chapitre 1
Vendredi 21 Octobre 2005Pour un mois d’octobre, l’air était glacial et le temps maussade. En voyant les premiers flocons de neige tourbillonner par le fenêtre de la salle de repos, Jake n’eut qu’une envie : rentrer le plus tôt possible chez lui et déguster un bon bol de chocolat chaud devant la cheminée. Il lui restait encore quelques visites à effectuer et Dieu seul savait combien de temps cela lui prendrait. Le cas de Madame Gardner était délicat, elle était arrivée le samedi précédent au Memorial Denver pour y subir une opération à cœur ouvert ; l’opération s’était mal passée. Elle fut en effet prise de convulsions en cours d’opération, son cœur s’était arrêté de battre quelques instants. Heureusement, la défibrillation par choc électrique avait fonctionné du premier coup. Une heure plus tard, alors que les chirurgiens étaient entrain de la recoudre, le cœur avait à nouveau cessé de battre sans raison apparente. Il fallut du temps pour que son cœur retrouve un rythme normal. Le cerveau privé d’oxygène durant une trentaine de minutes, avait été endommagé. Madame Gardner avait perdu l’usage de la parole, elle n’avait retrouvé qu’une partie de ses facultés. Jake devait également prendre des nouvelles de Harry Fergusson, un homme solitaire de 62 ans, sans famille, qui profitait de son bref séjour à l’hôpital pour retenir tout personne qui s’approchait de son chevet et entamer une conversation à n’en plus finir. Jake espérait que cette visite ne s’éterniserait pas. Il devait aussi se charger des papiers administratifs, tâche qu’il répugnait à faire mais nécessaire au bon fonctionnement de l’hôpital. Quand il fut enfin libéré de toutes ses obligations professionnelles, il était 18 heures 10. Il alla prendre une douche rapide dans les vestiaires, vérifia que tout était en ordre et jeta un dernier coup d’œil dans son casier. Il quitta le Memorial Denver à 18 heures 40 et se rendit à Valleys, un quartier résidentiel à 3 kilomètres au Nord de l’hôpital, pour retrouver Mandy qui avait passé la fin de l’après-midi chez Kerry, une camarade de classe que Mandy connaissait depuis son entrée à l’école primaire.
Quand Jake sonna à la porte d’une immense maison de style New Age peinte en blanc, une femme d’une trentaine d’années aux cheveux mi-longs de couleur châtain clair et aux yeux noisette vint l’accueillir, le sourire aux lèvres. C’était Madame Mickaels, la mère de Kerry. Cette femme n’avait rien en commun avec ces femmes snobs, bon chic, bon genre. Elle était vêtue d’un simple pantalon de velours rouge et d’un pullover en laine jaune et portait des baskets blanches aux pieds.
- Bonjour Monsieur Culver, dit-elle jovialement.
- Bonjour Madame Mickaels ! J’espère que Mandy a été sage, s’exclama-t-il d’un ton joyeux.
- Tout s’est déroulé à merveille. Kerry et Mandy ont pris leur goûter en rentrant de l’école, une part de gâteau au chocolat que j’avais confectionné pour l’occasion, ensuite elles sont allées directement jouer dans le jardin quand elles ont vu la neige tomber.
- Rien d’étonnant à cela, répondit Jake. Mandy ne sait plus où donner de la tête quand elle voit les premiers flocons tomber. A la maison, elle tourne en rond comme un lion en cage jusqu’à ce que nous décidions de l’accompagner dehors. Nous habitons au troisième étage d’une résidence, elle est encore trop jeune pour aller dehors sans surveillance. Elle n’allait pas manquer l’occasion de profiter d’un immense jardin recouvert de neige !
- Bonjour papa ! fit Mandy essoufflée.
- Bonjour mon cœur ! T’es-tu bien amusée, demanda Jake tendrement.
- C'était super ! Moi et Kerry, on a construit un énorme bonhomme de neige et quand tu es arrivé, on était entrain de faire une bataille de boules de neige, répondit-elle tout excitée et hors d’haleine.
Tu fais une partie avec nous ? supplia-t-elle.
- Tu sais, il se fait tard. Il serait préférable que nous ne perdions pas de temps. La neige commence à former une couche épaisse sur la route. J’ai peur qu’elle se transforme en patinoire.
Mandy n’insista pas, elle comprit que son père était sérieux. Elle se dépêcha de rassembler ses affaires avant de monter en voiture. Il était dix-neuf heures passées quand Jake et Mandy prirent congé de la famille Mickaels. Jake perdit beaucoup de temps dans Denver avant de s’engager sur l’autoroute A31 qui menait à Littleton, la petite ville dans laquelle ils habitaient. En temps ordinaire, il parvenait à la maison en une vingtaine de minutes mais en voyant les lourds flocons de neige tourbillonner devant son pare-brise, il se doutait bien qu’il mettrait plus de temps qu’à l’accoutumée d’autant que la circulation était ralentie par un épais manteau de neige gelée recouvrant l’autoroute, le chasse-neige n’avait pas encore dégagé et salé la route. En dépit du chauffage poussé au maximum, de la neige s’était accumulée aux bords du pare-brise, ne laissant à Jake que deux croissants de vitre par lesquels il scruta consciencieusement l’autoroute. Il se montra extrêmement prudent. Il scruta l’horizon à la ronde, regarda régulièrement dans son rétroviseur et décida de rester sur la voie le plus à droite de l’autoroute. Le passage des voitures se fit de plus en plus rare si bien qu’il eut la désagréable impression d’être suivi quand il regarda pour la cinquième fois dans son rétroviseur. La même camionnette blanche le suivait depuis sa sortie de Denver. Il pensa qu’il devenait paranoïaque et que la fatigue accumulée de ces dernières semaines n’arrangeait rien. Il finit par se rendre à l’évidence que cette camionnette se trouvait dans la même situation que lui. Elle roule à la même vitesse que moi à cause de la neige et veut simplement éviter de glisser et de perdre le contrôle du véhicule ! se rassura Jake.
Jake arriva enfin à la sortie d’Englewood. Il lui restait encore cinq kilomètres avant d’atteindre l’entrée de Littleton. Le reste du trajet fut très pénible. La petite route sur laquelle il roulait, était dangereuse car elle était peu fréquentée et d’autant plus glissante. La visibilité était de plus en plus réduite : la neige tombait dru. Le manteau de neige qui recouvrait la route, s’était transformé en verglas. Jake eut beau roulé à 20 km/H, la Golf break ne tint pas la route. Il jeta à nouveau un coup d’œil dans le rétroviseur, quelle ne fut pas sa stupeur quand il constata que la camionnette blanche était toujours derrière lui mais à une distante plus éloignée. Il essaya de se rassurer en se convaincant qu’il n’était pas le seul à prendre la sortie d’Englewood même si à cette heure tardive, la route était peu fréquentée. Il perdit momentanément le contrôle de la Golf, ce qui lui fit oublier la présence de la camionnette. Les pulsations de son cœur s’accélérèrent car ce dérapage lui rappela l’accident survenu quelques mois plus tôt. Avec le temps, les détails de l’accident lui étaient revenus à l’esprit ainsi que d’autres évènements de sa vie qu’ils ne comprenaient pas car ils lui apparaissaient comme des flashes et puis tout s’effaçait comme si de rien n’était. Il avait l'impression que sa mémoire lui jouait des tours et refusait de lui transmettre la clé de son passé. Jake réussit tant bien que mal à redresser la voiture et il vit enfin la pancarte qui indiquait que l’on entrait dans Littleton.
Jake et Alyssa habitaient au sud-ouest de Littleton dans une résidence de haut standing à l’abri de la circulation. Leur résidence se trouvait à côté d’un parc aménagé pour les enfants qui permettait de rejoindre le petit bois à la sortie de Littleton. Ils avaient longtemps hésité à acheter cet appartement en raison du prix élevé. Finalement, ils s’étaient vite rendu compte que celui-ci était une vraie petite merveille. Quand on entrait dans le hall, on avait une vue d’ensemble de l’appartement. A gauche de l’entrée, on accédait à une vaste cuisine séparée du séjour par plan de travail de trois mètres de long et de soixante-dix centimètres de large. Le séjour, chaleureux et lumineux, donnait sur une magnifique terrasse à en couper le souffle. De nombreux arbustes ornaient la bordure de la terrasse, ce qui permettait d’être à l’abri des regards indiscrets. Alyssa avait investi dans un salon de jardin blanc et dans deux énormes jardinières qu’elle remplissait de fleurs de saison. Elle et Jake y passaient la plupart de leurs soirées d’été afin d’y admirer le coucher de soleil qui disparaissait derrière les collines de Littleton. Au centre de l’appartement dominait un immense salon muni d’une cheminée dernier cri qui remplaçait la terrasse lors des longues soirées d’hiver. A côté de la cheminée, quelques marches permettaient d’accéder aux trois chambres, dont l’une était inoccupée depuis la mort tragique de leur bébé et qu’ils avaient laissée en l’état.De jolies plantes exotiques à la taille imposante séparaient le bureau de Jake et Alyssa, situé à droite de l'appartement, des pièces à vivre. Alyssa, légèrement claustrophobe, ne supportait pas les espaces fermés où les ouvertures de pièce, trop étroites, donnent un accès limité aux autres pièces.
Voyant que son père commençait à se détendre, Mandy se risqua à lui demander si Alyssa serait déjà à la maison ; elle imaginait sa mère les accueillant à bras ouverts. Elle ne l’avait pas vue depuis la veille au soir. La réponse de Jake mit un terme à ses rêveries.
-Maman avait cours jusqu’à 19 heures. Tu sais bien qu’il lui faut beaucoup de temps pour sortir de l’université et rejoindre le parking. Elle a fait pas mal de progrès depuis sa rééducation mais ses gestes n’en restent pas moins lents ; de plus, elle éprouve toujours des difficultés à marcher avec sa jambe droite.
- Oui, je sais, dit Mandy en soupirant, le regard perdu dans le vide. Elle n’aimait pas voir sa mère dans un tel état alors qu’elle l’avait connue vive et énergique avant son accident. C’était une vraie pile électrique. Maintenant, elle était très calme et chaque mouvement lui demandait beaucoup d’efforts.
En garant la Golf dans le garage de la résidence, Jake constata qu’Alyssa n’était pas encore rentrée. La place de parking qui leur était réservée devant l’immeuble était vide, au grand désespoir de Mandy.
- Ne t’inquiète pas, dit Jake. Maman est très prudente. Nous allons l’attendre en faisant une partie de dames. Qu'en dis-tu ?
- Chouette, répondit Mandy dont la tristesse disparut aussitôt. Tu es super, papa ! je t’adore !
- Moi aussi, je t’adore, répliqua Jake d’un ton paternel.
Alyssa fut soulagée quand elle entendit la sonnerie de l’université retentir. Elle avait eu une journée harassante, n'ayant pas eu le moindre instant de répit, elle avait parcouru les couloirs du département de lettres modernes d'un bout à l'autre, ce qui l’avait épuisée étant donné sa mobilité réduite. Le vendredi était en outre la journée la plus chargée de la semaine. Elle commençait ses cours de littérature à 8 heures avec les troisièmes années pour les terminer avec les premières années à 19 heures. Cette section était insupportable. Les étudiants étaient toujours excités à l’idée du week-end qui les attendait et en faisaient voir de toutes les couleurs à Alyssa en abusant de sa faiblesse physique. Un étudiant en particulier, Johnny Cunningham, avait le don de la faire sortir de ses gonds. Il trouvait toujours un moyen de contredire ce que disait Alyssa si bien qu’il avait pris la fâcheuse habitude de retarder Alyssa en fin d’heure, habitude à laquelle elle n’échappa point ce soir.
- Madame Culver, j’aimerais que vous m’expliquiez en quoi l’œuvre d’Howard ne peut être conçue comme étant représentative du naturalisme mais seulement comme celle du réalisme.
- Avez-vous au moins compris quelle était la différence entre les deux mouvements littéraires ? fit-elle exaspérée. Le naturalisme est certes le prolongement du réalisme mais ce n’est pas une raison pour prendre l’un pour l’autre. Chacun de ces mouvements a des caractéristiques bien définies. Alors que le réalisme est l’imitation fidèle du réel et repose par conséquent sur l’objectivité, le naturalisme tend à montrer les aspects les plus ternes et les plus bas du réel et ce réel est observé de façon minutieuse afin de fournir une analyse explicative, ce que le réalisme ne fait pas.
- Mais pourquoi ...
- Si vous le permettez Johnny, nous reprendrons cette discussion la semaine prochaine en présence de toute la classe. Il n’y a pas de raison que vous bénéficiez d’un traitement de faveur, s’exclama Alyssa d’un ton las.
- Une dernière question, insista Johnny.
- Non, la discussion est close. Maintenant, sortez de la salle, s’il vous plait, dit-elle sèchement.
Au moment où Johnny allait ouvrir la bouche, Alyssa le poussa tant qu’elle put vers la sortie et verrouilla la porte. Elle poussa un soupir de soulagement, le dos appuyé contre la porte puis alla s’asseoir quelques instants à son bureau. Elle avait passé une partie de l’après-midi debout si bien qu’elle ressentit d’intenses douleurs le long de la colonne vertébrale. L’accident avait laissé des séquelles importantes, dont ces douleurs insupportables. Elle avait beau prendre de fortes doses d’ibrupofène, les douleurs persistaient à en devenir lancinantes. Après avoir fait les quelques exercices que le kinésithérapeute lui avait recommandés, elle se sentit mieux. Elle quitta l’amphithéâtre une demi-heure plus tard. A cette heure, les couloirs de l’université étaient déserts. Elle mit un quart d’heure à traverser la faculté avant d’atteindre la grille du campus déjà verrouillée. Elle sortit le passe de son sac et se retrouva enfin à l’extérieur du campus universitaire. Pour rejoindre le parking où était garée la Clio, Alyssa devait passer par le square qui baignait dans l’obscurité. Elle dut marcher à pas de loup pour ne pas s’éloigner des allées recouvertes de neige. Elle parvint difficilement à distinguer celles-ci des aires de jeux et des massifs si bien qu’elle finit par heurter les racines d’un arbre gigantesque et atterrit la tête la première dans la neige poudreuse. Ses nerfs étaient à fleur de peau. Elle attribua sa chute à la fatigue accumulée de la journée mais se rasséréna un peu en voyant la sortie du square. Sa voiture n’était plus très loin à présent. Encore une cinquantaine de mètres à parcourir et elle serait à son volant. Elle poussa un soupir de soulagement, quand elle vit enfin la Clio.
Comme Jake, elle perdit beaucoup de temps dans Denver. La faculté de lettres se trouvait en effet au Nord de Denver alors que la route conduisant à Littleton était au Sud. Quand elle prit l’autoroute, il ne neigeait plus. L’autoroute A31 avait été salée, Alyssa put rouler à une vitesse acceptable. Même le trajet entre Englewood et Littleton fut aisé. Il était 20 heures 35 quand elle franchit l’entrée de Littleton. Cinq minutes plus tard, elle se garait devant la résidence et constatait avec plaisir que l’appartement était éclairé. Arrivée au bout du couloir du troisième étage, elle entendit les aboiements de Fripouille, un adorable Yorkshire que sa mère lui avait offert pour ses vingt-huit ans , et de Blacky, un berger allemand au poil noir et soyeux qu’elle et Jake avaient trouvé dans un refuge deux ans plus tôt. Les deux chiens adoraient leur maîtresse, ils étaient aux aguets et reconnaissaient les pas d’Alyssa au moindre mouvement. Quand elle mit la clef dans la serrure de l’appartement, tout le monde l’accueillit à bras ouverts. Fripouille et Blacky sautillèrent autour d’elle, Fripouille finit par se ruer dans ses bras et lui lécher le visage. Blacky se frotta contre sa jupe longue de façon ostensible, montrant qu’il attendait des caresses. Mandy arriva en courant et se glissa dans les bras de sa mère. Quant à Jake, il l’attendait au milieu du salon, un verre de martini à la main. Il avait le regard pétillant et son sourire illuminait son visage. A chaque fois qu’Alyssa le voyait ainsi, elle succombait.
La première fois qu’elle avait croisé son regard, elle avait eu le sentiment qu’elle partagerait sa vie avec cet homme. Elle avait craqué pour ses yeux de biche d’un brun intense. A cette époque, Jake était accompagné d’une brune aux cheveux courts dont elle enviait la place. Plus tard, elle s’était rendu compte qu’il ne s’agissait que d’une simple amourette de lycée. Cela faisait maintenant quinze ans qu’ils étaient ensemble. Ils formaient le couple le plus solide de la terre. Leur accident de voiture survenu un an et demi plus tôt les avait rapprochés. Ils étaient encore plus complices qu’auparavant.
Alyssa entra dans le salon et Jake la serra tendrement contre lui.
- Le trajet n’a pas été trop pénible ? demanda-t-il.
- Non, la route était dégagée et il ne neige plus, répondit-elle.
- Moi et Mandy étions tellement absorbés par le jeu de dames que nous nous en étions même pas rendu compte.
- Dis, Maman ! ça te dirait une partie de dames avec moi ?
Alyssa n’eut pas le temps de répondre que Jake répliqua :
- Il serait temps que nous nous mettions à table, tu ne crois pas, Mandy ? lui fit-il remarquer en lui faisant un clin d'oeil.
- Tu as raison, papa. Mon ventre gargouille déjà, j’ai une faim de loup !
- Que mange-t-on ? s’enquit Alyssa
- De la pizza au trois fromages.
- Hum ! je m’en régale d’avance, fit-elle en se frottant le ventre. Et si on dînait devant la cheminée sur la table basse. C’est le temps idéal pour faire une petite flambée !
- Bonne idée ! corrobora Jake enthousiaste.
Ils s’installèrent tous les trois autour de la petite table, suivis de Fripouille et Blacky qui se couchèrent le long de la cheminée. Après le repas, Mandy alla se coucher. Jake et Alyssa s’affalèrent sur la banquette devant un film de science-fiction que Jake avait emprunté le matin même au vidéo Club de Littleton. Ils suivirent à peine le film car Jake avait hâte de raconter sa journée à Alyssa, en particulier ses craintes concernant la camionnette blanche. Alyssa lui fit remarquer qu’il était surmené en ce moment. Le manque de personnel à l’hôpital ne faisait qu’accroître son anxiété et la moindre contrariété avait des effets secondaires sur son psychisme. Les propos d’Alyssa rassurèrent Jake qui l’enlaça. Ils regardèrent la télé jusqu’à 23 heures et décidèrent d’aller se coucher car Jake devait se lever tôt pour rendre visite à ses patients. En descendant les volets roulants, Jake jeta un coup d’œil par la fenêtre pour voir si la neige s’était remise à tomber. Quelle ne fut pas sa surprise quand son regard se fixa sur une camionnette blanche garée juste derrière la voiture d’Alyssa. Il fit part de sa découverte à Alyssa qui s’était déjà glissée sous la couette de leur nid douillet.-
- Alyssa, tu dors ? demanda- t-il doucement en lui tapotant l’épaule.
- Pas encore.
- Mais j’aimerais bien trouver le sommeil. J’ai eu une dure journée, répondit-elle d’un air las.
- Oui, je sais mais c’est important. Il faut que je te montre quelque chose.
- Bon, d’accord ! Après, tu me laisses dormir !
- Promis.
Il lui montra la camionnette par la fenêtre.
Tu sais, ce n’est pas rare de trouver une camionnette blanche garée dans notre rue. Il y en a des dizaines en ville.
- Oui mais si tu fais attention à celle-ci, elle a un signe particulier qui la différencie des autres. Les finitions sont peintes en bleu et le pare-chocs est également bleu, ce qui est plutôt inhabituel, tu ne crois pas ? demanda-t-il en espérant un acquiescement de sa part.
- Tu as peut-être raison. Je pense qu’il vaudrait mieux en reparler demain à tête reposée. De toute façon il n’y a pas d’urgence, ajouta t’elle d’une voix fatiguée en retournant se coucher.
- Oui, dit-il sans grande conviction.
Il était certain que ses craintes étaient fondées. Pour le moment, il ne pouvait pas faire grand-chose, et encore moins à cette heure tardive. Il aviserait donc demain et verrait si la camionnette continuerait de le suivre. Il mit du temps à s’endormir. Cette histoire de filature le contrariait même si Alyssa pensait qu’il était surmené. Il finit par tomber dans les bras de Morphée à deux heures du matin.
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