corporelle, c’est…troublant !
BEN, à part. Elle semble dans de bonnes dispositions… (Haut) Madame, vous n’ignorez pas que je travaille en ce moment sur un projet…
ZOÉ, entrant. Votre café, monsieur.
BEN, à part. Ah, mais elle m’embête ! (Haut) Merci…remportez-le…
ZOÉ. Mais, monsieur…
BEN, à ZOÉ. Buvez-le…à la santé de mon projet !
ZOÉ, à part. Comment ça ? Enfin, c’est la deuxième fois qu’un client me paye un café, je ne vais pas dire non, avec le salaire que je touche… (Elle sort)
MADAME LAROCHE. Vous me parliez d’un projet…
BEN. Oui, que je voudrais présenter à l’Académie des Sciences…
ALEXANDRA, se retournant vers eux, à Oscar. Tu entends ?
OSCAR. Je ne connais pas ce type…
BEN, continuant. Il s’agit d’une machine qui serait capable d’assembler les molécules de deux objets pour en créer un troisième.
MADAME LAROCHE, interloquée. Vous êtes sérieux ?
OSCAR, bas à Alexandra. Je sais qui est la femme ! Allons-nous en !
ALEXANDRA. Pourquoi ? On est très bien ici.
OSCAR. Parce que… (à part) C’est la mère d’Anne ! (Haut) Elle ne m’aime pas trop… (Il se lève et va pour sortir)
ALEXANDRA. Oscar, attends-moi !
MADAME LAROCHE. Oscar ! C’est toi ?
OSCAR, à part. Pincé ! (Haut) Oui, madame, je passais dans les environs…
MADAME LAROCHE. Que le monde est petit ! (à part) Moi qui croyais qu’il tournait autour de ma fille…je suis rassurée !
BEN, continuant. Heu…cette machine prétend permettre à la Science de faire d’immenses progrès…
MADAME LAROCHE. Oui, très bien, monsieur Ralois…
BEN. Ça veut dire que vous êtes d’accord pour en parler à l’Académie ?
MADAME LAROCHE, suspicieuse, à Oscar. C’est étrange, j’étais persuadée que tu préférais Anne…
OSCAR, à part. Ouf…on a raison de ne rien dire aux parents !
ALEXANDRA. Qui ça, Anne ? De qui parle t-elle ? Elle ment, n’est-ce pas ?
OSCAR. Hé bien…
MADAME LAROCHE, à Alexandra. Vous m’accusez d’être une menteuse, mademoiselle ?
OSCAR. Mais pas du tout, elle ne voulait pas dire ça !
ALEXANDRA. Mais bien sûr que si !
MADAME LAROCHE. Mademoiselle !
OSCAR. Calmons-nous…tout Paris nous regarde…
ALEXANDRA. Madame, vous êtes médisante et calomnieuse !
MADAME LAROCHE. Mademoiselle, vous êtes mal élevée et effrontée !
ZOÉ, entrant. Je vous en supplie, mesdames, calmez-vous…
BEN, à part. Mais que font tous ces gens ici ?
ALEXANDRA, glaciale. Je ne vous parle plus.
MADAME LAROCHE, encore plus glaciale. Moi non plus ! (à Oscar) Oscar, tâchez de mieux choisir vos…«amies»…
(à part) Ma fille ne le verra plus, j’en réponds !
BEN. Excusez-moi mais mon invention…
MADAME LAROCHE. Tenez Oscar, prenez exemple sur Monsieur Ralois, lui, c’est un scientifique sérieux qui ne perd pas son temps en…choses futiles.
ALEXANDRA, à part. C’est moi la chose futile ?
BEN. Euh, c'est-à-dire….
ZOÉ. C’est vrai que vous êtes scientifique, monsieur Ralois ?
BEN. Oui je suis scientifique à mes heures perdues…et ne m’appelez plus monsieur Ralois ! Appelez-moi Benjamin ! (à part) J’en ai marre qu’on m’appelle monsieur Ralois !
ZOÉ, à part, heureuse. Il m’a dit de l’appeler Benjamin !
MADAME LAROCHE. Vous êtes modeste, mon ami, c’est tout à votre honneur.
ALEXANDRA. Il est scientifique, et alors ?
MADAME LAROCHE. Et alors ? Et alors ! Sachez, ma petite demoiselle que je travaille à L’académie des Sciences et que monsieur me présente sa machine aujourd’hui !
ALEXANDRA, ironique. Si vous saviez comme ça m’intéresse !
MADAME LAROCHE, piquée. Oh ! Très bien, monsieur Ralois, allons ailleurs, c’est mal fréquenté, ici !
OSCAR. Au revoir ! (Ben et madame Laroche sortent)
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