Prologue
Juillet 2004Lorsque Jake et Alyssa avaient quitté Denver trois heures plus tôt, le temps était clément. Contrairement aux jours précédents, il faisait doux, de rares nuages blancs aux formes les plus insolites couvraient le soleil de temps à autre. Rien ne laissait présager que ce temps agréable allait se métamorphoser en un terrible orage où se mêleraient rafales de vent et grêle. Quand ils atteignirent les premières routes sinueuses, ils étaient à mi-parcours entre Denver et Deewok. Ils savaient que désormais le trajet allait être plus délicat. Des chaînes montagneuses et boisées s’étendaient en effet à perte de vue. Pour atteindre Deewok, ils devaient emprunter l'unique route en lacets et scabreuse existant au coeur de ce magnifique décor. Cette route offrait une visibilité réduite et ne permettait pas de circuler à double sens. Jake et Alyssa avaient conscience que cette partie du voyage était stressante mais pour rien au monde, ils auraient renoncé à leur petit paradis comme ils le surnommaient.
Lors d’une randonnée, ils avaient eu le coup de foudre pour un terrain abandonné, à l’écart de toute civilisation, qu’ils avaient acquis à un bon prix. Sur celui-ci, Jake avait construit une maison en bois d’une surface habitable de soixante-dix mètres carrés. Il avait aménagé une pièce unique se constituant d’un séjour et d’une cuisine américaine à la droite de l’entrée de la maison et d’une mezzanine au dessus du séjour. Mandy, leur fille de six ans et demi, adorait passer ses vacances dans cet endroit. Elle pouvait savourer l’immense prairie qui s’étendait tout autour de la maison et aller se baigner au lac de Thorsten, un lac localisé à une dizaine de kilomètres de la maison.
Malheureusement, Mandy ne faisait pas partie du voyage. Alyssa avait préféré la laisser à Roverside chez ses parents afin qu’elle et Jake puissent se concentrer sur leur travail en retard et enfin prendre un repos bien mérité. En revanche, ils furent obligés d’emmener Julien, leur bébé de deux mois qu’Alyssa allaitait encore. En ce moment, Julien dormait paisiblement dans son siège à l’arrière de la voiture du côté passager.Lors d’une randonnée, ils avaient eu le coup de foudre pour un terrain abandonné, à l’écart de toute civilisation, qu’ils avaient acquis à un bon prix. Sur celui-ci, Jake avait construit une maison en bois d’une surface habitable de soixante-dix mètres carrés. Il avait aménagé une pièce unique se constituant d’un séjour et d’une cuisine américaine à la droite de l’entrée de la maison et d’une mezzanine au dessus du séjour. Mandy, leur fille de six ans et demi, adorait passer ses vacances dans cet endroit. Elle pouvait savourer l’immense prairie qui s’étendait tout autour de la maison et aller se baigner au lac de Thorsten, un lac localisé à une dizaine de kilomètres de la maison.
La fine pluie qui glissait le long du pare-brise depuis une bonne demi-heure se transforma en un véritable déluge. De lourds nuages s’étaient amoncelés et les fortes rafales de vent obligèrent Jake à redoubler d’attention et à ralentir. Le ciel se chargea brusquement de nuages noirs et en l’espace d’un instant, il fit aussi sombre qu’en pleine nuit si bien que Jake alluma ses feux de croisement en plein coeur de l’après-midi. De violents coups de tonnerre, suivis d’une série d’éclairs aveuglants réveillèrent Julien qui se mit à hurler.
- Tu ne crois pas que tu devrais t’arrêter au bord de la route en attendant que l’orage passe ? suggéra Alyssa angoissée.
- J’aimerais bien mais je ne sais pas pourquoi, les freins ne répondent pas !
- Comment ça ? demanda-t-elle en déglutissant péniblement.
- J’ai beau essayé de freiner, la Ford refuse de ralentir. C'est comme si je freinais dans le vide !
-Tu as essayé le frein moteur ?
- C’est la première chose que j'ai faite. Plus rien ne fonctionne ! Continua-t-il d'un ton où perçait la panique. Je suis désolée Alyssa mais il va falloir garder notre sang-froid et nous cramponner au prochain virage.
- Ce n'est pas possible ! se lamenta-t-elle. Je vais me réveiller et me rendre compte que ce n'était qu'un vilain cauchemar.
- Hélas, non, ma chérie. C'est la triste réalité.
- Attentiooon ! hurla Alyssa quand elle vit le virage à angle droit s’approcher d’eux à une allure vertigineuse.
Jake réussit à éviter la catastrophe de justesse mais le répit fut de courte durée. Une autre série de virages les attendait deux minutes plus tard. Cette fois-ci, Jake eut toutes les peines du monde à garder la tête froide car il savait qu’à une vitesse de 70 km/H, l’accident était dans ces circonstances inévitable d’autant plus qu’ils se trouvaient déjà à mille mètres d’altitude. La route qui longeait les montagnes était de plus en plus sinueuse et n’était protégée du vide que par une vétuste rambarde bien symbolique. Jake se risqua à jeter un coup d’œil à sa droite, ce qu’il vit ne le rassura pas. Le paysage qui s’offrait à lui était certes magnifique avec son immense vallée verdoyante parsemée de fleurs sauvages et de maisons typiquement montagnardes mais dévaler cette pente en voiture par un temps pareil lui donna le tournis. Jake réussit à redresser la voiture de justesse lors de la première série de virages, lors de la seconde série, la voiture patina dans le vide et quitta la route. Jake tenta désespérément d’en reprendre le contrôle mais il était trop tard. Après un tête-à-queue, la voiture heurta violemment la rambarde qui céda au premier choc. Instinctivement, Jake essaya de freiner mais en vain. La Ford se mit à dévaler la pente à une vitesse hallucinante. De nombreuses branches d’arbres imposants vinrent toucher la Ford dont la course fut ralentie, la voiture finit par faire plusieurs tonneaux avant de s’immobiliser définitivement au fond du ravin. Des volutes de fumée se dégagaient à l’arrière de la voiture. Jake avait la tête en bas, le volant lui écrasant la poitrine, il était encore conscient mais incapable de s’extraire de la Ford. Il ne pouvait pas voir Julien d’où il était. Son fils était probablement assommé par l’accident, aucun son ne sortant de sa bouche. Il vit Alyssa le visage en sang, inerte, puis il sombra dans l’inconscience.
- Comment vont nos nouveaux patients ? demanda Arnold Wendell, un homme d’une cinquantaine d’années à l’allure athlétique, directeur de la clinique, un établissement privé unique dans la région, spécialisé dans les transplantations.
- Madame Culver souffre d’un traumatisme crânien, quelques côtes sont fracturées et elle est paralysée des jambes. Il semblerait que la colonne vertébrale soit également touchée, répondit Maureen Heather, la responsable du service des urgences.
L'apparence ne laissait personne indifférent et encore moins Arnold Wendell qui succombait à son regard concupiscent à chaque fois qu’il la regardait droit dans les yeux. Maureen savait tirer profit de ses yeux d’un bleu limpide rappelant les aigue-marine et elle espérait ainsi gagner la confiance de Wendell, d’autant plus que son intégration dans l’établissement était récente.
- Et qu’en est-il du mari ? demanda-t-il en évitant son regard.
- Il a quelques blessures sans gravité, il a repris conscience ce matin à neuf heures quand l’aide-soignante est venue prendre sa tension. Il ne semblait pas savoir ou il était. Je crains qu’il ne souffre d’amnésie temporaire.
- Et le bébé ?
- Il se trouve dans un état critique. Il a été brûlé au troisième degré. Nous lui avons fait les soins de première urgence mais il est fort probable qu’il ne passe pas la nuit si nous ne lui trouvons pas de donneur compatible pour une greffe cellulaire dans les heures qui suivent. Pour apaiser ses souffrances, Candice lui a administré une forte dose d’antalgique.
Maureen se tut. Arnold Wendell, mal à l’aise face à cette créature de rêve, rompit le silence en lui demandant si elle avait autre chose à signaler.
- Non, rien pour le moment, dit-elle en réfléchissant.
- Je retourne dans mon bureau. Tenez-moi au courant s’il y a du nouveau.
- Pas de problème, répondit-elle amusée en voyant la gêne de Wendell.
Une fois dans son bureau, Wendell se connecta sur Internet. Il voulait s’assurer que la livraison qu’il attendait depuis trois jours, était enfin arrivée. Quand il cliqua sur la fenêtre des donneurs anonymes, un large sourire se dessina sur son visage. Il allait pouvoir se mettre immédiatement au travail et s’occuper personnellement du cas du petit Culver. Celui-ci s’avérait être un cas très intéressant pour sa renommée et l’avenir de l’humanité. Il était conscient qu’il courait de grands risques avec un enfant de tout juste deux mois. Quoiqu’il en soit, il valait mieux tenter le tout pour le tout puisque cet enfant était condamné. Il contacta son bras droit Paul Steiner, un homme au caractère complètement différent du sien, qui n’avait aucun scrupule et restait insensible à toute la misère du monde. Rien ne pouvait l’atteindre, seuls le profit et sa petite personne comptaient. Paul Steiner décrocha à la troisième sonnerie et affirma à Wendell que toute l’équipe de chirurgiens serait dans la salle de soins intensifs une demi-heure plus tard. Wendell fit remarquer à Steiner que le caisson de conservation était arrivé depuis bientôt vingt minutes, ils avaient peu de temps. Chaque minute écoulée était importante. Comme à l’accoutumée, Steiner resta de marbre, il savait que cette affaire porterait ses fruits, par conséquent, il mit aussitôt à exécution les projets de Wendell. Toute perte de temps était synonyme de perte de d’argent. Il ne voulait pas prendre ce risque.
En ouvrant les yeux, Jake balaya la pièce d’un regard circulaire. A côté de lui, il y avait une cruche et un verre sur une table de nuit. Il se trouvait dans une chambre d’hôpital. Cet endroit lui était familier mais cette fois-ci il n’endossait plus le rôle de chirurgien, mais celui de patient. Il était entouré de quatre murs blancs et d’une large fenêtre qui donnait sur un parc étonnamment fleuri. Aucune maison ne semblait poindre à l’horizon. Quand il remua les bras, il remarqua qu’il avait un cathéter au bras gauche et un goutte-à-goutte au-dessus de la tête. Il voulut s’asseoir mais les fortes douleurs lombaires le firent changer d’avis. Il se demanda ce qu’il faisait dans un lit d’hôpital. Il eut beaucoup de mal à rassembler ses idées. Il ne se souvenait pas des dernières heures de sa vie et ne se doutait pas un instant que son état léthargique était dû un accident de voiture. Plongé dans ses pensées, il ne vit pas l’aide-soignante entrer dans sa chambre.
- Comment allez-vous, Monsieur Culver ? demanda Candice, une jeune femme charmante de vingt-deux ans aux cheveux longs relevés en un élégant chignon.
- Cela pourrait aller mieux, répondit-il en se montrant peu convaincant.
- Pourriez-vous me dire ce qu’il m’arrive ? Je ne me souviens pas des raisons pour lesquelles je suis ici, ajouta- t-il perplexe.
- Bien sûr, Monsieur Culver ! Vous êtes arrivé ici cette nuit suite à un accident de voiture. Apparemment, vous avez eu de la chance. On a réussi à vous extraire à temps de la voiture. Vous vous êtes retrouvé en pleine tempête et avez perdu le contrôle de votre véhicule. Lorsque la voiture s’est retrouvée au fond du ravin, elle a pris feu. Dix minutes après votre expulsion, la voiture explosait. Malheureusement, dit-elle en plaisantant, vous allez être obligé de la remplacer !
Jake resta bouche bée. Il n’avait aucun souvenir de ce drame. Tout à coup, une angoisse insurmontable s’empara de son corps quand il se souvint de l’existence d’Alyssa et de ses enfants.
- Ma femme et mes enfants, comment vont-ils ? s’empressa-t-il de demander.
- Votre femme a subi de graves dommages corporels. Les médecins sont pour le moment incapables de se prononcer. Il faut que vous sachiez qu’elle est paralysée ; on ne peut pas encore définir si c’est irréversible.
Jake devint blanc comme un linge.
- Quand à votre fils, j’ai de très mauvaises nouvelles. Elle garda le silence quelques secondes, embarrassée et poursuivit. Il est décédé à neuf heures trente ce matin des suites de ses brûlures. Quand les pompiers l’ont sorti de la voiture, les flammes l’avaient déjà gravement touché. Il avait peu de chances de survivre, expliqua- t-elle avec délicatesse.
- Et ma fille ?
- Elle n’était pas dans la voiture. Nous n’avons pas retrouvé son corps.
Jake était abattu. Son fils était mort tragiquement, quant à sa femme, il n’était pas sûr qu’elle puisse mener à nouveau une vie normale un jour et il ne savait pas où se trouvait Mandy. Il se remémora les instants complices qu’il avait eus avec sa famille. Cependant, il eut une sensation étrange. Il avait beau essayé de se souvenir des évènements importants de sa vie, sa mémoire se montrait défaillante. Un souvenir lui venait à l’esprit puis l’instant d’après, cette image devenait floue jusqu'à se brouiller comme un poste de télévision lorsqu’il se dérègle. C’était un phénomène curieux qu’il ne s’expliquait pas, comme si toutes les choses importantes de sa vie avaient été rayées de sa mémoire.
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