Scène IV
PAUL, BEN
BEN, à sa femme, hors scène. Oui, chérie…tout est dans la machine à laver ! (à part) Je ne l’ai pas fusionné, celui-là ! Quoique avec une télévision, on pourrait surveiller comment le linge est traité, j’ai toujours trouvé ça passionnant ! (Il entre)
PAUL. Papa, c’est toi…
BEN. Oui, Paul, c’est moi…Paul ! Mais que fais-tu ici ? Je viens de croiser ta sœur qui descendait ! Mais je t’avais défendu de venir ici !
PAUL. Je regardais…
BEN. Quoi ? Cette machine ? (À part) Non, il est encore trop jeune, il faut le préserver ! (Haut) Oh, ce tas de ferraille n’a jamais fonctionné, au début j’essayais de créer de nouvelles molécules mais…
PAUL. Mais c’est très intéressant papa, dis m’en plus !
BEN, à part. Flûte ! Il n’est pas comme sa mère ! (Haut) Je suis désolé mais c’est long et puis de toute façon, elle ne marche pas !
PAUL. J’ai tout mon temps, je suis en vacances depuis deux jours, ne me dis pas que tu as oublié ?
BEN. Moi, jamais ! Mais c’est toujours bon de me le rappeler !
PAUL. Alors, qu’est-ce que tu as fusionné déjà ? Raconte !
BEN. Fusionné ? Mais qui te dis que je fusionne des choses, je n’ai rien à fusionner et puis c’est impossible ! (à part) Aïe ! Aïe ! Je ne l’ai pas préservé !
PAUL. Pourtant en mélangeant les molécules…on pourrait fusionner par exemple…un chausson et une pomme ? Pourquoi pas ?
BEN, à part. Est-ce qu’il saurait ? (Haut) Mais c’est ridicule, pourquoi voudrais-tu faire une chose pareille ?
PAUL. Papa, arrête de jouer ! Tu es un génie et je le sais !
BEN. Un génie, moi ? Qui t’a dit que j’étais un génie ?
PAUL, montrant le chausson. Et ça ?
BEN. Eh bah, c’est mon chausson ! (à part) Il a découvert le pot aux roses ! La prochaine fois, j’enferme mes expériences dans un coffre fermé à double tour !
PAUL. C’est plus que ton chausson papa, sens sa texture, c’est de la pomme !
BEN. C’est de la pomme, c’est de la pomme ! Ca pourrait être une imitation, tu l’as goûté, au moins ? (à part) Et v’lan, il n’osera jamais !
PAUL. Bien sûr mais ne compte pas sur moi pour recommencer…
BEN. C’est une blague ?
PAUL, lui montrant les traces de dents. Regarde.
BEN. Oh…(à part) Et puis, il est grand mon Paul, déjà ! (Haut) Et dis-moi, quel goût avait-il ce chausson ? (à part) Je le teste !
PAUL. Je n’arrive pas à te le décrire…
BEN, à part. Volontaire mais mauvais cobaye !
PAUL. Ca avait un arrière goût de…de chausson en fait…
BEN, s’animant soudain. Incroyable…les textures se sont parfaitement mélangées…Mais qu’est-ce je dis ? Heu, ce n’est pas bien, Paul, ce n’est pas bien du tout !
PAUL. Mais pourquoi, papa ?
BEN. Parce que c’est une expérience, qui sait quelles conséquences cela peut provoquer sur ton corps ?
PAUL. Un chausson en pomme n’a rien de dangereux, papa…
BEN. Soit mais cette machine…est dangereuse, elle peut faire bien plus que fusionner deux objets inoffensifs. Je te défends de t’en approcher, mon fils, pour ta sécurité !
PAUL. Mais papa…
BEN. Silence ! (à part) J’ai horreur de faire ça mais je dois assumer mon rôle de père. (Haut) Je t’avais interdit de venir ici, tu ne m’as pas écouté ! Ca passe pour cette fois mais si je te revois ici…ne compte plus sur ton argent de poche ! Ca vaut aussi pour ta sœur… (à part) Ce que je déteste faire ça…
PAUL. Mais papa, cela fait un quart d’heure que nous discutons alors que depuis deux jours je ne t’ai pas entendu une seule fois et maintenant tu me dis qu’il faut que je te laisse seul ? Que je m’éloigne de toi ?
BEN. Ce n’est pas de moi que je veux que tu t’éloignes…mais de la machine.
PAUL. C’est pareil. (Il sort)
BEN, seul. Oh, cette scène m’a été pénible…je n’ai même plus envie de m’entraîner pour l’Académie des Sciences… (Il va vers la porte et cherche la clé à l’extérieur.) Etrange, pourtant j’étais sûr d’avoir laissé la clé sur la porte en descendant trop vite…mais je n’ai pas fermé…et voilà la clé disparue…Elle est sans doute tombée dans l’escalier. Zut ! Et moi qui dois présenter les plans de la machine cet après-midi à une amie qui travaille à l’Académie ! Madame Laroche…Je ne peux pas laisser ça ouvert…
(Il cherche dans ses poches) Ah, voilà la deuxième clé, ne la perdons pas ! (Il ferme la porte) A présent, je n’ai pas de temps à perdre ! (Il sort, la scène reste quelque temps vide puis on entend un bruit de clé)
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