Scène VI
BEN, IRÈNE
IRÈNE. Benjamin.
BEN. Irène ? Toi, ici ?
IRÈNE. Oui, Benjamin, j’ai quelque chose à te dire.
BEN. Va donc, ma chérie, tu sais que je serai toujours là pour t’écouter. (Il se lève, à part) Ça y est, la machine est prête.
IRÈNE. Je ne sais pas comment te dire ça…
BEN, la prenant par la main et l’amenant vers le canapé. Installe-toi, ma puce. (Il sourit) Alors que voulais-tu me dire ?
IRÈNE. Eh bien, je voulais… oh, ce qu’il fait chaud ici !
BEN. Je vais ouvrir la fenêtre. (Il ouvre le velux) Je te fais un café ? (Il va vers la cafetière)
IRÈNE. Non, ce n’est pas la peine…
BEN. Je tiens à ce que tu te sentes parfaitement bien.
IRÈNE. Mais je vais bien, là…
BEN. Alors je suis ravi. (Il s’assoit à côté d’elle et passe son bras autour de ses épaules) Que voulais-tu me dire ?
IRÈNE. Pourquoi fais-tu cela ?
BEN. Pourquoi ? Tu me demandes pourquoi ? Bah parce que tu es ma femme et que je suis ton mari.
IRÈNE. Bien sûr, évidemment… (Ben la fixe avec des yeux scintillants) Pourquoi me regardes-tu comme ça ?
BEN. Je ne sais pas… ça te gêne ?
IRÈNE. Non, pas tellement. (à part) Tout va bien…moi qui vient de dire à Nicolas que ce serait fait en cinq minutes, tout va bien ! (Ben appuie encore son regard et semble prêt à l’embrasser)
BEN. J’ai eu beaucoup de travail ces derniers temps mais c’est fini… on va pouvoir se rattraper, tu m’as manqué durant ces longues heures.
IRÈNE, à part. S’il m’avait dit ça il y a un mois ! (à part) C’est que… j’ai l’impression de ne pas t’aimer comme tu m’aimes.
BEN. Allons donc, ma chérie, je suis distant c’est vrai mais ce n’est pour autant que je ne t’aime pas. Je t’aime comme un fou, je t’assure…
IRÈNE, à part. Il ne me rend pas les choses faciles ! (à part) Mais je n’en doute pas, Benjamin…
BEN, à part. Ça marche ! (Haut) Je veux faire beaucoup pour toi, je me suis trop désinvesti, je le reconnais, mais tout cela va changer, je serai un mari exemplaire, tu verras. (Il l’embrasse sur la bouche)
IRÈNE. Benjamin, je ne m’attendais pas à ça… mais je… (Il l’embrasse dans le cou) Enfin… (Elle soupire, d’impuissance et de détente à la fois, elle répond à ses baisers puis s’allonge, à part) Il faut lui dire, il le faut… (Ben la serre contre lui et ferme les yeux) Benjamin ?
BEN. Oui, mon cœur ?
IRÈNE. Ce n’est plus possible.
BEN. Je le sais bien et c’est pour ça que j’ai changé.
IRÈNE. Mais je voulais dire… nous deux, enfin, notre couple…
BEN. L’amour seul nous mène vers l’impossible.
IRÈNE. Oui, mais cet amour justement, tu le ressens…
BEN. Plus que jamais, ma chérie.
IRÈNE. Mais moi, je ne suis pas sûr de t’aimer comme tu m’aimes, enfin… (Ben se lève et va mettre une musique à la fois romantique et sensuelle[1])
BEN, d’une voix assurée, la faisant lever. Et que veux-tu dire par là ? (Il la prend par la taille)
IRÈNE. Oh, Benjamin… ce n’est pas facile.
BEN. Laisse-toi emporter, c’est moi qui mène la danse. (Il commence à la faire danser)
IRÈNE. Attends, arrête, écoute-moi…
BEN, arrêtant la musique. Oui ?
IRÈNE. On ne peut plus continuer comme ça.
BEN. Tu as raison, il faut qu’on pense à nos obligations, je vais préparer quelque chose à déjeuner, tu m’en diras des nouvelles !
IRÈNE. Mais…
BEN. Si, si, j’insiste ! (Il va pour sortir) Je t’aime, Irène. (Il sort)
IRÈNE, seule, s’écroulant sur le canapé. Il ne m’a pas dit ça depuis au moins un an ! Je rêve… après ça, je ne pourrai jamais lui dire que je veux le quitter ! Oh, mon dieu… J’y pense, où est passé Paul ? Il ne m’a pas dit quand il rentrait… je vais l’appeler mais pas ici, je n’aime pas cet endroit. (Elle sort)
[1] Le morceau « Only you » des Platters paraît tout indiqué pour l’esprit de la scène.
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