Scène XII
BEN, ZOÉ, MADAME LAROCHE
ZOÉ, portant un petit bouquet de fleurs, toute rouge de honte. - Excuse-moi, Benjamin. J’étais énervée tout à l’heure, je n’aurais pas du partir si vite…
BEN, à part. - Encore Benjamin ! Décidément ! (Haut) Mais vous…tu es toute excusée…
ZOÉ. - Zoé.
MADAME LAROCHE, agacée. - Benjamin, pas de familiarité, voyons, vous êtes presque Académicien.
BEN. - Ah oui, j’oubliais.
MADAME LAROCHE. - Reprenons, vous pouvez amener les enfants si vous voulez.
BEN, gêné. - Je préfère qu’il y ait quelqu’un pour les…surveiller.
MADAME LAROCHE. - Mais voyons, ils sont grands, pourquoi voulez-vous les surveiller ?
BEN, cherchant une explication. - On n’est jamais trop prudents… il faut surveiller nos adolescents de peur qu’il ne fassent des bêtises… je ne sais pas, je suppose !
MADAME LAROCHE. - Vous avez peut-être raison, ensemble, tout est possible, surtout le pire.
ZOÉ. - Je peux faire ça si vous voulez !
BEN. - Vous ?
ZOÉ. - Oui, vous pourriez m’engager comme votre petite secrétaire… Et je pourrais surveiller les enfants…
BEN. En voilà une idée !
MADAME LAROCHE. - Il ne s’agit pas de chez monsieur Ralois, madame mais, de chez moi !
BEN, saisissant l’occasion. - Mais pourquoi pas ? Zoé voudrait peut-être travailler avec nous et laisser tomber son poste de serveuse. Qu’en dites-vous ?
ZOÉ. - J’en serais ravie, Benjamin !
MADAME LAROCHE. - Et vous acceptez qu’elle vous appelle…
BEN. - Il n’y a pas de mal !
MADAME LAROCHE. - Votre femme ne serait pas contente.
BEN. - Ma femme ? Ca ne la dérangerait pas, elle a bien des amis qui l’appellent Irène.
MADAME LAROCHE. - Elle ne va pas travailler chez vous en habitant ici, voyons !
BEN, à Zoé. - En effet, nous aurions besoin de vous 24 heures sur 24 si vous êtes notre secrétaire, c’est ennuyeux que vous habitiez ici.
MADAME LAROCHE. - Ne cherchez pas, nous nous débrouilleront très bien tout seuls, je prendrai les notes et…
BEN. - Non, madame Laroche, vous êtes une scientifique, votre métier, c’est de découvrir et pas de prendre des notes, pour ce travail, il y a des secrétaires. « Ne volez pas un travail qui n’est pas le votre. » C’est ce que disait mon père.
ZOÉ. - Mais comment ferons-nous pour le logement ?
BEN. - Vous dormirez dans la chambre de ma femme et je lui laisserai ma chambre, elle voulait la récupérer depuis longtemps de toute façon.
MADAME LAROCHE, à part. - Tiens, ils font chambre à part…
ZOÉ. - Ca ne la dérangera pas ?
BEN. - Au contraire, ça fait depuis un an qu’elle me répète « on devrait engager une personne pour s’occuper de la maison » mais, financièrement, nous n’avons jamais pu nous permettre.
ZOÉ. - Je ne demanderai pas beaucoup, vous savez, je n’ai presque pas de vie sociale et j’ai peu de loisirs en dehors d’Internet.
BEN. Hé bien, c’est arrangé, vous nous accompagnez !
MADAME LAROCHE. - Mais, Benjamin…
BEN. - Vous ne le regretterez pas, je me porte garant de Zoé, je fréquente ce café depuis longtemps et elle est toujours restée aimable, modeste et agréable. Je vais chercher les enfants, attendez-moi. (Il sort. Un long silence)
ZOÉ. Il est gentil.
MADAME LAROCHE. Il est respectable. (Silence)
ZOÉ. Vous voulez quelque chose ? (Elle montre son plateau) J’ai un expresso si vous voulez, la fille qui me l’avait commandé n’est plus là.
MADAME LAROCHE. Donnez. (Zoé lui donne la tasse, madame Laroche boit) Il est froid. (Silence) Je n’aime pas quand ils sont froids.
ZOÉ. C’est normal, c’est toujours plus agréable quand ils sont chauds.
MADAME LAROCHE. Tout le monde n’a pas la chance d’en avoir des chauds.
ZOÉ. C’est sûr. (Silence) Mais il ne faut pas les laisser refroidir. Faut les boire tout de suite, au risque de se brûler.
MADAME LAROCHE. Ça peut vous laisser un goût amer. (Ben revient)
BEN. Ils ont décidé de reprendre le train, ils m’avaient l’air vraiment pressés…
MADAME LAROCHE. Monsieur Ralois, j’ai réfléchi et je suis d’accord pour examiner votre projet en détail avec vous mais que diriez-moi de le faire chez moi ? Ce soir, Anne fait une petite fête avec des copines, vous savez, je ne peux pas lui refuser ça… enfin, avant que la fête commence, je vous invite à passer l’après-midi chez moi, ainsi nous aurons tout le temps d’examiner ce qui nous préoccupe.
BEN. Eh bien… je ne sais pas, ma femme voulait…
MADAME LAROCHE. Ah monsieur, quand on est Académicien, on a parfois des impératifs !
BEN. C’est vrai…
ZOÉ. Mais monsieur, vous ne pensez pas qu’un Académicien n’a pas à faire ce travail tout seul ? Il a besoin de quelqu’un pour l’aider…
MADAME LAROCHE. Je vais l’aider, mademoiselle.
ZOÉ. Madame, voyons, vous une grande scientifique ! Vous réduire à de basses tâches de prise de notes ? Laissez, je me chargerai de ce travail et monsieur Ralois se fera un plaisir de me dicter ce qu’il veut dire.
MADAME LAROCHE. Madame, je sais encore écrire et je n’ai pas besoin de vous.
ZOÉ. Ne prenez pas le travail des autres, madame !
MADAME LAROCHE. Je ne vous prends pas votre poste de serveuse !
ZOÉ. Je ne suis plus serveuse !
BEN. Écoutez-moi…
MADAME LAROCHE. Le fait est, madame, que vous n’avez pas de nouveau contrat.
ZOÉ. J’en aurai un très bientôt.
MADAME LAROCHE. Si monsieur Ralois le permet !
BEN. Justement, je voulais…
ZOÉ. Il le permettra !
MADAME LAROCHE. Laissez-le donc s’exprimer !
BEN. Madame Laroche, si vous acceptiez que Zoé nous accompagne, ce serait me faire grand plaisir. Elle ne peut pas rester sans travailler.
MADAME LAROCHE. Bon, soit ! Ce soir, chez moi, monsieur Ralois. (Elle lui fait une poignée de main, puis, glaciale) Et vous aussi, mademoiselle. (Elle sort)
ZOÉ. Quel est notre programme, Benjamin ?
BEN. Hé bien…nous allons… (se rappelant soudain) La machine, malédiction ! Je ne peux pas aller jeter un coup d’œil sur leurs bêtises, je dois être chez madame Laroche ce soir.
ZOÉ. Quelle machine ?
BEN. Zoé, il faut que vous m’aidiez… oui, que vous m’aidiez !
ZOÉ. Que voulez-vous ?
BEN. Je vais vous expliquer… (Ils sortent.)
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