In Libro Veritas

À coeur joie - chronique ironique d'une vie paisible

Par faf

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Les runes de sang

                                 
LES RUNES DE SANG


Posé sur les draps blancs
j’attends.
Comme chaque soir
je la verrai traverser le noir
de la chambre, le teint falot,
telle un poisson qui file dans l’eau.
Je la cueillerai dans mes bras
immobiles ; des mots tout bas ;
une fleur qui flotte, perdue,
dont j’essuierai les larmes pendues
aux cils, fragile rosée d’innocence
dans la nuit sombre de violence.
Douleur dans mon cœur
en fourrure d’ours. Pleure
petite, je sais ce qu’il t’arrive ;
elles sont lointaines les rives
du fleuve de ton malheur, semble-t-il,
mais tu sais que j’y suis une île
d’asile.
J’éponge tes cris, ta bile.
Plonge dans le sommeil
tu seras mieux, mon Soleil.
Je voudrais que pour toi
tout baigne dans la joie
et que le rouge du soir
soit synonyme d’espoir,
de quiétude et de repos ;
mais inscrit sur ta peau
blanche comme la Lune
il n’est qu’un mot en runes
de sang.
Dans ton ventre d’enfant
je sais tous ces cauchemars
adultes qui coulent, noirs.
Et la blanche semence de la déraison
a tristement mis en gestation
dans tes entrailles pillées,
enflammées, arrachées,
le fruit trop gros pour toi
du Vice, de la folie de sa loi.
Cela fait bien longtemps
que je t’attends maintenant,
et tu ne reviens pas,
tu ne reviens pas.
Mais je sais ce qu’il t’est arrivé,
je sais ce qu’il t’a fait,
je sais ses méfaits,
je sais !
J’ai tout entendu !
J’imagine sa main sur ta bouche tordue
pour étouffer tes hurlements.
Et ta voix se casse, se plie,
tu cries ce qu’il te reste de vie.
Tes cris tuent tout espoir ;
trop tard : les mille éclats coupants
de ta voix brisée
avaient glissés sur le parquet,
par sa main de fer
tu t’es tue ce soir
sans avoir pu rien faire.
Je ne dormirais plus dans tes draps,
tu ne me serreras plus dans tes bras.
Sous le pommier en fleurs du jardin,
enveloppée dans la terre noire, sans fin
tu attends.


    …
    été 2004 et
    automne 2005

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