Scène VIII
ANNAUL, ALEXANDRA
ALEXANDRA. Coucou ! (Annaul s’arrête devant elle) Tiens, tu sors de la douche à ce que je vois.
ANNAUL. Oui, disons que j’avais un peu de mal à m’y retrouver dans mes affaires.
ALEXANDRA. Alors on prend des douches chez des copains et on se balade en peignoir chez eux ?
ANNAUL. Eh bien, ce n’est pas plus choquant que ton décolleté.
ALEXANDRA. Tu as remarqué ?
ANNAUL. C’est difficile de ne pas le voir.
ALEXANDRA. Sauf quand on ne regarde pas.
ANNAUL. Il faut regarder le plafond dans ce cas.
ALEXANDRA. Ou alors regarder dans les yeux. (Ils se fixent et ne lâchent pas le regard par la suite.)
ANNAUL. Je peux rester longtemps comme ça.
ALEXANDRA. Moi aussi.
ANNAUL. Alors, pourquoi voulais-tu me voir si vite ?
ALEXANDRA. Parce que je dois éclaircir certaines choses.
ANNAUL. Quelles choses ?
ALEXANDRA. Tu sais que j’ai passé la nuit à courir dans toute la ville avec derrière moi le plus formidable don juan que la Terre ait porté ?
ANNAUL. J’ai une petite idée de la chose.
ALEXANDRA. Et même lorsque j’étais en soutien-gorge dans la rue, une pensée me réchauffait le cœur.
ANNAUL. C’est toujours utile quand on a froid.
ALEXANDRA. Cette pensée, c’était toi.
ANNAUL. Et Oscar est oublié, tout d’un coup ?
ALEXANDRA. Mais toi, tu es une fille, ce n’est pas pareil. Enfin, tu sais mon avis là-dessus…
ANNAUL. Je ne peux pourtant pas être un garçon.
ALEXANDRA. Et qu’est-ce qui me le prouve ?
ANNAUL. Rien du tout parce que tu vas baisser les yeux, repartir, embrasser ton don juan et retourner à Paris pour y vivre votre grande histoire d’amour.
ALEXANDRA. J’ai d’autres projets. (Elle se rapproche de Annaul) Dis-moi que tu es une fille.
ANNAUL, baissant les yeux. Je suis une fille.
ALEXANDRA. Alors pourquoi ne pouvais-tu pas détacher les yeux de mon décolleté ?
ANNAUL. J’étais peut-être jalouse de tes seins ?
ALEXANDRA. Ce n’est pas ce que voulait dire ton regard. Tu ne les jalousais pas, tu les désirais.
ANNAUL, à part. C’est à moitié tentant !
ALEXANDRA. Alors, serais-tu une petite Sappho ?
ANNAUL, à part. C’est fou ce que les filles superficielles peuvent être attirées par les mecs, ma partie féminine se rebelle. (Haut) Doucement, tu oublies Oscar.
ALEXANDRA. Et alors, les mecs rêvent tous de voir leur copine embrasser une autre fille, c’est bien connu !
ANNAUL, à part. Et c’est elle qui me dit qu’elle n’est pas lesbienne ! (Haut) Je ne préfère pas, ce n’est pas vraiment ni le lieu, ni le moment…
ALEXANDRA. Je ne pourrais pas faire pire qu’hier.
ANNAUL. Ce n’est pas faux.
ALEXANDRA. Et puis tu es tellement sexy dans ton peignoir d’homme ! (Elle la prend dans ses bras, on entend quelqu’un qui monte)
ANNAUL. Mais, non je ne préfère pas.
ALEXANDRA. Je vois, ton truc, c’est les mecs.
ANNAUL. Non, ce n’est même pas ça, je te trouve très attirante mais… (à part) Ça y est, Anne s’efface, je deviens enfin indépendant ou indépendante, je ne sais pas trop ! (haut) Mais il y a quelqu’un qui monte !
ALEXANDRA. Allons dans la salle de bains si ton copain veut bien, évidemment !
ANNAUL. Il m’a dit : fais comme chez toi !
ALEXANDRA. Alors on ne va pas se priver ! (Elle l’entraîne à l’extérieur)
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