Un jour comme un autre (II)
UN JOUR COMME UN AUTRE (II)
Comme tous les jours
je me suis levé,
j’ai petit déjeuné,
puis les dents brossées,
je suis parti
à l’université en vélo.
Comme tous les jours.
Comme tous les jours,
sur le chemin
j’ai senti des fleurs,
des feuilles et des merdes,
les odeurs de la ville
à la fin
de l’hiver.
Et quand je suis
arrivé,
c’était fermé : grève.
Comme tous les jours.
Je suis allé à l’AG,
y avait du monde,
des débats et des
votes à main levée,
comme tous les jours.
Et j’ai appris la mort
d’un ami. Suicide.
Comme tous les jours,
je suis rentré chez
moi, il faisait beau,
l’air était bon,
et je pensais
à celui qui ne pourrait
plus goûter à ce
genre de journée.
J’ai pédalé sur mon vélo
parmi les gens
pressés qui pédalaient
dans leur ennui.
Comme tous les jours.
Comme tous les jours,
j’ai déjeuné. Léger.
Peu d’appétit.
La radio parlait
malgré tout, et les
rires remplissaient
la lumière du soleil.
Comme tous les jours.
que le jour où cet ami
avait sauté était un jour
comme beaucoup d’autres
aussi.
Un jour comme un autre
pour moi, où aucun cri
n’était venu arrêter le manège
sur lequel je vis.
Comme tous les jours.
Puis j’ai appris qu’un
autre ami était à
l’hôpital. Gravement malade.
Un ami de jeune adolescence.
J’ai mal.
J’ai dormi, croyant
peut-être que tout
peut s’oublier.
Ne me quittez pas !
Sommeil sans rêves.
Debout, j’ai vu que
le ciel était gris.
Le temps avait compris.
Et les voitures continuaient
gentiment
à passer sous mes fenêtres.
Comme tous les jours.
On est seul face à soi,
face aux faits ; la face
dans le vent froid,
sans savoir ce qu’on fout là.
Je commence à comprendre
le sens des larmes
qui perlent pour ceux qui
crèvent.
Ils ne s’en vont pas,
ne dites pas ça.
Ils sont toujours là. Là,
sous nos yeux,
allongés, immobiles,
enveloppés dans le linceul
de la pudeur
de nos mots,
prêts à être inhumés
dans l’oubli.
Celui de tous les jours.
Allez, à demain.
Grenoble
le 9 mars 2006
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