Faire la poussière ou l'art de conjuguer pleuvoir à la première personne du singulier
FAIRE LA POUSSIERE
OU L’ART DE CONJUGUER PLEUVOIR
A LA PREMIERE PERSONNE DU
SINGULIER
Le soir venu, je sens souvent
En moi l’envie d’écrier,
D’écrire,
De rire de mes menus déboires
Et je tire sur mon mégot éteint
A vue.
L’avenue s’éteint.
Le frein a rompu.
L’obus de mes méninges
Eclate en silence.
Et je fais le ménage.
Les envies que j’écarte en dansant
Autour de mon balai
S’entassent sous le paillasson.
J’y essuie mes semelles crottées.
La merde de mon être
Se heurte à la fenêtre.
Tant pis.
Il pleuvra bien un jour
Dans ma chambre pour
Rincer ces étrons spirituels.
Ah ah ! Je ris dans ma barbe
Barbare.
Une boule des poils poisseux
Une boule des poils poisseux
De ma puberté,
Comme des ronces
Arrachées au passé,
En toute liberté
M’irrite la gorge.
Ah ! Enfin !
Je pleus sur mes lunettes
Des grosses gouttes de crasse
Qui roulent jusque sur mes joues
Et mettent à jour sous ma peau rouge
Les croûtes oubliées de mon acné.
Alors pour cacher tout ça,
Je détache mes cheveux.
Le rideau se baisse.
La lumière s’éteint.
Tout est calme désormais,
Dormez tranquilles mes amis.
Bonne nuit.
Grenoble
le 23 janvier 2006
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