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Il guérira

Par Sinn

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Table des matières
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Acte III

Lieu : Les appartements du seigneur. Une porte d'accès fait face à la porte de la chambre du blessé.

ACTE III, SCENE 1
LE MEDECIN, SIRE
LE MEDECIN
Je crois qu'il guérira. Sa blessure est sévère,
Mais j'ai vu des soldats avec bien moins de nerfs
Se remettre debout suite à même infortune.

SIRE
Maintenant taisez tout de vos doutes et lacunes,
Semblez plus assuré du sort de ce soldat
Car il faut préserver l'espoir né de ses bras.
Dans le nouvel assaut que nous venons subir,
Il me faut ce héros et non son souvenir.

LE MEDECIN
Et s'il vient à mourir devrais-je me taire aussi ?

SIRE
Non, mais juste pour dire que je le veille ici
Sans jamais préciser son état à quiconque.
Une demi-vérité, pas un mensonge donc,
Rien qui puisse entacher votre honneur aujourd'hui.
Mais il faut espérer qu'il s'accroche à la vie,
Car sa vue convaincra plus que nos démentis.
LE MEDECIN
C'est ainsi qu'il sera.

SIRE
Je vous en remercie.
Faites entrer maintenant son sauveur et partez !

LE MEDECIN
N'hésitez pas un instant à me faire demander.
   
ACTE III, SCENE 2
SECOND GARDE, SIRE
Note : Entre le second garde. Il tombe aux pieds du seigneur.

SECOND GARDE
Mon seigneur, je regrette de n'être assez solide,
Pour aider à l'instant les gens sur les murailles.
Je le voudrai pourtant, mais mon souffle défaille.

SIRE
Je vois à vos côtés une plaie mortifère
Et vous trouve à pleurer de n'être assez sévère ?

SECOND GARDE
La blessure m'a lancé dès l'instant du repos
Et je suis assuré qu'elle fuirait aussitôt
Que mes jambes et mes bras retrouveraient l'audace
Qu'ils avaient au combat quand la mort faisait face.
Mais j'ai trop attendu pour repartir sans peine Et mes muscles tendus sont devenus d'ébène
Me faisant un pantin sans personne aux commandes
Qui, là, ne peut plus rien que cette seule demande :
Sire, pouvez-vous me dire quand il va s'en sortir ?
Le docteur à partir m'a dit qu'il va guérir,
Mais n'a pas dit pour quand je pourrai le revoir.

SIRE
Ce sera à l'instant car vous pourrez mieux croire
A son prochain retour sur le champ de bataille
Mais je veux qu'alentours, d'ici jusqu'aux murailles,
Vous apportiez la joie de le savoir sauvé,
Vous le fîtes déjà quand vous me l'apportiez.

SECOND GARDE
Mais mon souffle est trop las et mes pas bien trop lents...

SIRE
Le sourire suffira à transporter les gens
Et je ferai en sorte que tous ici vous voient
Que partout l'on vous porte et partout l'on vous croit.
Allez sourire dans le silence,
Allez sourire là où l'on pleure,
Allez sourire à la souffrance,
Allez sourire là où l'on meurt,
Allez sourire la vérité
Que l'espoir ne s'est pas enfuit, Qu'il est toujours dans la cité,
Qu'il y respire et qu'il y vit.

Note : Le sire et le garde quittent la pièce pour la chambre du blessé.

ACTE III, SCENE 3
MADAME, CONSEILLER, FEMME DE CHAMBRE
Note : On toque à la porte d'accès qui s'ouvre d'un coup.

MADAME
Pourquoi devoir frapper pour venir par ici ?
Je peux quand même entrer là où est mon mari
Sans faire comme les bonnes ou un de ses valets
Dont les trois coups résonnent pour se faire annoncer !
Et puis voyez vous même : il n'y a plus personne.

CONSEILLER
Voyez comme elle se gène dès que votre voix tonne.
A la voir si pressée et du fait de son âge,
J'aurais pu vous jurer que c'est sans les usages
Que cette belle enfant aurait franchi la porte.

MADAME
C'eut été bien navrant qu'elle en fît de la sorte.

FEMME DE CHAMBRE Où est-il ?
MADAME
Où il est ? Juste à côté sans doute.
Là, la porte fermée.

FEMME DE CHAMBRE
Tout cela me dégoûte...

MADAME
Le sang, les plaies, la mort ?

FEMME DE CHAMBRE
Non, seulement votre joie.

MADAME
Ne t'en fais pas un sort, bientôt tu comprendras.
Tu as déjà les germes d'une vie confisquée,
Mais pas encore les gemmes que la haine m'a donnée.
Mon ciel à moi scintille d'un espoir loin du tien
Que tu auras, ma fille, si tu ne changes rien.

CONSEILLER
Ne veux-tu pas la paix ? Et cela au plus vite ?

FEMME DE CHAMBRE
Mais on pourrait gagner et cela tout de suite !

CONSEILLER
Tu fais bien trop de cas d' un homme, de son pouvoir.
Tout ce que tu auras c'est le lent désespoir
De voir chaque matin les ennemis plus forts,
D'en compter tomber vingt mais deux cents en renforts
Et d'entendre la voix qui portait l'espérance
Te murmurer tout bas qu'il n'y a que souffrance.
Si c'était une armée qu'il avait apporté,
Il aurait pu briser le siège qui nous tenait,
Mais c'est quelques soldats qui composent sa troupe,
Et ça ne suffit pas même lui à la poupe.

MADAME
Assez de ces paroles, gardons-les pour le mort
Quand à sa mise en sol il aura tous les tords.

Note : Madame s'avance et ouvre la porte de la chambre.

MADAME
Oh, je dérange peut-être ?

ACTE III, SCENE 4
SIRE, MADAME, CONSEILLER, FEMME DE CHAMBRE
Note : Le seigneur entre, Madame se recule.

SIRE
Non, il ne risque plus rien.
Son soigneur est un maître qui oeuvra pour son bien Mais qui me l'a laissé enivré, endormi,
Et moi à espérer qu'il soit bientôt guéri.

MADAME
Comment ? Il guérira ? On m'avait assuré...

SIRE
Qu'il ne survivrait pas ? Moi aussi le pensais
Jusqu'à le voir lutter à chacun de ses mots
Pour se faire pardonner l'échec de son assaut.

MADAME
Ce sont peut-être là ses dernières paroles,
Son tout dernier combat, l'énergie un peu folle
D'un esprit qui s'égare dans la nuit de sa vie
Et qui ne veut plus voir que la paix en son lit.
L'avez-vous pardonné ?

SIRE
Qu'ai-je à lui reprocher ?
Qu'il est venu m'aider puis revenu blessé ?

MADAME
Son âme n'est pas sereine. Elle reviendra hanter.

SIRE
Non, dans moins d'une semaine il sera sur ses pieds
Et reprendra alors le chemin des murailles,
De la porte, et dehors, celui de la bataille,
Mais ses hommes reposés, l'ennemi affaibli
De ses nuits à veiller pour n'être plus surpris.

CONSEILLER
Ce plan ne peut compter que si la ville tient
Ce qu'il faut espérer déjà pour ce matin
Où la contre-offensive à jeté sur nos murs
Une foule agressive, un assaut des plus durs,
Né séant de l'affront que le duc a subi
Qui jeta pour de bon les efforts entrepris
Pour régler par la voix et non le bruit des armes
L'issu de nos combats sans qu'il en soit un drame.

SIRE
Mon ami, ne craint rien, la providence est nôtre,
Elle le fut ce matin et tu es son apôtre
Car c'est par ta rudesse que le chevalier vit.

MADAME
Mais comment cela est-ce ? Il n'a rien entrepris.

SIRE
Il croisa deux soldats sur le chemin de ronde
En mit un aux combats pour faire taire sa faconde,
Le second au cachot où j'eus pu l'oublier Par la faute du héros que devint le premier.
En effet il fit preuve d'un courage éclatant
Et subit cette épreuve bien mieux qu'en se traînant :
Il se porta devant, auprès du capitaine,
Et tous les deux hurlants débouchèrent sur la plaine
Après le long détour qui les avait mené
Depuis nos alentours à ceux de la forêt.
Mais là ni le soleil ni le cri, rien n'y fit;
L'ennemi en éveil cette fois-ci les surprit.
En empoignant les lances qu'ils avaient mises à terre
Ils brisèrent la puissance de cette charge à revers.
Sitôt la chevauché se mua en tuerie
Et tous ceux mis à pieds venaient à perdre vie.
C'est, là, dans ce chaos où plus rien ne comptait,
Où pour sauver sa peau il fallait s'échapper,
Qu'il oublia de fuir pour sauver notre ami
Et enfin revenir quelques hommes avec lui.
Dans tout ce qu'on m'a dit, il est une évidence :
Que ce garde a suffit à renverser la chance,
A faire de cette assaut une simple défaite
Qui s'oubliera bientôt dans l'histoire plus complète
De notre grand retour sur nos anciennes terres...

CONSEILLER
Qui là n'ont que ce bourg et d'anciennes chimères.
Craignez les vieux empires dont les couleurs renaissent Depuis les souvenirs ou les belles promesses.
Tous les mots réclamants de retrouver l'éclat
Ne précisent cependant les ombres d'autrefois.
Comme rien n'est à renaître et peu à imiter
Le passé ne peut être la solution rêvée.
Si la vie dans ces murs a peut-être aujourd'hui
Connu d'autres futurs que ce qui fut prédit,
Que ce qui fut pleuré dans la nuit d'avant-hier,
Ce qui fut espéré d'une victoire militaire,
Elle n'a que l'horizon d'un siège qui vient durer
Pour se faire sa raison sans illusion dorée.
Vous parlez de la chance et d'un retour en grâce,
Mais elle n'est qu'apparence qui loin de vous se lasse.
Car croyez-vous vraiment que cet homme à lui seul
Pourra faire fuir séant le duc vers son aïeul ?
Il le tiendra au loin de la tour où vous êtes,
Quelques mois, un peu moins, nourrissant la tempête
Qui, c'est inévitable, s'abattra par ici
Où la paix honorable sera morte aujourd'hui...
Si quelqu'un vient tenir devant vous un espoir
D'un monde à reconstruire à votre seule gloire,
C'est qu'il vous parle faux, à l'accent militaire,
Ou qu'il vous tient ces mots qui finissent la guerre :
La grandeur est souvent dans la renonciation.
SIRE
Tout ceci, je l'entends, en comprends la raison,
Je l'estime, je le pèse, le juge et le condamne
Bien que cela n'apaise tous les doutes en mon âme.

MADAME
Voilà sans doute le seul des commis qu'il nous reste
Et sur un trait d'orgueil on vient brimer son geste ?
Mon mari quelle folie anima vos paroles
Reprenez, je vous prie, de vous-même le contrôle.
Voyez comment celui qui brisa votre aura
Continue par ici ses actes scélérats
Par sa seule présence dans la pièce à côté.
Vous y voyez la chance et moi la destinée.
Vous n'avez rien appris de ces années lutte
Où vous avez, les nuits, craint de votre rechute.
Le voilà qu'il revient et se couvre de gloire
Pour oublier soudain votre rage dans le noir ?
Il vient pour son martyr, surtout pas pour sauver
Celui qui fut son sire et l'a abandonné.

SIRE
Et toi, tu ne dis rien ? Tu n'as donc pas d'avis ?
Es-tu plutôt du mien ou bien de ces deux ci ?
Enfant, que peut valoir la vie d'un combattant
Qui a fait son devoir, mais qui semble gênant ?
FEMME DE CHAMBRE
Je n'ai rien entendu des ragots de naguère
Ce matin dans les rues où coulait la colère
Contre un destin funeste qui semblait emporter
Celui qui par ses gestes nous avait redonné
L'espoir.

SIRE
Tu as parlé et par ta voix j'entends
Le peuple demander à son seul commandant
De tout faire, tout tenter, pour gagner la bataille,
Et que la renommée ressorte par le portail.

CONSEILLER
Si messire pense ainsi, c'est que la vérité
Ne m'avait pas conduit sur ses sages sentiers
Et que la seule crainte de nous voir écraser
A été ma conjointe sans jamais m'aviser.
Je vous prie d'accepter que je parte séant
Sans plus vous abuser de discours élégants,
Mais trop loin, je le crois, de ce qui doit se faire.

SIRE
Non, reste auprès de moi et ne vient pas te taire.
Il me faudra ta voix pour exhorter les gens,
Profiter de l'effroi qu'a causé l'incident,
Pour pouvoir demander un tout dernier effort
Qui nous fera gagner en nous jetant dehors.
Tu n'as pas eu ta paix, tu auras ta victoire
Que tu auras forgée du haut de ton prétoire.

CONSEILLER
Je ne sais si je puis. Comment trouver les mots ?

SIRE
Pour cela il suffit que tu voies les héros.
Ils sont là, à côté.

MADAME
Il aurait mieux valu,
Qu'ils n'y viennent jamais, qu'on ne les revoit plus.
Ne peux-tu pas comprendre que c'est ta déraison
Pas l'envie de reprendre les terres à l'horizon
Qui te laisse à penser que c'est pour ton salut
Que tu viens abriter ces deux individus.

SIRE
Je le crois justement et ne suis pas le seul
Qui revit à l'instant où je portais le deuil,
Où je croyais devoir m'incliner sous le joug
Et baisser mon regard quand passerai les loups.
Mais il est revenu et notre vie aussi.

MADAME
C'est bon, je n'en peux plus. Allez, nous sommes partis.

SIRE
Oser porter sur lui vos yeux indifférents
Et vous verrez aussi ce qu'il est à présent.

Note : Le sire fait passer les trois autres par la porte de la chambre.

ACTE III, SCENE 5
SIRE
Note : Le sire murmure.

SIRE
Tous trois allez le voir, mais allez-y sans moi
Qui ne croit plus pouvoir endurer son état.
Je n'ai jamais pu être le vivant d'un seul sang,
Je suis comme à deux têtes qui vivent en se moquant,
Qui rient de leur jumelle dans ses moments de paix,
L'une implorant le Ciel, l'autre la Volupté.
Oh, ma très chère épouse, pourquoi m'as-tu marqué
De tes deux lèvres rouges et ta langue échauffée,
Tu n'as pas dit un mot qui ne m'ait fait du mal,
Qui n'ai mis en défaut mes besoins de morale.
Mon ami qui gît là, qui respire à grand peine,
Et qui hier raviva ton ancien anathème,
Va-t-il encore une fois allumer les regards
Où je voyais parfois l'enfer à mon égard ?
Faudra-t-il que je cache à nouveau mes penchants
A moi et à mes proches et souffrir ce tourment ?
Je ne crois pas pouvoir endurer d'avantage,
T'entendre ou le revoir, je n'en ai le courage.

Note : il sort de la pièce.

ACTE III, SCENE 6
SECOND GARDE, MADAME, FEMME DE CHAMBRE, CONSEILLER
Note : Reviennent madame, le conseiller et la femme de chambre puis le garde.

SECOND GARDE
Laissons-le maintenant, il doit se reposer,
C'est ce qu'à dit avant celui qui l'a soigné.

MADAME
Mon mari est parti ! Il s'est encore sauvé
Alors que j'ai pour lui quelques mots enchantés.
Pouvez-vous le trouver, le mener à ma chambre ?

SECOND GARDE
J'en serai enchanté, mais je dois là me rendre
A travers la cité y sourire la nouvelle
Qu'un héro est sauvé par la grâce du Ciel.
MADAME
Bien, qu'il en soit ainsi.

FEMME DE CHAMBRE
Voulez-vous que j'y aille ?

MADAME
Pour chercher mon mari ou mirer la bataille ?

FEMME DE CHAMBRE
Pour vous être agréable.

SECOND GARDE
Puis-je vous laisser ici ?

CONSEILLER
Je suis impardonnable de t'avoir tant puni.
Tu es ce que j'admire à travers l'être humain.

MADAME
Laisser-le donc partir.

SECOND GARDE
Là, je vous salue bien.

Note : Le garde sort.

ACTE III, SCENE 7
MADAME, FEMME DE CHAMBRE, CONSEILLER MADAME
Tu veux m'être agréable ? Peux-tu me dire pourquoi ?
J'ai été haïssable, tu as crié sur moi
Et voilà que soudain tu reviens à ta place
Plus fidèle qu'un chien et bien plus efficace.

FEMME DE CHAMBRE
C'est que je vous ai vu dans la pièce à côté
Avoir les yeux émus, pleurant le chevalier,
Aussi quand en sortant vous cherchiez votre époux
Sans un ton arrogant, sans un son de courroux,
J'étais comme emportée par la joie souveraine
De vous savoir changée et vidée de vos haines.

MADAME
Et tu as cru cela ? bon sang que tu es sotte,
Mais tes mots sont pour moi de ceux qui réconfortent
Car ils prouvent à mes yeux que je sais me jouer
Même des plus bilieux et les plus enragés
De mes gardiens moraux.

FEMME DE CHAMBRE
Madame, je vous ai vue...

MADAME
Et bien tout était faux, sauf mon air abattu
Car lui vit à côté et pour bien trop longtemps
Sauf... si je viens couper son souffle haletant.

CONSEILLER
Madame, ne risquez pas de tout perdre aujourd'hui
Il est bien plus adroit de chercher des appuis...

MADAME
Moi seule saura palier à votre incompétence
Que j'avais deviné par toutes vos manigances.
Vous y compliquez tout, oubliez l'essentiel,
Allez par petit bout, emmêlez les ficelles.
Voyez ce qu'on donné vos mois de tractations :
On vient de vous nommer à la noble mission
De forcer à la guerre les hommes et leurs enfants,
Vous qui étiez si fiers d'épargner tous ces gens.

CONSEILLER
Madame, partez et vite. Il ne faut pas rester.
L'émotion vous habite et vous fait délirer.

MADAME
Vous, ne me touchez pas ! J'abhorre votre race.
Vous n'avez d'odorat que pour les envies lasses.
Vous guidez vers les monts qui veut aller en mer,
Repeuplez des vallons interdits en hiver,
En disant que là-haut on voit le littoral
Et que tous les châteaux y tutoient les étoiles.
Tout ceci simplement par peur d'être noyé
Et qu'à chaque ouragan vous soyez remercié.
J'ai suivi vos conseils car ils m'avaient promis
De me mener au ciel sans qu'arrivent les ennuis.
Par ici, on me croit sinon vierge, du moins sainte
Et j'ai nourri leur foi d'écouter leurs complaintes.
Ici, tous les notables se proclament mes amis
Et pour moi, adorables, trahissent même mon mari.
Ici, je suis la reine d'un monde qui va mourir
Car j'y suis seule graine d'un nouvel avenir.
Tout cela je le dois à vos petits avis
Qui par tout petits pas égarèrent mon esprit.
Vous m'avez montré belle une vie étrangère
Qui n'était pas de celles dont je rêvais naguère.
Et que valent tous ces jours où j'ai tout renié
Maintenant qu'à son tour mon mari vient briller ?
S'il triomphe de l'assaut et vient briser le siège
Avec ou sans héros, avec ou sans stratège,
Les notables auront peur que je vienne dévoiler
Tous leurs airs trompeurs et leurs petits secrets.
Ils m'élimineront, mais pas vous je le crains
Car de vous ils auront des conseils sereins.
Ah, si j'avais agit plutôt que d'écouter
Je ne serais ici nerveuse et empourprée...
Je pars. Et toi me suis !

FEMME DE CHAMBRE
Bien, madame, s'il le faut.
Vous parlez, j'obéis.

Note : Madame se tourne vers le conseiller.

MADAME
Nous nous verrons bientôt.

Note : Elles partent

ACTE III, SCENE 8
CONSEILLER
CONSEILLER
Qu'ai-je encore à sauver ?

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